“C’est le sens de l’his­toire”

L'Obs - - Économie - D. H. et L. M.

— Pierre Lar­rou­tu­rou boit du pe­tit-lait! L’in­ven­teur de la se­maine de quatre jours, et fon­da­teur du par­ti Nou­velle Donne, trouve très in­té­res­santes les pro­po­si­tions de Car­los Slim et de Lar­ry Page: « Ces deux grands pa­trons re­con­naissent qu’on ne sor­ti­ra pas du chô­mage par des me­sures à la marge. » Ce qu’il ne cesse lui-même de ré­pé­ter. En re­vanche, pour lui, Car­los Slim va trop loin. « Ré­duire le temps de tra­vail sur trois jours, c’est trop ra­pide. His­to­ri­que­ment, la ré­duc­tion du temps de tra­vail s’est faite jour par jour », rap­pelle-t-il. Sur­tout, en ne tra­vaillant que trois jours, « les sa­la­riés risquent de man­quer d’in­for­ma­tion et d’être par consé­quent trop peu in­ves­tis ». L’éco­no­miste per­siste et signe: la pro­chaine étape doit bien être la se­maine de quatre jours, à 32heures. Où en est-elle jus­te­ment en France? « Con­trai­re­ment à ce que ra­conte la lé­gende au­jourd’hui, ce n’est pas moi le père des 32heures, c’est An­toine Ri­boud, PDG de Da­none. Il avait un plan tout prêt. Mais les autres pa­trons l’ont me­na­cé des pires re­pré­sailles s’il le met­tait en oeuvre. Ça s’est ar­rê­té comme ça », pré­cise Pierre Lar­rou­tu­rou. La se­maine de quatre jours a été ini­tiée en 1993, c’était alors une for­mule fa­cul­ta­tive pro­po­sée dans le cadre de la loi Ro­bien sur l’amé­na­ge­ment du temps de tra­vail (1996), avec en contre­par­tie un al­lè­ge­ment des co­ti­sa­tions chô­mage. Quelques en­tre­prises ont tes­té la for­mule: Fleu­ry Mi­chon, Ma­mie No­va, la Ma­cif, « Té­lé­ra­ma »… Avec des di­zaines de CDI créés à la clé. Quel bi­lan peut-on ti­rer au­jourd’hui de leur or­ga­ni­sa­tion? « Té­lé­ra­ma » a fait marche ar­rière, pour re­ve­nir à 35heures. Le ser­vice des res­sources hu­maines de Fleu­ry Mi­chon af­firme aus­si avoir aban­don­né les 32heures. Ma­mie No­va « ne com­mu­nique pas sur le su­jet », et le DRH de la Ma­cif n’est « pas dis­po­nible » pour nous ré­pondre. « C’est un su­jet ta­bou », re­con­naît Lar­rou­tu­rou: « Trop de pres­sion du patronat op­po­sé à la se­maine de quatre jours. Ce qui est fou car c’est un sys­tème in­tel­li­gent », mar­tèle-t-il. « Des chô­meurs en moins à Pôle Em­ploi, ce­la donne des sa­la­riés en plus qui paient pour les re­traites et des dé­penses d’assurance-chô­mage en baisse. Dans le contexte ac­tuel, que peut-on vou­loir de plus? » assure l’apôtre des 32 heures. Peut-être fau­dra-t-il tra­vailler plus long­temps en contre­par­tie comme le pro­pose Car­los Slim? Chiche, ré­pond Lar­rou­tu­rou. Avec un bé­mol: à 62ans, l’âge de la re­traite, 80% des Fran­çais n’ont dé­jà plus de tra­vail…

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