L’im­passe bud­gé­taire

L'Obs - - Économie -

C’est un do­cu­ment dont Ber­cy n’avait pas en­vie de faire la pu­bli­ci­té. Il a fal­lu que Va­lé­rie Ra­bault, rap­por­teure gé­né­rale de la com­mis­sion des Fi­nances de l’As­sem­blée na­tio­nale, pro­cède à une « des­cente sur­prise » à Ber­cy pour qu’il soit por­té à la connais­sance de tous. La note tech­nique re­pose sur une simple sous­trac­tion : le nombre de jobs par le plan d’éco­no­mies de 50 milliards d’eu-ros an­non­cés par le gou­ver­ne­ment d’ici à 2017 – 250 000 em­plois – est dé­duit du nombre de jobs– 190 000 – créés par le pacte de res­pon­sa­bi­li­té du­rant la même pé­riode. Ré­sul­tat : un dé­fi­cit de 60 000 em­plois d’ici à la fin du quin­quen­nat. Dif­fi­cile d’in­ver­ser la courbe du chô­mage avec de telles pers­pec­tives ! Dif­fi­cile éga­le­ment d’at­teindre les en­ga­ge­ments pris de­vant les par­te­naires eu­ro­péens. La crois­sance, elle aus­si af­fec­tée par les coupes bud­gé­taires, ne se­ra pas suf­fi­sante, c’est dé­sor­mais un se­cret de Po­li­chi­nelle à Ber­cy…

Face à ce trou­blant diag­nos­tic, la ma­jo­ri­té se di­vise en deux. D’un cô­té les « or­tho­doxes » qui, comme Fran­çois Hollande et, dans un cer­taine me­sure, Ma­nuel Valls, conti­nuent à mar­te­ler que l’ob­jec­tif de ré­duc­tion du dé­fi­cit bud­gé­taire à 3% du PIB dès 2015 est at­tei­gnable. Ceux-là croisent les doigts pour que pour que la re­prise à l’étran­ger profite à la France et que les pa­trons pe­tits et grands et les ban­quiers fi­nissent par com­prendre que le gou­ver­ne­ment est dé­ter­mi­né à les ai­der, à les sou­te­nir et re­prennent le che­min du cré­dit,

Ar­naud Mon­te­bourg pro­pose d’af­fec­ter les éco­no­mies réa­li­sées par l’Etat à des baisses d’im­pôts pours les mé­nages.

de l’in­ves­tis­se­ment et de l’em­bauche. De l’autre cô­té, « les hé­té­ro­doxes » mènent une lutte sou­ter­raine de tous les ins­tants. Ces jours-ci, Ar­naud Mon­te­bourg, mi­nistre de l’Eco­no­mie et du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, pro­pose car­ré­ment une feuille de route al­ter­na­tive. Sa re­cette ? Af­fec­ter une part sup­plé­men­taire des éco­no­mies réa­li­sées par l’Etat (50 mil­liard­sd’eu­ros en­trois ans) à des baisses d’im­pôts pro­fi­tant aux mé­nages et décaler en­core le re­tour à l’équi­libre des comptes pu­blics fran­çais. Pour don­ner des gages à Bruxelles, Mon­te­bourg pro­pose une nou­velle salve de me­sures struc­tu­relles, di­rec­te­ment ins­pi­rées du rap­port At­ta­li. Se­lon le bouillant mi­nistre, le gou­ver­ne­ment doit s’at­ta­quer prio­ri­tai­re­ment aux pro­fes­sions ré­gle­men­tées (pharmaciens, no­taires...) pour li­bé­rer de la crois­sance. Sus à l’éco­no­mie de rente ! Mon­te­bourg pousse aus­si le pré­sident à as­su­mer que l’ob­jec­tif de ré­duc­tion du dé­fi­cit pu­blic à 3% du PIB en 2015 n’est pas réa­liste afin de ne pas lais­ser à l’Ita­lien Mat­teo Ren­zi ou au gou­ver­ne­ment de coa­li­tion al­le­mand la seule ini­tia­tive d’un tour­nant dans la po­li­tique éco­no­mique eu­ro­péenne. A Bruxelles comme à Ber­lin et dans la plu­part des ca­pi­tales eu­ro-péennes, le grand bond en avant du FN aux élec­tions eu­ro­péennes a agi comme un ré­vé­la­teur. Dé­sor­mais, la plu­part des res­pon­sables consi­dèrent qu’il vaut mieux sou­te­nir la crois­sance plu­tôt que de voir la France bas­cu­ler dans les affres du po­pu­lisme et du na­tio­na­lisme. Pour Fran­çois Hollande qui pré­co­nise de­puis de long­smois une « ré­orien­ta­tion de la po­li­tique eu­ro­péenne » ce se­rait en­fin un coin de ciel bleu dans un ciel d’orage.

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