LE CAU­CHE­MAR DU “SHUANGGUI”

L'Obs - - Monde - U. G.

— La han­tise des 85 mil­lions de membres du Par­ti s’ap­pelle shuanggui, en fran­çais « double règle ». Sous ce terme si­byl­lin se cache une « garde à vue » très spé­ciale qui s’abat sur tout ap­pa­rat­chik ac­cu­sé d’« in­frac­tion à la dis­ci­pline ». Le Par­ti étant au-des­sus des lois, ses membres sont sou­mis à cette pro­cé­dure qui rap­pelle da­van­tage les cours mi­li­taires ou l’In­qui­si­tion qu’une clas­sique in­ves­ti­ga­tion ju­di­ciaire. Le sus­pect ne sait ni où il est dé­te­nu ni pour com­bien de temps afin d’évi­ter les in­ter­fé­rences – et de la­ver son linge sale « en famille ». Les ex­cès de ce sys­tème dis­cré­tion­naire sont par­fois dé­voi­lés par les fa­milles des vic­times. Comme celle de Yu Qiyi, in­gé­nieur-chef à Wenz­hou, mort sous shuanggui en avril 2013. Après que des pho­tos de son corps tor­tu­ré ont été pu­bliées sur in­ter­net, six des tor­tion­naires ont été condam­nés à des peines de pri­son. Mais le sys­tème, lui, per­dure. En mars 2014, l’agence AP a pu­blié le té­moi­gnage de Zhou Wan­gyan, cadre lo­cal de Li­ling au Hu­nan. Ac­cu­sé à tort par son su­pé­rieur, il su­bit « l’en­fer sur terre » six mois du­rant : il est pri­vé de som­meil et de nour­ri­ture, « noyé » , fouet­té avec des fils mé­tal­liques, sus­pen­du par les poi­gnets, traî­né face contre terre. On lui casse quatre dents, on le force à man­ger des ex­cré­ments. Après de mul­tiples frac­tures à la jambe, il est fi­na­le­ment hos­pi­ta­li­sé. Il cède et signe des aveux. Se­lon les spé­cia­listes, il est « im­pos­sible d’abo­lir » le shuanggui : 90% des cas de cor­rup­tion ont été élu­ci­dés grâce à ce sys­tème, soit 173 000 cas en 2013.

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