Le blues de l’ar­mée fran­çaise

L'Obs - - Monde - Jean-Bap­tiste Nau­det

Lors du dé­fi­lé du 14-Juillet, la Grande Muette s’est tue, en­core une fois. Elle a ser­ré les dents. Mais l’ar­mée fran­çaise grogne, l’ar­mée fran­çaise a le blues, l’ar­mée fran­çaise n’en peut plus. Elle en a as­sez de pas­ser à la mou­li­nette de la ri­gueur bud­gé­taire tout en étant de plus en plus souvent pro­je­tée au bout du monde, en Af­gha­nis­tan, au Li­ban, en Afrique, au nom de la gran­deur de la France et de la lutte contre le ter­ro­risme glo­ba­li­sé. De­puis la fin de la guerre froide, les po­li­tiques n’en fi­nissent pas d’en­gran­ger ce qu’ils ap­pellent « les­di­vi

dendes de la paix » . En trente ans, le bud­get de la Dé­fense a été di­vi­sé par deux. Une par­tie du ma­té­riel est à bout de souffle. Des tran­sports de troupes blin­dées ont par­fois plus de 30 ans d’âge. Les ef­fec­tifs ont fon­du. Près de 54 000 postes ont été sup­pri­més sous Ni­co­las Sar­ko­zy. Et le gi­gan­tesque plan so­cial ka­ki conti­nue. La nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire pour 20142019 pré­voit en­core 23 000 postes en moins. Des ré­gi­ments en­tiers, da­tant, pour cer­tains, du XVIIe siècle, sont dis­sous. Faute d’ef­fec­tifs, l’ar­mée manque par­fois de ce que le très vi­ru­lent gé­né­ral (à la re­traite) Vincent De­sportes appelle « l’épais­seur stra­té­gique » . Au Ma­li ou en Cen­tra­frique, elle manque d’hommes à dé­ployer sur le ter­rain pour conso­li­der ses vic­toires. Face au rou­leau com­pres­seur de Ber­cy, les mi­li­taires ont fi­ni par se ré­vol­ter. Au prin­temps der­nier, face à de nou­velles coupes bud­gé­taires, les chefs d’état-ma­jor des ar­mées ont menacé de dé­mis­sion­ner en bloc. Le mi­nistre de la Dé­fense, Jean-Yves Le Drian, un très proche de Fran­çois Hollande, a lui aus­si mis en jeu son por­te­feuille. Le mi­nistre des Fi­nances, Mi­chel Sa­pin, un autre fi­dèle du pré­sident, a dû battre en re­traite. Of­fi­ciel­le­ment, le bud­get de la Dé­fense reste donc « sanc­tua­ri­sé », comme l’a pro­mis pu­bli­que­ment le chef de l’Etat. En fait, la ba­taille s’est trans­for­mée en gué­rilla. Plu­tôt que de s’en prendre aux dé­penses, Ber­cy a cou­pé dans les re­cettes. Se­lon le pro­jet de bud­get trien­nal 2015-2017, 500mil­lions de cré­dits bud­gé­taires ont été re­ti­rés chaque an­née à la Dé­fense, soit 1,5mil­liard au to­tal. En prin­cipe, ces cré­dits peuvent être com­pen­sés par des re­cettes ex­cep­tion­nelles, la vente des bi­joux de fa­mille de l’Etat. Mais ces réa­li­sa­tions sont plus qu’aléa­toires alors que le bud­get des ar­mées est dé­jà ba­sé sur la vente, très in­cer­taine, d’avions Ra­fale à l’ex­por­ta­tion.

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