LE CO­PAIN D’ABORD

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Ar­chi­tecte DPLG, il connais­sait bien la loi de la gra­vi­té. Il s’est pen­du, le 28 août 2012, jour de ses 59 ans. Il me­su­rait 1,80 mètre, pe­sait 85 ki­los, chaus­sait du 45 et res­sem­blait à Bi­bi Fri­co­tin. Il s’ap­pe­lait Ber­nard Ro­fes­tier. « Na­nard », pour les co­pains, au pre­mier rang des­quels Fran­çois Cé­ré­sa, le nos­tal­gique in­vé­té­ré des bandes de mous­que­taires et de hus­sards. Na­nard avait « la bouille pleine de joues », un goût pro­non­cé pour le désordre et les al­cools forts, la pas­sion de « Pierrot le fou », des airs d’aris­to­crate pro­lé­ta­rien, et une devise : « Ce­lui qui ne meurt pas jeune s’en re­pen­ti­ra tôt ou tard. » Cô­té san­té, c’était un cu­mu­lard : ano­rexie, ta­chy­car­die, oc­clu­sion in­tes­ti­nale, dif­fi­cul­tés res­pi­ra­toires, sans oublier les symp­tômes du per­vers nar­cis­sique et du ma­nia­co-dé­pres­sif. Au­tant de maux qu’il soi­gnait en pei­gnant des toiles ex­plo­sives et joyeuses. L’hom­mage vi­brant, in­so­lent et gouailleur de l’au­teur de « Mer­ci qui ? » à son ami sui­ci­dé est aus­si un adieu à leur jeu­nesse dé­bri­dée et po­tache. Les deux s’étaient ren­con­trés en ter­mi­nale et ne s’étaient plus ja­mais quit­tés. En­semble, dans les an­nées 1970, ils avaient écu­mé les bars et les cinémas du quar­tier La­tin, dra­gué les filles, in­ven­té une langue : le « braou­din », fait du porte-à-porte pour France Loi­sirs, choi­si les beaux-arts pour l’un, la mé­de­cine pour l’autre. Trente ans après « le Ci­me­tière des grands en­fants », Fran­çois Cé­ré­sa y ajoute un tom­beau en pleu­rant, en riant. Et c’est conta­gieux. Mon ami, cet in­con­nu, par Fran­çois Cé­ré­sa, Ed. Pierre Guillaume de Roux, 176 p., 19,50 eu­ros.

Fran­çois Cé­ré­sa

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