Les chiens de guerre de Mos­cou

Après la des­truc­tion du vol MH17, les soup­çons se tournent vers les sé­pa­ra­tistes de l’est de l’Ukraine. Leurs chefs, Alexandre Bo­ro­daï et Igor Strel­kov, ont des pro­fils d’agents russes

L'Obs - - Sommaire - Par Jean-Bap­tiste Nau­det

A ceux qui l’ac­cusent d’être un agent du FSB, il ré­pond dans un sou­rire : « Fran­che­ment, même si c’était le cas, pen­sez-vous que je vous le di­rais ? » Une courte barbe, les che­veux blonds cou­pés en brosse, 41 ans, Alexandre Bo­ro­daï est l’un des chefs de file du mou­ve­ment sé­pa­ra­tiste dans l’est de l’Ukraine. Mais le « Pre­mier mi­nistre » au­to­pro­cla­mé de la « Ré­pu­blique po­pu­laire de Do­netsk » n’a rien d’ukrai­nien. Pas plus que son « mi­nistre de la Dé­fense » et vieil ami Igor Strel­kov. Les deux hommes, qui pourraient être mis en cause dans le crash de l’avion de la Ma­lay­sia Air­lines, sont des Russes. Non pas des Russes d’Ukraine (18% de la po­pu­la­tion), mais des Russes de Rus­sie. Des Mos­co­vites même. Dé­tail ag­gra­vant, leurs pro­fils res­semblent fort à ceux d’agents du FSB, le Ser­vice fé­dé­ral de Sé­cu­ri­té, l’ex-KGB, ou du GRU, le ser­vice de ren­sei­gne­ment de l’ar­mée russe.

La main de Mos­cou plane sur cette ré­gion en proie à un mou­ve­ment de sé­ces­sion pro­russe. Le Krem­lin est for­te­ment soup­çon­né de four­nir des vo­lon­taires, des armes, et même des armes lourdes, aux in­sur­gés d’Ukraine – dont, peut-être, les mis­siles qui ont abattu le Boeing ma­lai­sien le 17 juillet (298 morts). Mais la Rus­sie est aus­si sus­pec­tée de di­ri­ger en sous-main ce mou­ve­ment sé­ces­sion­niste, ou même de l’avoir créé de toutes pièces pour an­nexer le sud-est de l’Ukraine et faire plier les nou­velles au­to­ri­tés, prooc­ci­den­tales, de Kiev.

Alexandre Bo­ro­daï sur les lieux de la catastrophe, le 17 juillet

Adepte de l’au­to­cra­tie, Alexandre Bo­ro­daï a pris la tête fin mai de la « Ré­pu­blique po­pu­laire de Do­netsk » en écar­tant De­nis Pou­chi­line, le jeune leader lo­cal, ukrai­nien. Dé­but juin, un van ap­par­te­nant à ce der­nier a ex­plo­sé de­vant le « Par­le­ment de Do­netsk » qu’il « pré­si­dait ». Puis l’homme a été la cible d’un at­ten­tat qui a coû­té la vie à son as­sis­tant. A bon en­ten­deur, sa­lut. Mi­juillet, Pou­chi­line a an­non­cé sa dé­mis­sion. Alexandre Bo­ro­daï di­rige main­te­nant une ville d’un mil­lion d’ha­bi­tants, ca­pi­tale de la ré­gion mi­nière et in­dus­trielle du Don­bass.

Le plus si­gni­fi­ca­tif est pa­ra­doxa­le­ment qu’on ne sait rien, ou pas grand­chose, de sa vie. Il re­fuse d’en par­ler. Des dé­tails de sa bio­gra­phie ont

Igor Strel­kov, « mi­nistre de la Dé­fense » du Do­netsk

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