“Les an­ti­ré­tro­vi­raux ne sont qu’un as­pect de la pré­ven­tion”

Les ho­mo­sexuels doivent-ils prendre à titre pré­ven­tif ces mé­di­ca­ments, comme le sug­gère l’OMS ? L’avis de Gilles Pia­loux, vice-pré­sident de la So­cié­té fran­çaise de Lutte contre le Si­da

L'Obs - - Notre Époque - Pro­po s re­cueill is par Bé­ré­nice Ro cfort-Gio­vann i

Le Nouvel Ob­ser­va­teur Que pen­sez-vous de la pré­co­ni­sa­tion de l’OMS, qui re­com­mande la prise d’an­ti­ré­tro­vi­raux pour pré­ve­nir l’infection par le VIH? Gilles Pia­loux L’OMS est dans son rôle en don­nant une re­com­man­da­tion, qui n’est en rien une in­jonc­tion. Mais je ne com­prends pas bien son ti­ming. Au­cune don­née nou­velle ne semble jus­ti­fier une telle an­nonce. La der­nière étude sur le trai­te­ment pré­ven­tif du si­da par des an­ti­ré­tro­vi­raux date de 2010 : l’es­sai amé­ri­cain Iprex a alors dé­mon­tré que le Tru­va­da, un mé­di­ca­ment com­bi­nant deux an­ti­ré­tro­vi­raux, fai­sait chu­ter de 44% le taux d’infection par le VIH chez les hommes ho­mo­sexuels. De­puis, plus rien. L’étude fran­çaise, dont je suis coin­ves­ti­ga­teur (1) [une ex­pé­ri­men­ta­tion en double aveugle du Tru­va­da chez des hommes ho­mo­sexuels à risque, NDLR], elle, est en cours. En juillet 2012, on pou­vait dé­jà s’éton­ner que les au­to­ri­tés sa­ni­taires amé­ri­caines au­to­risent la mise sur le mar­ché du Tru­va­da sur la foi de cette seule étude. Tous les hommes ho­mo­sexuels doivent-ils prendre des an­ti­ré­tro­vi­raux? Quid du­pré­ser­va­tif? Non, pas du tout. Tout dé­pend de leurs pra­tiques, et il y a d’autres moyens de pré­ven­tion. En fait, le mes­sage de l’OMS est am­bi­gu. Il s’adresse à toute la po­pu­la­tion ho­mo­sexuelle mas­cu­line, sans faire de cas par cas. L’OMS veut dire que, lors­qu’on uti­lise mal ou pas du tout le pré­ser­va­tif, on pour­rait prendre des an­ti­ré­tro­vi­raux. Ces mé­di­ca­ments ne sont qu’un as­pect de la pré­ven­tion com­bi­née, qui doit s’ac­com­pa­gner d’un dé­pis­tage ré­gu­lier du VIH et des autres in­fec­tions sexuel­le­ment trans­mis­sibles. Ce que je re­doute, c’est qu’en pro­mou­vant uni­que­ment de nou­veaux ou­tils de pré­ven­tion l’OMS n’aide pas à don­ner une image moins « rin­garde » du pré­ser­va­tif. Cer­tains pays ad­mi­nistrent-ils dé­jà des an­ti­ré­tro­vi­raux à titre pré­ven­tif ? Seuls les Etats-Unis au­to­risent, de­puis deux ans, la prise de Tru­va­da par des su­jets sains, mais on n’a pas as­sez de re­cul pour éva­luer cette pra­tique. Il y a quelques jours, les Na­tions unies es­ti­maient que la pan­dé­mie de si­da pour­rait prendre fin dans quinze ans. Les re­com­man­da­tions de l’OMS ne sont-elles pas sur­pre­nantes, dans ce contexte ? Non. Car même si l’épi­dé­mie a re­cu­lé dans plu­sieurs pays, il est né­ces­saire de faire re­mon­ter le ni­veau de pro­tec­tion chez les po­pu­la­tions à haut risque, comme cer­tains gays ou les tra­vailleurs du sexe. Les chiffres sont alar­mants. En 2009, une étude me­née dans des éta­blis­se­ments gays pa­ri­siens a ain­si ré­vé­lé que 18% des ho­mo­sexuels tes­tés étaient sé­ro­po­si­tifs. Pour­quoi les conta­mi­na­tions conti­nuent-elles chez les hommes ho­mo­sexuels ? Parce qu’ils ont un plus grand nombre de par­te­naires et des pra­tiques à risque. Le ba­re­ba­cking (rap­ports sexuels non pro­té­gés) existe tou­jours. Sur les sites de ren­contres gays, cer­tains as­sument to­ta­le­ment de ne pas mettre de pré­ser­va­tif. A ce­la s’ajoutent de nou­veaux com­por­te­ments dan­ge­reux ap­pa­rus il y a peu avec la consom­ma­tion de drogues de syn­thèse. Et puis, dans la com­mu­nau­té gay, beau­coup ba­na­lisent la ma­la­die. On le voit à l’hô­pi­tal: lors­qu’on an­nonce à cer­tains ho­mo­sexuels qu’ils sont conta­mi­nés, cette nou­velle ne les ébranle pas for­cé­ment. Où en est la re­cherche sur un vac­cin, dont on parle de­puis quinze ans? Un vac­cin tes­té lors du der­nier es­sai de grande am­pleur en 2009 en Thaï­lande mon­trait une di­mi­nu­tion de 31% du risque d’être in­fec­té. Dans le cadre d’une pré­ven­tion com­bi­née, cet ou­til, même im­par­fait, pour­rait être utile chez les per­sonnes très ex­po­sées. (1) ANRS-Iper­gay.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.