Ils se sont tant haïs

Noel et Liam Gal­la­gher, les deux pi­liers du groupe pop Oa­sis, se voyaient bien de­ve­nir les nou­veaux Beatles. A force de s’in­sul­ter et de se frap­per en pu­blic, ils ont fait vo­ler le rêve en éclats

L'Obs - - Série D’été - Par DA­VID CAVIGLIOLI

Ce 28 août 2009, alors que le soir des­cend sur le parc de Saint- Cloud, le chauf­feur de Noel Gal­la­gher est ner­veux. Son client est d’une hu­meur d’arai­gnée. A quelques di­zaines de mètres, les gen­tils punks de Bloc Party sau­tillent de­vant le pu­blic du fes­ti­val Rock en Seine. Ils doivent bien­tôt lais­ser la place à Oa­sis, l’évé­ne­ment de la soirée. Les An­glais ont beau sor­tir des al­bums fa­ti­gués de­puis dix ans et en­chaî­ner les concerts pi­teux, ils af­folent en­core les billet­te­ries. Mais Gal­la­gher, le pi­lier du groupe, est ar­ri­vé sur le par­king sans pré­ve­nir et s’est af­fa­lé sur la ban­quette ar­rière de sa voi­ture, alors qu’il de­vrait être dans le bun­ga­low en bam­bou qui lui sert de loge. Il ne dit rien de­puis cinq mi­nutes. Il sait qu’on l’at­tend sur scène. Le chauf­feur fi­nit par men­dier une consigne. Gal­la­gher lui dit de dé­mar­rer. La voi­ture s’en va vers Pa­ris.

A 22h20, un grand pan­neau lu­mi­nes­cent an­nonce à la foule qu’après « une al­ter­ca­tion au sein du groupe, le concert d’Oa­sis est an­nu­lé » . Les fans meuglent par ha­bi­tude, mais ne s’in­quiètent pas outre me­sure. Comme le pire, un concert d’Oa­sis n’est ja­mais cer­tain. Six jours plus tôt, le groupe en a an­nu­lé un en An­gle­terre, in­ven­tant une ur­gence mé­di­cale. Mais plus tard dans la soirée, Gal­la­gher dé­clenche un séisme en pu­bliant sur in­ter­net quelques lignes fu­nèbres et dé­fi­ni­tives : « C’est avec tris­tesse mais avec un grand sou­la­ge­ment que je vous an­nonce que je quitte Oa­sis ce soir. Les­gens écri­ront ce qu’ils vou­dront, mais je ne pou­vais tout sim­ple­ment plus tra­vailler avec Liam. »

Que s’est-il pas­sé ce soir-là entre les Gal­la­gher ? La presse a de­puis en­quê­té. Liam, l’in­sup­por­table ben­ja­min, est ar­ri­vé à Pa­ris ivre mort. Noel, voyant son frère l’oeil vide et la bave aux lèvres, est fu­masse. De­puis dix-huit ans que le groupe existe, ce genre de psy­cho­drame est de­ve­nu presque pro­to­co­laire : les deux montent sur scène en s’in­sul­tant, Liam chante en ou­bliant les pa­roles, Noel tire la tronche der­rière sa gui­tare. A Saint- Cloud, l’en­tou­rage bla­sé croit donc as­sis­ter à l’ha­bi­tuelle en­gueu­lade d’avant-concert, qui prend fin quand Liam at­trape la gui­tare fé­tiche de son frère et la ba­lance au loin avec l’éner­gie d’un lan­ceur de mar­teau. Noel sort du ca­ba­non. Il ne se re­tourne pas quand Liam le suit en le trai­tant de « grosse sa­lope » . Là en­core, on ne s’in­quiète pas. Noel a souvent tour­né le dos à son frère. C’est une fa­çon man­cu­nienne de mettre fin aux conflits. Ça s’appelle le wal­kout. On sort du pub avec une dé­marche de prince. C’est un geste aris­to­cra­tique. La plu­part du temps, on fi­nit par re­ve­nir, parce que chan­ger de pub est aus­si pénible qu’in­utile : il fau­dra aus­si cla­quer la porte du nou­veau, un jour ou l’autre. Cette fois pour­tant, Noel Gal­la­gher sait

qu’il ne re­vien­dra pas. Il ex­pli­que­ra plus tard qu’ Oa­sis ne pou­vait pas se sé­pa­rer comme un groupe de rock nor­mal, par un com­mu­ni­qué di­plo­ma­tique, un best of et une tour­née d’adieu. « Tout le monde éta it cons­cient que ça se ter­mi­ne­rait par une bas­ton. Que l’un de nous di­rait : “Va te faire foutre et, toi aus­si, et toi aus­si.” Il se trouve que c’est moi qui l’ai fait. Mais ç’au­rait aus­si bien pu être Liam. »

Le ta­lent et la grâce

Quand Liam naît en 1972, Noel a 5 ans. La fa­mille Gal­la­gher, d’ori­gine ir­lan­daise, vit à Long­sight, quar­tier dé­clas­sé de Man­ches­ter, ta­pis­sé de briques sang de boeuf. Tom­my, le père, tra­vaille dans le bâ­ti­ment et met des bran­lées ho­mé­riques aux deux aî­nés, Paul et Noel. Liam, trop pe­tit pour faire un bon en­fant mar­tyr, échappe aux coups, pre­mière frac­ture entre les deux fu­tures rock stars. La mère, Peg­gy, dé­cide de plier ba­gage avec les trois en­fants. Ils dé­mé­nagent en douce un ven­dre­di, après mi­nuit, pen­dant que le père pi­cole sur la grand-rue. Ils s’installent à Bur­nage, ban­lieue loin­taine et pro­lé­taire, amas de ci­tés ou­vrières où il n’y a plus d’usine pour faire tra­vailler les ou­vriers.

Noel et Liam doivent par­ta­ger une chambre. Ils gran­dissent sans trop s’adres­ser la parole. Ils ont pour­tant des points com­muns. Nuls à l’école, fa­na­tiques de Man­ches­ter Ci­ty, l’équipe du pe­tit peuple. « A Man­ches­ter, tu as trois op­tions, dit Noel, jouer au foot, tra­vailler à l’usine ou vendre de la drogue. La plu­part choi­sissent la troi­sième. » A 13 ans, le grand Gal­la­gher braque l’épi­ce­rie du coin de la rue et prend six mois de sur­sis. Ce « geste stu­pide » le convainc qu’il fe­ra un piètre cri­mi­nel. Plu­tôt tai­seux, il voue un culte aux Beatles et se met à grat­touiller une gui­tare à

25 livres que sa mère lui achète à cré­dit.

A Man­ches­ter, les an­nées That­cher sont aus­si les an­nées club et ecs­ta­sy. La jeu­nesse gobe des pi­lules qui font rire en al­lant de Maine Road, le stade de Man­ches­ter Ci­ty, à l’Ha­çien­da, la boîte où jouent New Or­der, les Smiths, les Stone Roses ou Hap­py Mon­days, soit la scène mu­si­cale man­cu­nienne, in­ex­pli­ca­ble­ment pro­li­fique, que les nos­tal­giques sur­nom­me­ront bien­tôt « Mad­ches­ter ». Le rock de­vient une in­dus­trie lo­cale. Une qua­trième op­tion pour

ceux qui jouent mal au foot, re­fusent l’usine ou ne savent pas dea­ler. Noel au­di­tionne pour in­té­grer les Ins­pi­ral Car­pets. Il exé­cute un « Gimme Shel­ter » clas­sique sport. Clint Boon, l’or­ga­niste du groupe, se sou­vient : « Il ne chan­tait pas trop mal, mais il n’avait pas le groove qu’il fal­lait, alors on lui a dit : “Tu peux de­ve­nir tech­ni­cien si tu

veux.” » Il ac­cepte et dé­couvre le mi­lieu du rock. Il fi­ni­ra par se faire vi­rer au mo­ment où les Car­pets tentent de per­cer aux Etats-Unis, et craignent que leurs roa­dies dé­fon­cés comme des Po­ké­mon ef­fraient les pro­mo­teurs amé­ri­cains.

Pen­dant ce temps, Liam aus­si de­vient un jeune lad du grand Man­ches­ter. Mais il se passe chez lui quelque chose d’in­ex­pli­cable. Il est tou­ché par cette sorte de grâce qui ne s’ac­quiert pas, ce fon­de­ment de l’in­éga­li­té entre les lads. Il est beau. Il a du style. Il in­trigue. A la mai­son, il est le centre du monde. Il vole des vé­los, il se bat à l’école, il est le roi des pa­res­seux, il est ar­ro­gant, in­culte, in­ca­pable de la bou­cler trente se­condes, mais tout le monde l’aime. Son frère peut se tar­guer d’une éru­di­tion mu­si­cale de mo­no­ma­niaque et a pas­sé des an­nées à se ha­cher les doigts sur les cordes de sa gui­tare. Liam, lui, ne s’in­té­resse que tar­di­ve­ment à la mu­sique, avec in­cons­tance et dé­sin­vol­ture. Mais il a la voix. Na­sale, éraillée, im­po­lie, ca­naille. Avec sa ma­nie de dé­for­mer les voyelles, il chante dans une langue étran­gère que tout le monde com-

prend. Il ne fait rien, mais ça marche. Sans travail, un don reste un don.

A 20 ans, Liam re­joint ses co­pains Bo­ne­head, Guig­sy et To­ny McCar­roll et de­vient le chan­teur du groupe The Rain. Ils écument les bouges lo­caux. Dave Cur­ley, gui­ta­riste des Ke­rouacs : « Tout ce dont je­me­sou­viens, c’est qu’ils

n’étaient pas très bons. » The Rain adopte le nom d’Oa­sis en 1991 au Board­walk, un club de Man­ches­ter. Noel as­siste au concert ( « Le pire que

j’aie ja­mais vu » ). Dé­soeu­vré, il leur pro­pose les chan­sons qu’il écri­vait pour tuer le temps quand il était ma­nu­ten­tion­naire à la Bri­tish Gas. Ces mor­ceaux, « Live Fo­re­ver » ou « Columbia », fe­ront quelques an­nées plus tard le suc­cès to­ni­truant du pre­mier album, « De­fi­ni­te­ly Maybe ». Le pe­tit frère et ses trois co­pains dé­couvrent, mâ­choires pen­dantes, sa ca­pa­ci­té sur­na­tu­relle à re­cy­cler le rock an­glais des

six­ties en y ajou­tant le bruit et la fu­reur de la crise so­ciale, à ci­sailler des lignes mé­lo­diques im­pec­cables, des re­frains

qui s’en­roulent au­tour de l’oreille et qui ne la lâchent ja­mais. La hotte de pa­pa Noel est pleine de tubes. A peine ad­mis, il est pro­mu leader. Entre les deux frères, la ré­par­ti­tion des rôles se des­sine : Noel tient le groupe à bout de bras avec son ta­lent de mé­lo­diste et son per­fec­tion­nisme, pen­dant que Liam joue la star.

Des an­nées plus tard, Noel le ré­su­me­ra comme ça: « Je­suis le cer­veau du groupe. Liam est le cré­tin de la bande. Et les trois autres sont les trois autres. »

Ou comme ci: « Je parle et tout le monde ac­quiesce, sauf Liam qui contre­dit tout ce que je dis. Je de­mande aux autres : “Qu’est-ce que vous pen­sez de la chan­son ?” Ils me ré­pondent : “Ouais, ça sonne su­per !” Et si je dis :“Non, c’estde la merde”, tout le­monde fait : “Ouais,

c’estde la merde.” » Dans le groupe, on l’appelle The Chief. Mais quand les cinq il­lustres in­con­nus d’Oa­sis des­cendent à Londres pour ren­con­trer Alan McGee, le ma­na­ger qui les a dé­ni­chés dans une boîte de Glas­gow, c’est de Liam que ce­lui-ci tombe amou­reux, avec son haut de sur­vê­te­ment Adi­das, ses lu­nettes fu­mées et sa non­cha­lance in­sul­tante. Le cha­risme tout-ter­rain de son frère, Noel s’en ac­com­mode la moi­tié du temps et s’en agace le reste. Il n’est pour­tant pas moins ar­ro­gant que Liam. Fort de ses trois chan­sons, il an­nonce à McGee qu’Oa­sis de­vien­dra

« le plus grand groupe du­monde » , et exige que le la­bel soit obli­gé par contrat de lui payer une Rolls-Royce quand il ar­ri­ve­ra au som­met. En 1995, après le triomphe amé­ri­cain du deuxième album, McGee lui don­ne­ra les clés d’une Rolls cou­leur cho­co­lat. Il faut dire qu’il avait entre-temps ga­gné de quoi en ache­ter quelques mil­liers.

“Or­du­rier, ar­ro­gant, fei­gnasse”

Dès les pre­miers mo­ments, les deux frères ne peuvent pas se re­ni­fler. Seuls, ils ne valent rien. A deux, ils se dé­truisent. Ils se battent sur scène pen­dant leur pre­mier concert, en 1992. Alors que le pre­mier album se vend par contai­ners, Noel me­nace dé­jà de tout ar­rê­ter. Liam est un agent du chaos, qui n’ac­cepte au­cune dis­ci­pline ni au­to­ri­té. Quand il n’est pas saoul, c’est que la co­caïne an­nule les ef­fets de l’al­cool. La mode est aux cé­lé­bri­tés humbles qui fuient le star-sys­tème. Liam, lui, adore la vie de rock star, les chambres d’hô­tel dé­truites, les ba­garres de pub. Il ex­plique que Kurt Co­bain, qui s’est sui­ci­dé pour fuir MTV, est « un pauvre blai­reau dé­pres­sif qui ne pou­vait pas sup­por­ter lag loire » .

En interview, il se met tout le monde à dos. Il dé­clare: « Je n’ai ja­mais pu sac­quer Paul McCart­ney. C’est lui qui écri­vait les chan­sons de pé­dé, les trucs mol­las­sons. » A la ra­dio, il me­nace Keith Richards et George Har­ri­son d’une « bonne dé­rouillée » . Pour le pre­mier gros concert lon­do­nien d’Oa­sis, il arrive à 16 heures avec ses aco­lytes alcooliques et ré­clame de boire à l’oeil tout l’après-mi­di. Le pre­mier show du groupe à l’étran­ger est pré­vu à Am­ster­dam : il se fait des­cendre du fer­ry et ra­me­ner en An­gle­terre après avoir pro­vo­qué un pu­gi­lat avec des sup­por­ters de Chel­sea. Il se casse le pied en sau­tant d’un car en mou­ve­ment. Dans les pa­laces de Londres, il se prend des murges à 2000 livres. Il frappe les jour­na­listes, se fait ta­bas­ser par des joueurs de rug­by. A Pa­ris, il rosse le bat­teur, qui est obli­gé de quit­ter le groupe.

En 1995, aux Stu­dios Rock­field, Noel fait les trois-huit pour bou­cler « Mor­ning Glo­ry », my­thique deuxième album du groupe, et fi­nit par s’écrou­ler de fa­tigue. Quand il se ré­veille, Liam a in­vi­té tout un pub au studio d’en­re­gis­tre­ment, et Noel dé­couvre, ef­fa­ré, « la moi­tié de la putain de ville » en train de mi­mer des com­bats au sabre avec ses gui­tares. L’un des ivrognes s’ap­proche de lui et lui de­mande : « T’au­rais pas le nu­mé­ro d’un taxi, mon pote ? » Noel le traîne hors de la pièce par les che­veux, et chasse Liam avec une batte de cri­cket. Ar­rê­té avec de la drogue, sur­pris en train de faire l’amour dans des toi­lettes de bar, Liam de­vient un gui­gnol de l’in­fo, un per­ma­nent des ta­bloïds. Noel lui re­proche de nuire à l’image du groupe. Il ne sup­porte plus d’en­tendre que son frère chante mieux que lui, alors qu’il a in­ter­pré­té le plus gros tube d’Oa­sis, « Don’t Look Back in An­ger ». Les deux ne se parlent plus que par interviews in­ter­po­sées. Ils ne laissent pas­ser au­cune oc­ca­sion de se vo­mir pu­bli­que­ment des­sus. Leur haine mu­tuelle de­vient un feuille­ton mé­dia­tique dont le pu­blic ne se lasse pas. Liam: « Noel est ja­loux parce que je suis plus beau que lui. » Noel : « Il est or­du­rier, ar­ro­gant, il ne cherche qu’à in­ti­mi­der et c’es­tune grosse fei­gnasse. »

Le nu­mé­ro est ro­dé : Noel écrit les al­bums, Liam fait par­ler les jour­na­listes entre deux disques. Noel aus­si, ce­la dit, sait four­nir la ci­ta­tion qui tue. Au pic de sa ri­va­li­té avec Blur, autre gloire de la Brit pop des an­nées 1990, il dé­clenche un tol­lé en di­sant es­pé­rer que Da­mon Al­barn, leur leader, « crève du si­da » . Re­ce­vant une flo­pée de prix pour « Mor­ning Glo­ry », il se fend d’un dis­cours de re­mer­cie­ments d’un genre nou­veau : « C’est dif­fi­cile de res­ter humble dans de tels mo­ments, donc je n’es­saie­rai même pas : vous êtes tous des merdes ! »

Mais en 2000, Noel change. Main­te­nant qu’il est une ve­dette re­pue, il craint que son ins­pi­ra­tion ne se ta­risse. Il juge ses nou­velles chan­sons mé­diocres. La presse ne le contre­dit pas. Les ventes de disques chutent. L’eu­pho­rie des an­nées 1990 lui manque. Ma­rié en 1997 avec Meg Mat­thews, il de­vient père d’une pe­tite Anaïs Gal­la­gher. Il ar­rête la drogue, après une sé­rie de crises d’an­goisse et des dou­leurs per­sis­tantes dans la poi­trine. Le groupe en­re­gistre un album dans le sud de la France : Noel es­saie d’im­po­ser une diète, mais Liam lui ré­pond que la co­caïne et l’al­cool le main­tiennent en vie. Les autres membres quittent le na­vire. Lors d’un concert à Wem­bley, la même an­née, Liam arrive sur scène presque pa­ra­ly­sé après avoir bu des quan­ti­tés consi­dé­rables de bour­bon. Il se met à faire des re­marques in­sul­tantes sur la fa­mille de Noel. A Barcelone, ce­lui-ci quitte le groupe en pleine tour­née. Il n’ac­cepte plus de jouer avec son frère qu’en An­gle­terre, pour pou­voir ren­trer chez lui le soir et ne plus avoir à le sup­por­ter.

« Le pro­blème avec Liam, c’est qu’il ne fait que cau­ser des pro­blèmes, ex­pli----

quait-il en 2009 au ma­ga­zine “Q”. Quand vous avez 27 ans, c’est for­mi­dable, mais arrive un mo­ment où vous en avez ras le cul. » Il juge que Liam, en plus du reste, a rui­né la car­rière amé­ri­caine du groupe, et ne le lui par­donne pas. Pen­dant le pre­mier concert de leur tour­née, au Whis­ky a Go Go, scène lé­gen­daire de Los An­geles, Gal­la­gher-le-Pe­tit sort de scène bru­ta­le­ment, ir­ri­té par un ca­me­ra­man qui le gêne dans ses mou­ve­ments, et in­sulte Noel de­puis les cou­lisses, mi­cro al­lu­mé. Puis il ré­ap­pa­raît et le frappe avec un tam­bou­rin, avant d’al­ler cou­rir torse nu sur Sun­set Bou­le­vard. « Le len­de­main des MTV Awards où Liam avait un gros fi­let de bave qui lui pen­dait du men­ton, notre mai­son de disques nous a qua­si­ment vi­rés, se sou­vient en­core

Noel. On était fi­nis. On avait ven­du 4 mil­lions de disques là-bas, plus qu’en An­gle­terre. On au­rait pu de­ve­nir plus gros que les Beatles. Liam pense qu’au fond il ne le mé­rite pas, donc il es­saie de dé­truire le truc. Alors que tout ce qu’il avait à faire, c’était de te­nir de­bout quelque part, por­ter des lu­nettes de so­leil et fer­mer sa gueule. »

De­puis la rup­ture d’août 2009, Noel et Liam ne se parlent plus du tout. La presse an­glaise a fré­mi en 2012 quand ils se sont en­voyé un SMS le soir où Man­ches­ter Ci­ty, ren­floué par l’ar­gent d’un tycoon émi­ra­ti, a ga­gné son pre­mier cham­pion­nat d’An­gle­terre de­puis 1968. Cha­cun de leur cô­té, ils ont créé des groupes en­nuyeux avec des mu­si­ciens qu’ils ne peuvent pas in­sul­ter pu­bli­que­ment, sous peine de les voir dé­mis­sion­ner dans la mi­nute. C’est toute la beau­té de la fa­mille : on peut s’y haïr en­semble.

Dos à dos sur scène à Van­cou­ver, en 2008, un an avant leur rup­ture dé­fi­ni­tive

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.