ÉCO­NO­MIE

Péages qui flambent, pri­va­ti­sa­tion contes­tée et in­ves­tis­se­ments pu­blics en rade… La ges­tion du ré­seau fran­çais fait po­lé­mique. En­quête sur un par­te­na­riat am­bi­gu entre l’Etat et les grands groupes de BTP

L'Obs - - Sommaire - Par Do­nald Hé­bert

Le scan­dale des au­to­routes Péages qui flambent, pri­va­ti­sa­tion tou­jours contes­tée et in­ves­tis­se­ments pu­blics en rade… En­quête sur un par­te­na­riat am­bi­gu entre l’Etat et les grands groupes de BTP 40 Club Med : OPA sur les bron­zés

Cet été, c’est une cer­ti­tude, il fau­dra payer plus cher que l’an der­nier: 65eu­ros de péages pour un tra­jet Lille-Port-Leu­cate, 60 eu­ros entre Lyon et Biar­ritz ou 68 eu­ros pour re­joindre Saint-Ra­phaël de­puis Pa­ris… Ajou­tez-y le stress des grands dé­parts, les in­évi­tables bou­chons et la queue à la pompe, et vous com­pren­drez le ras-le­bol qui sub­merge les au­to­mo­bi­listes fran­çais en­fer­més entre les glis­sières de leurs chères, très chères au­to­routes… « Pe­tits, ona­tou­sen­ten­du­nos­pa­rents­di­re­qu’un­jou­ronn’au­rait­plus be­soin de­payer les au­to routes. Com­biende temps­cet­tearn aque va-t-el­leen­co­re­du­rer ? » s’étrangle Pierre Chas­se­ray, le por­te­pa­role de 40Mil­lions d’Au­to­mo­bi­listes, une as­so­cia­tion de conduc­teurs verts de rage.

Péages trop chers! Les ta­rifs des so­cié­tés au­to­rou­tières ont en­core pro­gres­sé de 1,14% cette an­née après avoir grim­pé de 2,5% en 2013 et de 2,01% en 2012. Une in­ver­sion de la courbe? La hausse du ti­cket au­to­rou­tier de­meure su­pé­rieure à l’in­fla­tion. Entre 2007 et 2012, les péages ont aug­men­té de 11%, alors que l’in­dice In­see des prix à la consom­ma­tion n’a pro­gres­sé que de 8,5%. Et en­core cette moyenne cache-t-elle de grandes dis­pa­ri­tés. Par­ti­cu­liè­re­ment rui­neux, cer­tains tron­çons at­teignent au­jourd’hui des re­cords. L’A65 entre Bor­deaux et Pau: 22eu­ros pour 150 ki­lo­mètres. Les 15ki­lo­mètres de l’A14 : 8,20 eu­ros le di­manche soir. Quant au tun­nel « Du­plex » de l’A86, en ban­lieue pa­ri­sienne, il est fac­tu­ré 10 eu­ros pour 10 ki­lo­mètres. « Le sym­bole de l’au­to­route

pompe-à-fric, es­time Pierre Chas­se­ray. Les au­to­routes, plus sû­resque le ré­seause condaire, se­raient-el­les­dé­sor­mais­ré­ser­vée­saux­riches ? Aquand­le­gel des­péages ? »

Ce n’est pas pour tout de suite. Car si l’Etat fixe en théo­rie les hausses ta­ri­faires, il est en réa­li­té dé­pen­dant de quelques grands groupes de­puis qu’il leur a cé­dé, il y a huit ans de ce­la, les so­cié­tés d’au­to­routes : les fran­çais Vin­ci (pro­prié­taire d’ASF, Es­co­ta et Co­fi­route) et Eif­fage (APRR et Area) et l’es­pa­gnol Aber­tis (Sa­nef et SAPN) dé­tiennent les trois quarts du ré­seau au­to­rou­tier fran­çais. Et ces géants de l’as­phalte bé­né­fi­cient de contrats de conces­sion sur plu­sieurs dé­cen­nies qui leur per­mettent d’aug­men­ter les ta­rifs pour cou­vrir la hausse de leurs dé­penses cou­rantes: charges d’ex­ploi­ta­tion, d’en­tre­tien et de re­nou­vel­le­ment… Mais ce n’est qu’un dé­but. Tous les cinq ans en moyenne, la pri­va­ti­sa­tion très contro­ver­sée pré­voit aus­si la si­gna­ture de « contrats de plan » des­ti­nés à fi­nan­cer – tou­jours par des hausses de ta­rifs !– les nou­veaux in­ves­tis­se­ments qui n’ont pas été pré­vus dans les contrats de conces­sion. Une sa­crée ral­longe: chaque nou­veau ki­lo­mètre d’au­to­route, chaque nou­velle bre­telle d’ac­cès et chaque élar­gis­se­ment des voies sont ain­si fac­tu­rés aux usa­gers.

« Le mo­dèle éco­no­mique est construit de­tel le­so rteque tout in­ves­tis­se­ment est com­pen­sé par une hausse de ta­rifs. Les bé­né­fices des so­cié­tés conces­sion­naires n’ont pas à être ré­in­ves­tis dans des in­ves­tis­se­ments nou­veaux ou dans des di­mi­nu­tions de­ta­rifs. Par­cons­truc­tion, ce­mo dè­lene peut qu’abou­tirà une hausse constante et conti­nue des ta­rifs », ré­sume la Cour des Comptes dans un rap­port au vi­triol pa­ru en juillet 2013. Les ma­gis­trats de la rue Cam­bon dé­plorent que les contrats de plan se mul­ti­plient bien que le ré­seau au­to­rou­tier soit dé­jà lar­ge­ment ma­ture. Au­jourd’hui, les tra­vaux d’élar­gis­se­ment laissent la place au trai­te­ment du bruit ou à la pro­tec­tion des eaux, dont la com­pen­sa­tion par des hausses de ta­rifs, bien que par­fai­te­ment lé­gale, ne semble pas tou­jours lé­gi­time. Pour­quoi l’Etat n’arrive-t-il pas à en­rayer ces dé­penses ? Manque d’ou­tils de ré­gu­la­tion ? De culture du ré­sul­tat ? De vo­lon­té ? Un peu des trois, si l’on en croit les connais­seurs. Le ré­sul­tat est que l’ad­mi­nis­tra­tion peine à dé­fendre les usa­gers. Ou plus exac­te­ment leur porte-mon­naie.

La “cash ma­chine” des so­cié­tés d’au­to­routes

Car, en face, il y a des so­cié­tés d’au­to­routes qui savent optimiser les pro­fits. « Leur pro­fi­ta­bi­li­té est plus­mar­quée et constan­te­que­cel­le­del’en­sem­ble­del’éco­no­mie fran­çaise, hors sec­teur fi­nan­cier », ex­plique la Cour des Comptes. La moyenne des chiffres d’af­faires des so­cié­tés d’au­to­routes – Sa­nef, ASF, Es­co­ta, APRR, Area, SAPN et Co­fi­route – a aug­men­té de 4% par an entre2006 et2011. Dans quelles poches ont at­ter­ri les 9,24 milliards d’eu­ros gé­né­rés par les péages fran­çais en 2013? Se­lon Vin­ci Au­to­routes, les so­cié­tés contri­buent di­rec­te­ment aux fi­nances pu­bliques à hau­teur de 4mil­liards d’eu­ros sous forme de TVA (1,7 mil­liard), d’im­pôt sur les so­cié­tés (1,18mil­liard), de re­de­vance do­ma­niale (250mil­lions), de taxe d’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire (584mil­lions), et de con­tri­bu­tion éco­no­mique ter­ri­to­riale (280mil­lions). Chaque an­née, 1,6mil­liard d’eu­ros sont dé­pen­sés dans les charges liées à l’ex­ploi­ta­tion des au­to­routes; 1,8mil­liard, dans la mo­der­ni­sa­tion, l’in­té­gra­tion en­vi­ron­ne­men­tale et le dé­ve­lop­pe­ment des ré­seaux au­to­rou­tiers. Le reste – 1,8 mil­liard d’eu­ros – consti­tue les ju­teux bé­né­fices des groupes ex­ploi­tants…

Le bu­si­ness est très ren­table, mais pas en­core as­sez pour Vin­ci & Co. Ces pros de la ges­tion au­to­rou­tière font tout pour ré­duire les coûts. En remplaçant les sa­la­riés aux péages par des ma­chines, par exemple. De 2007 à 2011, le nombre de gui­che­tiers

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