Le miroir des po­li­tiques

L'Obs - - Dossier - Ju­lien Mar­tin

— Ro­se­lyne Ba­che­lot s’est po­sé la ques­tion au dé­but de l’an­née 2012, quelques mois avant de quit­ter son troi­sième et der­nier mi­nis­tère: comment gar­der le contact avec ses re­la­tions nées de trente an­nées d’en­ga­ge­ment ? La fu­ture re­trai­tée de la vie po­li­tique s’est alors ins­crite sur Twit­ter. Ses nom­breux abon­nés peuvent de­puis goû­ter son amour de l’opé­ra, ses com­men­taires iro­niques sur la chose pu­blique ou ses en­vo­lées en­jouées à ca­rac­tère spor­tif. In­dis­pen­sable? Pour elle, oui. « Avec le­sé­mis­sionsde té­lé aux­quelles je par­ti­cipe, on pour­rait croire que c’est su­per­flu, ex­plique-t-elle. Mais­sansT­wit­ter, per­son­ne­ne­pour­raitme ré­pondre. » Pas­ser par-des­sus les mé­dias tra­di­tion­nels, ne pas être li­mi­tée par le for­ma­lisme d’un com­mu­ni­qué de presse, c’est aus­si ce qui a dé­ci­dé Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet à ap­pri­voi­ser les ré­seaux so­ciaux. Dès 2009, l’un de ses mes­sages a été re­pris par toute la presse. « Voi­ci » ve­nait de pu­blier des pho­tos mon­trant son ventre lé­gè­re­ment ar­ron­di. Pour mettre un terme à la ru­meur, elle a choi­si Fa­ce­book. « Alors voi­là c’est vrai, je suis

en­ceinte », a-t-elle sim­ple­ment écrit. Ef­fet ga­ran­ti. Vrai­ment mo­derne, NKM? « Oui, ré­pond sans am­bages Anne Dor­se­maine, sa con­seillère en com­mu­ni­ca­tion. Les­ré­seaux so­ciaux ré­vèlent la per­son­na­li­té plus qu’ils ne la­mo­di­fient. Re­gar­dezNa­di­neMo­ra­no, sa­per­son­na­li­té trans­pire... » C’est le moins que l’on puisse dire ! Sur Twit­ter, la plus zé­lée des sar­ko­zystes mul­ti­plie les at­taques contre le pou­voir en place. Sur Ins­ta­gram, elle dé­gaine les sel­fies plus vite en­core que ne tire Lu­cky Luke. La droite n’est pas la seule à s’ex­po­ser de la sorte. Avec Cé­cile Duflot et ses re­cettes de cuisine, Be­noît Hamon a long­temps été le cham­pion des twit­tos de la gauche en pu­bliant un flo­ri­lège des choses en­ten­dues, tel ce mes­sage du 4 mai 2012 : « Vol AF. Le chef de Ca­bine àmoi : bjrMr Valls. Moi : il ar­ri­ve­der­rière. Le­même 1heu­re­plus tard :

suis­dé­so­léMrPeillon. » Mais, ar­ri­vé aux res­pon­sa­bi­li­tés, il a été at­teint par le même ré­flexe ins­ti­tu­tion­nel que François Hol­lande. Ce n’est qu’en jan­vier der­nier que le chef de l’Etat s’est re­mis à twee­ter. Quand il n’écrit pas lui-même le mes­sage, au moins le va­lide-t-il. Avec un sou­ci, ce­lui de ne pas gal­vau­der la pa­role pré­si­den­tielle. Comme dans les autres mé­dias.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.