PO­LI­TIQUE

Der­rière les rè­gle­ments de comptes qui dé­chirent la droite, il y a la vo­lon­té de l’an­cien Pre­mier mi­nistre de contre­car­rer le re­tour an­non­cé de l’ex-pré­sident. Par tous les moyens

L'Obs - - Sommaire - Par Ca­role Bar­jon

Fillon : tout sauf Sar­ko L’ex-Pre­mier mi­nistre veut faire bar­rage au re­tour de l’an­cien pré­sident 24 UMP : dans la mai­son des tra­hi­sons 26 Dans le la­bo du maire de Gre­noble

Di­manche 6juillet, 23heures. Un ding-ding sur son por­table alerte Pa­trick Ste­fa­ni­ni, le se­cré­taire gé­né­ral de Force ré­pu­bli­caine, le mou­ve­ment de Fran­çois Fillon. C’est un SMS si­gné Phi­lippe Gus­tin, ad­joint de Luc Cha­tel, le se­cré­taire gé­né­ral de l’UMP : la réu­nion pré­vue le len­de­main ma­tin avec les col­la­bo­ra­teurs des trois an­ciens Pre­miers mi­nistres pour prendre connais­sance de l’au­dit fi­nan­cier du par­ti est an­nu­lée. Quelques lignes, sans autre com­men­taire. Fu­reur de Ste­fa­ni­ni et de Fillon, bien­tôt pré­ve­nu. Certes, le trium­vi­rat Jup­pé-Raf­fa­rin-Fillon dis­po­se­ra bien des ré­sul­tats de l’étude quelques heures avant le bu­reau po­li­tique du mar­di, mais ils se­ront pri­vés de l’ana­lyse qu’en au­raient faite leurs fi­dèles.

Lun­di 7 juillet, de­vant « l’Obs », Luc Cha­tel ne cache plus son exas­pé­ra­tion. « Lesf uites dans la presse, les boules puantes, ça­suf­fit! » Al­lu­sion à l’ar­ticle pa­ru la veille dans le « JDD », qui a dé­voi­lé les 24000 eu­ros de frais de voyage de Na­dia Co­pé et le sa­laire éle­vé du très sar­ko­zyste Geof­froy Di­dier, col­la­bo­ra­teur de Brice Hor­te­feux. Cha­tel veut s’em­ployer à faire ces­ser ce grand dé­bal­lage en cou­pant le ro­bi­net d’in­for­ma­tions. Ce qu’il a com­men­cé à faire en an­nu­lant cette fa­meuse réu­nion pré­vue le ma­tin. Pour Cha­tel, qui re­ven­dique sa fi­dé­li­té à Sar­ko­zy, pas de doute : c’est Fillon qui or­chestre les fuites. Dans son vi­seur : une ex-tré­so­rière ad­jointe de l’UMP, au­jourd’hui membre du mi­cro­par­ti de l’ex-Pre­mier mi­nistre. Au-de­là des ap­pa­rences que cha­cun mé­nage en pu­blic, c’est bien la guerre Fillon-Sar­ko­zy, par Cha­tel in­ter­po­sé, qui est dé­cla­rée.

Fâ­cheuse coïn­ci­dence? L’ar­moire frac­tu­rée dans la nuit du mar­di 8 au mer­cre­di 9 juillet à l’UMP se trou­vait dans un bu­reau du ser­vice des adhé­sions. Certes, l’hy­po­thèse d’un vrai cam­brio­lage semble peu pro­bable. Mais l’in­ci­dent ali­mente une pa­ra­noïa qui gagne tous les étages du siège de la rue de Vau­gi­rard. Car la ques­tion des adhé­sions au par­ti re­couvre celle de la com­po­si­tion du corps élec­to­ral de l’UMP. En clair, le nombre de mi­li­tants au­to­ri­sés à vo­ter pour l’élec­tion du nou­veau pré­sident de l’UMP en no­vembre. Et sur­tout le pro­fil de ces élec­teurs. Peu après l’ins­tal­la­tion du trium­vi­rat aux com­mandes du par­ti, Fillon et son équipe di­saient avoir dé­cou­vert que 25000 do­na­teurs du « Sar­ko­thon » – l’ap­pel lan­cé l’été der­nier par l’ex-pré­sident pour l’ai­der à rem­bour­ser ses frais de cam­pagne – avaient été en­re­gis­trés sans leur ac­cord comme adhé­rents de l’UMP! Pas be­soin de faire un des­sin : ces 25000 là vo­te­ront à coup sûr pour Sar­ko­zy. D’où un gros bras de fer entre Fillon, qui a sai­si la haute au­to­ri­té du par­ti de ce conten­tieux, et le duo Raf­fa­rin-Cha­tel, der­rière le­quel il voit la main de Sar­ko­zy.

Après l’eu­pho­rie qui a sui­vi la dé­mis­sion de Co­pé, Fillon a vite dé­chan­té. Le siège du par­ti compte en­core de nom­breux par­ti­sans de Co­pé et/ou de Sar­ko­zy. (Voir pages sui­vantes.) Certes, Luc Cha­tel, of­fi­ciel­le­ment se­cré­taire gé­né­ral de la di­rec­tion tran­si­toire, doit ap­pli­quer les dé­ci­sions prises par la troï­ka. Mais en­core faut-il que les pa­trons, Jup­pé, Fillon et Raf­fa­rin, soient d’ac­cord. Ce qui est ra­re­ment le cas. En fait, seul le li­cen­cie­ment de trois hauts cadres du par­ti (Eric Cesari, Fa­bienne Liad­zé et Pierre Chas­sat), pour cause de proxi­mi­té sup­po­sée avec la so­cié­té Byg­ma­lion, a re­cueilli l’una­ni­mi­té du trio. Tout le reste fait pro­blème. Et la plu­part des de­mandes de Fillon ont été re­je­tées par ses deux com­pères: il n’y au­ra donc

ni nou­velle plainte de l’UMP sur l’af­faire des fausses fac­tu­ra­tions, ni plan so­cial, entre autres… Quant à l’au­dit fi­nan­cier dont l’ex-élu de la Sarthe es­pé­rait beau­coup, son champ d’in­ves­ti­ga­tion a été li­mi­té à un état des lieux, en ex­cluant l’exa­men des ges­tions pré­cé­dentes. Au nom de la pré­ser­va­tion de l’uni­té de la fa­mille…

Au-de­là de cet au­dit qui a mis le feu aux poudres, c’est évi­dem­ment la pers­pec­tive du come-back de Sar­ko­zy qui a tout chan­gé. Tout se passe comme si Fillon avait in­té­gré le re­tour iné­luc­table à la tête de l’UMP de ce­lui qui de­meure le fa­vo­ri des mi­li­tants. Et qu’il met­tait les bou­chées doubles avant l’au­tomne. « Il­sait quec’ est fi­chue­til veut tout pour

rir, tout dé­truire », dit un sar­ko­zyste. Tout dé­truire? Pas sûr. Fillon a be­soin de l’UMP, lui aus­si. Mais « désar­koï­ser » le par­ti, oui. D’où ses dis­cours that­ché­riens sur la sup­pres­sion des 35heures et de l’ISF, et sa ten­ta­tive d’in­car­ner la vraie rup­ture que l’ex-pré­sident n’a pas osée. D’où, aus­si, sa vo­lon­té de cou­per les vivres à l’as­so­cia­tion des Amis de Ni­co­las Sar­ko­zy. Ce mi­cro­par­ti n’est pas di­rec­te­ment fi­nan­cé par l’UMP, mais, se­lon l’en­tou­rage de Fillon, il bé­né­fi­cie­rait de fa­ci­li­tés d’im­pri­me­rie et du concours de sa­la­riés du par­ti.

Au-de­là de cette gué­guerre des moyens, l’an­cien Pre­mier mi­nistre ne perd pas de vue la pré­si­den­tielle de 2017. Avec le se­cret es­poir que, d’ici là, la jus­tice au­ra frei­né l’élan de Sar­ko­zy. En tout cas, Fillon n’au­ra pas mé­na­gé sa peine en ce sens : c’est l’ana­lyse ju­ri­dique de son avo­cat qui a conduit à l’ou­ver­ture d’une nou­velle en­quête pré­li­mi­naire sur la lé­ga­li­té du paie­ment par l’UMP de la pé­na­li­té de 363000 eu­ros in­fli­gée à l’an­cien pré­sident pour dé­pas­se­ment de ses frais de cam­pagne…

Ci­ta­delle dePort-Louis (Bre­tagne), le 8mai 2011

Luc Cha­tel, fi­dèle de Sar­ko­zy, veut mettre fin au grand dé­bal­lage

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