“La jambe de mon gar­çon”

L'Obs - - Événement -

Dans ce foyer, le mot « fu­tur » ne semble rien si­gni­fier. « Onn’amê­me­pas­de­pré­sent, se dé­sole Gha­dir, la jeune cou­sine. Ici, àGa­za, on­rê­ve­de­pleinde choses et onne peut rie­na­voir. On­vou­drait juste pour­voir­vi­vre­dans­la­paixet­la­di­gni­té, mais­mê­me­ça, cen’est­pas­pos­sible. » En at­ten­dant la fin de la guerre, les Ba­kr tentent tant bien que mal de sur­mon­ter leur drame. Mais Mo­ha­med, le père d’Is­maïl, semble plon­gé dans une tris­tesse in­fi­nie : « Je suis tou­joursà­la­re­cherche de­la­jam­be­de­mon­gar­çon. El­lea­dûêtre pro­je­tée­vers­la­mer­lors­del’ex­plo­sion. Je veux la re­trou­ver, je ne trou­ve­rai pas le re­pos tant que mon fils ne se­ra pas en­ter­rée­nun­seul­mor­ceau. » Mo­ha­med re­grette de ne même pas avoir une pho­to de son fils en sou­ve­nir. Pour rendre un der­nier hom­mage à ses dis­pa­rus, toute la fa­mille a dé­jà pré­vu de cé­lé­brer l’ar­rêt du ra­ma­dan à la fin du mois, au ci­me­tière du camp de ré­fu­giés de Cha­ti, où re­posent les corps des quatre cou­sins.

au 4e jour de l’opé­ra­tion Bor­dure pro­tec­trice, le 21 juillet

Comment sor­tir sans dom­mages po­li­tiques ma­jeurs d’un conflit qu’on sait ne pas pou­voir rem­por­ter? Sous les mis­siles et les obus is­raé­liens qui s’abattent sur Ga­za, c’est la ques­tion à la­quelle sont confron­tés les di­ri­geants du Ha­mas, pié­gés par leur car­can idéo­lo­gique et le dé­sir d’en dé­coudre du Pre­mier mi­nistre is­raé­lien. Dé­si­gné par Be­nya­min Ne­ta­nya­hou comme res­pon­sable de l’en­lè­ve­ment le 12 juin en Cis­jor­da­nie de trois jeunes Is­raé­liens re­trou­vés morts deux se­maines plus tard, le mou­ve­ment is­la­miste pa­les­ti­nien a nié tout rôle dans ces as­sas­si­nats mais il s’en est « fé­li­ci­té », tan­dis que le pré­sident de l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne, Mah­moud Ab­bas, les condam­nait. Et ce sont les mi­li­tants du mou­ve­ment is­la­miste qui ont four­ni la ma­jeure par­tie des quelque 650 sus­pects arrêtés par l’ar­mée is­raé­lienne en Cis­jor­da­nie.

Dix jours seule­ment après l’en­trée en fonc­tion d’un « gou­ver­ne­ment de consen­sus » qui in­car­nait l’ac­cord de ré­con­ci­lia­tion entre le Ha­mas et le Fa­tah conclu en avril, il pa­rais­sait étrange que le mou­ve­ment is­la­miste ait été l’ins­ti­ga­teur d’un at­ten­tat qu’Is­raël, à coup sûr, ne lais­se­rait pas im­pu­ni. Mal­gré ses ré­ti­cences, le Ha­mas s’était en ef­fet ré­si­gné à la ré­con­ci­lia­tion avec le Fa­tah et l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne de Mah­moud Ab­bas, pour sor­tir d’une si­tua­tion cri­tique. Alors que la ré­volte sy­rienne l’avait contraint à quit­ter son quar­tier gé­né­ral de Da­mas, il se re­trou­vait trai­té en en­ne­mi par le nou­veau ré­gime du Caire par­ti en guerre contre les Frères mu­sul­mans, et privé des re­ve­nus ti­rés des tun­nels de contre­bande avec l’Egypte, dé­truits par l’ar­mée du ma­ré­chal-pré­sident Al-Sis­si. Cri­ti­qué à Ga­za pour son au­to­ri­ta­risme et la cor­rup­tion de nombre de ses cadres, le Ha­mas, qui ne par­ve­nait plus à payer ses 40000 fonc­tion­naires, était non seule­ment iso­lé sur le plan di­plo­ma­tique mais dé­lais­sé par son prin­ci­pal bailleur de fonds, le Qa­tar, dont le

Tirs is­raé­liens sur Ga­za,

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