LA MAIN DE CÉ­LINE

Sor­ti d’un co re-fort de la Bi­blio­thèque na­tio­nale, voi­ci l’ori­gi­nal de “Voyage au bout de la nuit”. Un choc

L'Obs - - Livres - PAR DEL­FEIL DE TON

Voyage au bout de la nuit, par Louis-Fer­di­nand Cé­line, Edi­tions des Saints Pères, 1 040 p., 249 eu­ros.

Hen­ri Go­dard, l’édi­teur de Cé­line en Pléiade, ra­conte dans son der­nier livre comment un jour le li­braire Pierre Be­rès lui fit une fa­veur ex­cep­tion­nelle : il lui fit voir le ma­nus­crit de « Voyage au bout de la nuit ». Voir. Pas re­gar­der. Voir à trois mètres de dis­tance et pas ques­tion de s’en ap­pro­cher avant qu’il ne le ren­ferme dans sa ca­chette. Du moins sa­vait-on ain­si que ce ma­nus­crit exis­tait en­core.

Les an­nées pas­sèrent. Un quart de siècle puis, en 2001, il fut mis en vente pu­blique, ce fa­meux ma­nus­crit (ci­contre). Il était écrit, sur sa page de titre, de la main de Cé­line, qu’il était le seul. L’en­chère fut fa­ra­mi­neuse. La Bi­blio­thèque na­tio­nale pré­emp­ta.

De­puis, de rares, de très rares pri­vi­lé­giés, éru­dits, ont pu le com­pul­ser. Ne res­tait qu’à at­tendre, dé­jà treize an­nées et tou­jours rien à l’ho­ri­zon, le ré­sul­tat de leurs tra­vaux. Et voi­là le mi­racle. Un édi­teur pu­blie ce sa­cré ma­nus­crit, ce ma­nus­crit sa­cré, en fac-si­mi­lé. Toutes les pages y sont, sans re­touches, en cou­leur, que chaque encre, chaque crayon conserve la sienne. Il y en a 1 040. Pour en dire toute la ri­chesse, il fau­drait l’avoir épui­sée. Mais c’est qu’elle est in­épui­sable. Cé­line, dans une lettre qui ac­com­pa­gnait la dac­ty­lo­gra­phie pro­po­sée aux édi­teurs, les aver­tis­sait pour ne pas les prendre en traître : « C’est du pain pour un siècle de lit­té­ra­ture. » Cette édi­tion du ma­nus­crit, c’est le pain avec le beurre.

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