De­vant la sy­na­gogue…

Le 13 juillet, à l’is­sue de la ma­ni­fes­ta­tion pa­ri­sienne en sou­tien à Ga­za, des heurts éclatent de­vant le lieu de culte de la rue de la Roquette. Les ver­sions s’op­posent. Ré­cit

L'Obs - - Notre Époque - Par Ma­rie Lemonnier et Oli­vier Tos­cer

Pour Joël Mer­gui, pré­sident du Consis­toire is­raé­lite de France, « dans les­men­ta­li­tés, ilyau­rau­na­vant etu­na­près l’at­ta­que­de­la­sy­na­go­guede la Roquette ». « C’est la France qui est at­ta­quée à tra­vers la com­mu­nau­té juive, avec la haine an­ti­sé­mite comme

bruit­de­fond » , ajoute, pour « le Nouvel Ob­ser­va­teur », Haïm Kor­sia, le nou­veau grand rab­bin de France. Les or­ga­ni­sa­teurs de la ma­ni­fes­ta­tion pro-pa­les­ti­nienne de ce 13 juillet voient les choses au­tre­ment. « Je re­grette que­no­tre­mes­sa­ge­de­sou­tie­nau­peu­ple­pa­les­ti­nie­nait été oc­cul­té par des vio­lences que notre ser­vi­ced’or­drea­ten­téde conte­nir­mais aux­quelles nous étions­mal pré­pa­rés » , dit Tay­mour Ah­med, 22 ans, por­te­pa­role de l’Union gé­né­rale des Etu­diants de Pa­les­tine (GUPS-Pa­ris).

Il pointe aus­si des « pro­vo­ca­tions des ex­tré­mistes de la Ligue de Dé­fense

juive » . Qu’en est-il? Di­manche, vers 18 heures, la ma­ni­fes­ta­tion touche à sa fin sans qu’au­cun in­ci­dent n’ait été si­gna­lé de­puis son dé­part de Bar­bès à 15 heures. Quelque 7000 per­sonnes se­lon la po­lice, 30000 se­lon les or­ga­ni­sa­teurs, dont beau­coup de jeunes ve­nus d’Ile-de-France, sont en train d’éva­cuer le quar­tier de la Bas­tille, ai­dés par une on­dée ré­fri­gé­rante. Un pre­mier mou­ve­ment de foule a lieu à la hau­teur de la rue des Tour­nelles, qui abrite une sy­na­gogue. Pour les re­pré­sen­tants de la com­mu­nau­té juive, c’est la preuve que les ma­ni­fes­tants vi­saient spé­ci­fi­que­ment les lieux de culte. D’ailleurs, des évé­ne­ments l’an­non­çaient. Ven­dre­di soir, un cock­tail Mo­lo­tov est lan­cé sur la sy­na­gogue d’Aul­nay-sous-Bois. Sa­me­di après­mi­di, des al­ter­ca­tions ont écla­té de­vant celle de Bel­le­ville. « Du­coup, di­manche, j’étais sur le­qui-vive » , dit Joël Mer­gui.

D’après les ma­ni­fes­tants, cer­tains ont joué avec le feu. Mi­chèle Sibony, vice-pré­si­den­tede l’Union juive fran­çaise pour la Paix (UJFP), qui dé­fi­lait, té­moigne que « sur le bou­le­vardBeau­mar­chais, à la hau­teur du croi­se­ment du­Che­min-Vert, qua­treou­cin­q­ty­pesde la Ligue de Dé­fense juive ju­chés sur un banc, en­tou­rés­deCRS, je­taient­des­pro­jec­ti­le­se­tin­sul­taient­les­ma­ni­fes­tants » . Se­lon elle, mal­gré les ap­pels au calme du ser­vice d’ordre, des jeunes pro­pa­les­ti­niens n’ont pas ré­sis­té à l’en­vie d’en dé­coudre. Course-pour­suite jus­qu’à la rue des Tour­nelles. La pré­sence des gen­darmes et quelques jets de bombes la­cry­mo­gènes suf­fisent à re­fou­ler les as­saillants. Seule­ment, par pe­tites grappes, les plus ex­ci­tés, tête cou­verte de ca­puches ou de kef­fiehs et bras ar­més de bâ­tons, s’en­gouffrent dans les rues ad­ja­centes et marchent en di­rec­tion de la rue de la Roquette…

La po­lice a, elle aus­si, vou­lu an­ti­ci­per tout dé­ra­page. Un dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té a été pré­vu par la pré­fec­ture. Cinq CRS sont po­si­tion­nés de­vant la sy­na­gogue Don Isaac Abra­va­nel, si­tuée au nu­mé­ro 84 de la rue. Et pour cause: le temple ac­cueille ce soir-là un ras­sem­ble­ment of­fi­ciel de sou­tien à l’Etat hé­breu, dans le contexte de la flam­bée de vio­lence au Proche-Orient. La soirée de prière à la­quelle as­sistent en­vi­ron 150 per­sonnes, dont le grand rab­bin de Pa­ris, Mi­chel Gug­gen­heim, a été bap­ti­sée « Is­raël, on t’aime ». La sy­na­gogue a éga­le­ment pré­vu son propre dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té. Une di­zaine de gros bras du SPCJ, le Ser­vice de Pro­tec­tion de la Com­mu­nau­té juive, en­tre­prise com­mu­nau­taire dû­ment en­re­gis­trée à la pré­fec­ture de po­lice et char­gée de la pro­tec­tion des bâ­ti­ments re­li­gieux et

grands évé­ne­ments de­puis les at­ten­tats de la rue Co­per­nic en 1980. Ils sont épau­lés par une cin­quan­taine d’ac­ti­vistes de la Ligue de Dé­fense juive, une as­so­cia­tion qui est tou­jours dans une stra­té­gie d’af­fron­te­ment. Le mer­cre­di 9 juillet, dé­jà, au cri d’ « Is­raël­vain­cra » , ils se sont in­vi­tés à la pe­tite ma­ni­fes­ta­tion de la fon­taine Saint-Mi­chel qui dé­non­çait les frappes is­raé­liennes sur Ga­za. Le len­de­main, ils se van­taient de la « cor­rec­tion » in­fli­gée à quelques

« an­ti­sé­mites » , pro­met­tant de « rac­com­pa­gner » à « leur fa­çon » en « fin de cor­tège » tout fu­tur ma­ni­fes­tant. Est-ce cette me­nace que les LDJistes ont vou­lu mettre à exé­cu­tion di­manche? De­puis ven­dre­di, ils ap­pellent au ras­sem­ble­ment de­vant la sy­na­gogue à 17h30, heure pré­vue de l’ar­ri­vée de la ma­ni­fes­ta­tion. It­shak Rey­man, leur porte-parole, af­firme tou­te­fois n’avoir eu alors qu’une at­ti­tude dé­fen­sive. « Si nousn’avions­pa­sé­té­là, ilyau­rai­teuun car­nage », dit leur site in­ter­net. Vers 18 heures, le dis­po­si­tif pla­cé à la porte de la sy­na­gogue est pris à par­tie par une cen­taine de jeunes ma­nifes- tants sur les dents. In­sultes, jets de pro­jec­tiles et de pou­belles s’échangent des deux cô­tés. L’échauf­fou­rée est vio­lente mais brève. En quinze mi­nutes, des ren­forts de gen­darmes mo­biles ar­rivent et par­viennent à s’in­ter­po­ser pour re­pous­ser les émeu­tiers. Deux membres de la com­mu­nau­té juive et six membres des forces de l’ordre sont lé­gè­re­ment bles­sés. Les heurts res­tent « spo

ra­diques et­peuor­ga­ni­sés », ex­plique-t

on à la pré­fec­ture. « Les­bles­sés sontdes jeunes juifs qui ont cher­ché à pas­ser le bar­ra­ge­po­li­cie­re­ton­tre­çu­des­coupsde

ma­traque » , re­con­naît le pré­sident de la sy­na­gogue Serge Be­naïm. Le dé­but d’émeute est « as­sez fa­ci­le­ment maî

tri­sé », se­lon la po­lice. Huit agres­seurs sont arrêtés et pla­cés en garde à vue pour « jets de pro­jec­tiles ». Ils sont re­lâ­chés quelques heures plus tard. Les fi­dèles ras­sem­blés dans la sy­na­gogue au mo­ment des af­fron­te­ments peuvent sor­tir de l’édi­fice re­li­gieux vers 20 heures, sous es­corte po­li­cière, par me­sure de pré­cau­tion. « Au­cune in­tru­sionn’aeu­lieu­dans­la­sy­na­gogue », pré­cise-t-on de source po­li­cière.

Le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls di­manche soir est le pre­mier à condam­ner « avec la plus grande fer­me­té » les vio­lences qui ont eu lieu rue de la Roquette. Le len­de­main, le mi­nistre de l’In­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve re­çoit les ins­ti­tu­tions juives. Il leur pro­met que dé­sor­mais « les­ma­ni­fes­ta­tions qui ris­que­raient­de­por­te­rat­tein­teàl’ordre pu­blic­se­ron­tin­ter­dites ». Lors de sa tra­di­tion­nelle interview du 14 juillet, le pré­sident Fran­çois Hollande ré­pète comme un man­tra: « Le­con­fli­tis­raé­lien ne­peut­pas s’im­por­te­renF­rance. »

En marge d’une ma­ni­fes­ta­tion de sou­tien au peuple pa­les­ti­nien, le 13 juillet, des di­zaines de jeunes se sont af­fron­tés de­vant la sy­na­gogue de la rue de la Roquette, à Pa­ris

A l’in­té­rieur de la sy­na­gogue en­cer­clée par les ma­ni­fes­tants

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