De la com­pas­sion à la haine

L'Obs - - Série D’été - C. R.

— Quand Cé­cile Bour­geon lance son ap­pel au se­cours, les Cler­mon­tois lui tendent la main. Ils se ras­semblent, im­priment des af­fi­chettes, créent un co­mi­té de sou­tien. La vague émo­tion­nelle est in­tense dans les rues comme sur le web. Plu­sieurs pages Fa­ce­book re­laient l’ap­pel à témoins. Des in­ter­nautes s’in­dignent de ne pas voir l’alerte en­lè­ve­ment dé­clen­chée. Quand le couple passe aux aveux, la com­pas­sion fait place à la stu­pé­fac­tion, puis, chez cer­tains, à la haine. Après la garde à vue, le couple arrive au pa­lais de jus­tice sous les huées. En mé­moire de Fio­na, plu­sieurs marches blanches sont or­ga­ni­sées en oc­tobre 2013; 2000per­sonnes dé­filent à Cler­mont. Le11mai 2014, un nou­veau ras­sem­ble­ment n’a réuni qu’une cen­taine d’ha­bi­tants.

as­sure au­jourd’hui Cé­cile en pri­son, plai­dant le « trou de mé­moire » . En gage de bonne foi, elle de­mande même à être hyp­no­ti­sée. Les deux mar­gi­naux ont-ils seule­ment pris la peine de don­ner une sé­pul­ture à la pe­tite? Beau­coup en doutent. « Le corps a pu être je­té dans les or­dures mé­na­gères, puis in­ci­né­ré », sug­gère une source po­li­cière. Et puis, si l’en­fant a été plus mar­ty­ri­sée que sa mère et son beau-père ne veulent bien le dire, quel in­té­rêt au­raient-ils à re­trou­ver sa dé­pouille? Gilles-Jean Por­te­joie, l’avo­cat de Cé­cile, dit pous­ser sa cliente à « tout faire pour re­trou­ver Fio­na » . De l’aveu même du pro­cu­reur Sen­nès, les chances de dé­cou­vrir le ca­davre sont dé­sor­mais bien minces. Les ex­per­tises psy­cho­lo­giques et psy­chia­triques des mis en cause, at­ten­dues sous peu, ne de­vraient pas da­van­tage le­ver le mys­tère. Sauf coup de théâtre, c’est donc un pro­cès sans corps qui s’ou­vri­ra en 2015 aux as­sises du Puy-de-Dôme.

Un peu plus tard, il ac­cu­se­ra à son tour Cé­cile d’avoir frap­pé Fio­na, de lui avoir don­né des coups de pied aux fesses, puis une gifle.

La date de la mort est in­cer­taine. Cinq jours avant le si­gna­le­ment de sa dis­pa­ri­tion, la fillette ap­pa­raît sur les ca­mé­ras de sur­veillance du McDo du centre-ville avec un large hé­ma­tome à la tête, mal dis­si­mu­lé par un ban­deau. Une cais­sière de ci­né­ma, qui l’a vue, hé­site même à faire un si­gna­le­ment. A par­tir de là, Fio­na ne re­tourne pas à l’école. Cé­cile et Ber­kane de­mandent un cer­ti­fi­cat d’ab­sence. Leur mé­de­cin l’ac­corde sans avoir vu l’en­fant. Per­sonne ne l’a re­vue vi­vante. Pour Pa­trice Re­vi­ron, avo­cat de l’as­so­cia­tion In­no­cence en Dan­ger, par­tie ci­vile, ce­la ne fait au­cun doute, « le couple a eu beau­coup plus de temps qu’il ne veut bien le dire pour se dé­bar­ras­ser du corps ».

« Je ré­flé­chis jour et nuit à des re­pères, des in­dices »,

Ber­kane Ma­kh­louf es­cor­té par la po­lice, à la re­cherche

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