“Ces roquettes sont tout ce qu’il nous reste”

Mal­gré les des­truc­tions et les morts, les Ga­zaouis re­fusent de condam­ner la sur­en­chère guer­rière du Ha­mas

L'Obs - - Monde - De notre en­voyée spé­ciale Ma­rie Es­tève

As­sis au vo­lant de sa ca­mion­nette de for­tune avec son fils de 6ans sur les ge­noux, Za­ki Fa­roush, la soixan­taine, vient d’en­trer dans la cour d’une école gé­rée par les Na­tions unies au coeur de la ville de Ga­za. Il fait un signe vers l’ar­rière de son vé­hi­cule où se trouvent, en­tas­sées sur des ma­te­las et des cou­ver­tures, six de ses proches, toutes des ado­les­centes. « Ona dû­par­ti­ren catastrophe de notre mai­son dans le Nord, s’écrie-t-il. On n’amê­me­pas­pu prendre de­nour­ri­ture, rien. » La fa­mille Fa­roush a fui les bom­bar­de­ments après avoir re­çu des coups de té­lé­phone de l’ar­mée is­raé­lienne l’ap­pe­lant à quit­ter le nord de la bande de Ga­za en rai­son de frappes im­mi­nentes. Sans at­tendre, Za­ki et des mil­liers d’autres Ga­zaouis ont pris la di­rec­tion du centre-ville, ré­pu­té plus sûr. « On est­ve­nui­ci­car c’est un re­fuge. On saitque lesN ation­su­nies vont­nous pro­té­ger », ex­plique Mo­ham- med Al­ma­rouf, un ha­bi­tant du quar­tier d’Al-Ata­tra, dans le Nord. Il a ins­tal­lé ses six en­fants et sa femme dans une salle de classe au pre­mier étage, pre­nant quelque peu au dé­pour­vu le pro­fes­seur de des­sin Aki Cha­la­bi, de­ve­nu en quelques jours in­ten­dant d’un camp de ré­fu­giés: « Ils sont­dé jà plus de 1000 ici, et­moi, je­passe pour comp­te­ret en re­gis­trer tout le­monde. Mais l’école ne peut ac­cueillir que 1500per­sonnes. En­suite, les autres de­vront dor­mir­de­hors. »

Se­lon le porte-parole de l’Unrwa – l’agence de l’ONU pour les ré­fu­giés pa­les­ti­niens –, plus de 17000 ci­vils ont quit­té leur mai­son de­puis le dé­but de l’opé­ra­tion is­raé­lienne. Ceux qui sont res­tés chez eux vivent ter­rés, par peur des bom­bar­de­ments qui ont fait près de 200morts, s’au­to­ri­sant seule­ment de courtes sor­ties pour s’ap­pro­vi­sion­ner en eau et en nour­ri­ture. Ay­man veille sur sa fa­mille dans un immeuble

du centre-ville au 7e étage où toutes les fe­nêtres sont ou­vertes pour évi­ter qu’elles n’ex­plosent en cas de frappes dans le quar­tier. « L’immeuble a dé­jà

trem­blé plu­sieurs fois, dit ce jeune

homme de 28 ans, car mal­heu­reu­se­ment nous vi­vons non loin d’un centre d’en­traî­ne­ment­du Ha­ma­set du Dji­had is­la­mique, qui a été bom­bar­dé par les Is­raé­liens plu­sieurs fois la­se­mai­ne­der­nière. » Mais pas ques­tion pour Ay­man de cri­ti­quer le Ha­mas au pou­voir dans la bande de Ga­za de­puis 2007 et qui re­ven­dique des di­zaines de tirs de roquettes vers Is­raël ces der­niers jours: « Cen’est­pasle Ha­mas qui­nous­ti­re­des­sus, c’est l’ar­mée is­raé­lienne ! Et au­jourd’hui, ces roquettes sont tout ce qu’il­nous­reste pour mon­tre­rau monde qu’onexiste. Onest­do­sau­mur. »

Ces pro­pos d’Ay­man re­flètent bien le sen­ti­ment gé­né­ral de la po­pu­la­tion ga­zaouie, im­pres­sion­née par l’ar­se­nal du Ha­mas ca­pable de tou­cher des villes is­raé­liennes comme Tel-Aviv et Haï­fa, à plus de 100ki­lo­mètres de là. Le po­li­to­logue pa­les­ti­nien Mkhai­mer Abu­sa­da va même plus loin. Se­lon ce pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à l’uni­ver­si­té de Ga­za, le mou­ve­ment is­la­miste a be­soin de cette guerre: « Le Ha­masn’aja­mai­sé­téaus­si­mal. De­puis la­chute [du pré­sident is­la­miste] Mo­ha­med Mor­si en Egypte, il y a un an, et la des­truc­tion de 99% des tun­nels de contreb ande parl’ar­mée égyp­tienne, le Ha­mas est com­plè­te­men ti­so­lé éco­no­mique men­tetp oli­ti que ment. Cette guerre es­tun for­mi­dable moyen pour le Ha­mas d’exis­terà nou­veau et de­mon­trer que­sa ré­sis­tance contre Is­raë­lest tou jour sef­fi­cace. Au­jourd’hui, le mou­ve­ment n’a plus rienà­perdre. » Plus rien à perdre, sauf peut-être ses têtes pen­santes et ses bras ar­més. De­puis le dé­but de l’opé­ra­tion is­raé­lienne, les mi­li­tants is­la­mistes ont dis­pa­ru des rues, ils vivent ca­chés de peur d’être vi­sés par des tirs de l’avia­tion is­raé­lienne. Pour l’ins­tant, au­cun di­ri­geant du mou­ve­ment pa­les­ti­nien ou de sa branche ar­mée n’a été tué, une don­née que le Ha­mas uti­lise à des fins de pro­pa­gande: à la ra­dio, il appelle la po­pu­la­tion à le sou­te­nir et à prendre les armes au nom de la ré­sis­tance. « Çane mè­ne­ra à rien! lâche un mé­de­cin ga­zaoui qui pré­fère gar­der l’ano­ny­mat. On man­que­dé­jàde mé­di­ca­ments et de ma­té­riel. Si tout ça ne s’ar­rê­te­pas­vite, on­ne­pour­ra­pas te­nir très long­temps. »

L’ONU dis­tri­bue de la nour­ri­ture dans une école

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.