Et à la fin, c’est l’Eu­rope qui gagne…

Sur le site de “l’Obs”, des so­cio­logues ont ana­ly­sé en di­rect la Coupe du Monde. Co­or­di­na­teur de ce blog, Sté­phane Beaud fait le bi­lan d’une com­pé­ti­tion qui a confir­mé la su­pré­ma­tie du Vieux Conti­nent

L'Obs - - Les Débats De L’obs - Par Sté­phane Beaud

Le blog que « le Nouvel Ob­ser­va­teur » m’a de­man­dé d’ani­mer pen­dant la Coupe du Monde au Bré­sil au­ra été une belle aven­ture. Ma­gie d’in­ter­net: des so­cio­logues, his­to­riens ou an­thro­po­logues fran­çais, mais aus­si des col­lègues bri­tan­niques, bré­si­liens, belges, ita­liens et fran­çais, et en­fin des en­sei­gnants-cher­cheurs, des doc­to­rants et même des mas­té­riens au dé­but de leurs re­cherches ont pu tra­vailler en­semble et pro­po­ser une mise en pers­pec­tive his­to­rique et so­cio­lo­gique des matchs. Bref, il s’agis­sait de « pren­dreau­sé­rieux » le foot. Une dé­marche qui, au pas­sage, a été ac­cueillie avec pas mal de scep­ti­cisme, voire de l’hos­ti­li­té, par une par­tie de nos conci­toyens dits culti­vés, souvent ac­quis aux thèses fa­ciles du sport comme « peste émo­tion­nelle » . An­crées dans une longue his­toire so­ciale et cultu­relle, les ré­sis­tances au foot res­tent fortes.

1. L’Eu­rope re­prend la main

L’heure est main­te­nant ve­nue de ti­rer le bi­lan so­cio­lo­gique de la com­pé­ti­tion. Et en pre­mier lieu de ré­flé­chir à son bi­lan spor­tif. Pour la troi­sième fois consé­cu­tive, le vain­queur du Mon­dial est un grand pays eu­ro­péen de football: l’Ita­lie en 2006, l’Espagne en 2010, et cette an­née l’Al­le­magne (réuni­fiée). De­puis 1990, seul le Bré­sil est par­ve­nu à contes­ter la su­pré­ma­tie de l’Eu­rope dans les Coupes du Monde. Or le plus grand en­sei­gne­ment de ce Mon­dial est sans nul doute la dé­route his­to­rique du Bré­sil, pays or­ga­ni­sa­teur, illus­trée par leur dé­faite hu­mi­liante (7-1) contre l’Al­le­magne. La Se­le­çao n’a été que l’ombre d’elle-même, on sa­vait mal en point ce pays, long­temps consi­dé­ré comme la « na­tion du football », et le Mon­dial a bel et bien ac­té le pas­sage de flam­beau en fa­veur du Vieux Conti­nent.

La cause de cette do­mi­na­tion est d’abord et avant tout éco­no­mique. La mon­dia­li­sa­tion du football s’est consi­dé­ra­ble­ment am­pli­fiée de­puis l’ar­rêt Bos­man (1995) qui a li­bé­ra­li­sé, en Eu­rope, le mar­ché du travail des foot­bal­leurs. Deux pro­ces­sus en ont ré­sul­té. D’abord, les grands clubs eu­ro­péens les plus puis­sants (ou à plus forte ca­pa­ci­té d’en­det­te­ment) opèrent comme des oli­go­poles sur un mar­ché et captent – on pour­rait presque dire cap­turent – les meilleurs joueurs du monde: d’une part, en payant aux clubs ven­deurs des prix de trans­fert co­los­saux (100millions d’eu­ros pour le Gal­lois Ga­reth Bale pour le Real Ma­drid sur­en­det­té) et, d’autre part, en ver­sant aux joueurs des sa­laires tout aus­si as­tro­no­miques. En se­cond lieu, dans ces grands clubs eu­ro­péens, l’ex­cel­lence des condi­tions de travail, l’ému­la­tion spor­tive qui y règne, leur pres­tige sans égal, l’as­su­rance de jouer la Ligue des Cham­pions, etc., in­citent les jeunes for­més sur place à res­ter dans leur pays de nais­sance. Le but vain­queur en fi­nale de Goetze est tout un sym­bole: ce jeune joueur (22ans), ré­vé­la­tion du Bo­rus­sia Dort­mund (grand club de la Ruhr ou­vrière), a pu res­ter jouer en Al­le­magne, en étant trans­fé­ré l’an der­nier à prix d’or au club, ri­val et ri­chis­sime, du Bayern de Mu­nich qui do­mine le football al­le­mand de­puis des lustres. Or les joueurs du Bayern ont consti­tué l’ar­ma­ture de la Mann­schaft (sept joueurs y évo­luaient, sans comp­ter les an­ciens du club comme Ozil et Khe­di­ra).

Ré­sul­tat: les équipes na­tio­nales de football des pays riches fondent leur do­mi­na­tion sur une forte os­sa­ture

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