“LES DÉ­CI­SIONS SONT PRISES À L’ÉLY­SÉE, SANS DIS­CUS­SION”

Quatre dé­pu­tés lancent “Co­hé­rence so­cia­liste”, un col­lec­tif qui sou­haite ou­vrir le dé­bat sur la po­li­tique éco­no­mique au sein du PS

L'Obs - - Économie - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SO­PHIE FAY ET DO­NALD HÉ­BERT

Le Nouvel Ob­ser­va­teur Comment in­ter­pré­tez-vous les di­ver­gences de vue sur la po­li­tique éco­no­mique au sein de la ma­jo­ri­té ? Karine Berger D’une part, la po­li­tique que l’on mène n’est pas celle qui avait été an­non­cée : il était pré­vu de ré­duire les dé­fi­cits pu­blics, mais pas de re­dis­tri­buer 40 milliards d’eu­ros aux en­tre­prises. D’autre part, en rai­son du fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions de la Ve Ré­pu­blique, c’est le pré­sident seul qui fixe la ligne, ce qui rend dif­fi­cile voire im­pos­sible le dé­bat sur la po­li­tique éco­no­mique. Va­lé­rie Ra­bault Ce­la pro­voque des cra­que­ments au mau­vais en­droit : au sein même de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire. De nom­breux su­jets n’ont pas été ré­glés lors de la dis­cus­sion du col­lec­tif bud­gé­taire. Les pro­blèmes vont re­sur­gir à la ren­trée lors de l’exa­men du pro­jet de loi de fi­nances pour 2015. Le PS est ab­sent des dé­ci­sions. Et per­sonne ne se pro­pose de recréer des liens. C’est cette jonc­tion qu’il faut as­su­rer. Oui mais comment ? Yann Ga­lut Karine Berger, Va­lé­rie Ra­bault, Alexis Ba­che­lay et moi créons une nou­velle sen­si­bi­li­té au sein du cou­rant ma­jo­ri­taire du PS : « Co­hé­rence so­cia­liste ». Les ques­tions doivent être tran­chées au sein du par­ti, pas au sein du groupe. K. B. Le par­ti est spec­ta­teur. Le bu­reau na­tio­nal com­mente les dé­ci­sions qui sont prises à l’As­sem­blée au sein du groupe, c’est du ja­mais-vu ! De­puis son ar­ri­vée à la tête du par­ti, Jean- Ch­ris­tophe Cambadélis a re­lan­cé des états gé­né­raux sur de nom­breux su­jets, mais cer­tains dé­bats res­tent in­ter­dits : l’Eu­rope, la po­li­tique éco­no­mique et les ins­ti­tu­tions de la Ve Ré­pu­blique. Il faut dire, à sa dé­charge, que le par­ti a été plon­gé dans le for­mol pen­dant deux ans. V. R. Nous al­lons aus­si de­man­der que

Nous de­vons ré­pondre à la co­lère des mi­li­tants. Ils ont du mal à com­prendre ce fonc­tion­ne­ment.

YANN GA­LUT

le pro­chain con­grès, pré­vu en no­vembre 2015, ait lieu en dé­but d’an­née, pour évi­ter qu’il ne soit évin­cé par la ré­forme ter­ri­to­riale.

Nous de­vons ré­pondre à la co­lère des mi­li­tants. Ils ont du mal à com­prendre ce fonc­tion­ne­ment où le pré­sident dé­cide seul. En 1997, lorsque Lio­nel Jos­pin était à Ma­ti­gnon, les dé­pu­tés, le par­ti et les mi­nistres étaient sur un pied d’éga­li­té. Peut-être parce que le pré­sident n’était pas so­cia­liste. Au­jourd’hui, beau­coup de dé­ci­sions sont prises à l’Ely­sée, sans dis­cus­sion ! Et la ques­tion du pro­gramme passe au se­cond plan. Sur le fond, quelle po­li­tique éco­no­mique dé­fen­dez-vous ? K. B. Nous sommes so­ciaux-dé­mo­crates, ce­la fait bien long­temps que le PS n’est plus un par­ti ré­vo­lu­tion­naire. Cette ques­tion est ré­glée. Il est im­pos­sible de ré­for­mer sans les corps in­ter­mé­diaires. Or les syn­di­cats, pa­tro­naux et sa­la­riés, ont un pro­blème de re­pré­sen­ta­ti­vi­té, qui est à l’ori­gine des ten­sions de la confé­rence so­ciale. Par ailleurs, il faut te­nir la barre sur la ré­gu­la­tion fi­nan­cière et sur l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale. Les dé­crets d’ap­pli­ca­tion de la loi ban­caire n’ont tou­jours pas été si­gnés. Quant à l’Eu­rope, le su­jet est in­ter­dit au PS de­puis 2005. C’est pour­tant aux élec­tions eu­ro­péennes que le FN est ar­ri­vé en tête. V. R. Le seul qui l’a re­lan­cé, c’est Mat­teo Ren­zi, en ex­pli­quant que l’Eu­rope est un peu comme une vieille tante en­nuyeuse. L’Eu­rope, c’est Ta­tie Da­nielle ! Comment vous si­tuez-vous par rap­port aux dé­pu­tés fron­deurs ? V. R. Il faut écou­ter ce qu’ils disent sur le fond. Leur dé­marche est in­té­res­sante. Mais quelle al­ter­na­tive po­li­tique pro­posent-ils ? On ne com­prend pas bien. Nous, nous nous si­tuons dans la ma­jo­ri­té. Notre but est de faire réus­sir ce gou­ver­ne­ment. K. B. Nous ne dé­fen­drons pas des plans al­ter­na­tifs dans l’As­sem­blée. Nous les pro­po­se­rons aux mi­li­tants. Faut-il ré­équi­li­brer la po­li­tique de l’offre et celle de la de­mande ? K. B. Il n’y a pas de dé­bat entre l’une ou l’autre. Nous vou­lons conci­lier le ré­ta­blis­se­ment des fi­nances pu­bliques et la relance de la crois­sance. Faut-il suivre les Gal­lois ou les « pi­geons » chaque fois qu’ils font un rap­port ? C’est à la ma­jo­ri­té de dé­ci­der de la po­li­tique éco­no­mique. Pas aux ex­perts.

Les dé­pu­tés Karine Berger (Al­pesma­ri­times), Yann Ga­lut (Cher) et Va­lé­rie

Ra­bault (Tar­net- Ga­ronne) pu­blie­ront fin août avec Alexis Ba­che­lay (Hautsde-Seine) un es­sai in­ti­tu­lé « Contre la mort de la gauche »

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