CES JUIFS QUI CHOI­SISSENT QUIT­TER LA FRANCE

5000 dé­parts pour Is­raël pré­vus cette an­née

L'Obs - - La Une - Par Ma­rie Le­mon­nier pho­tos : sé­bas­tien le­ban

C’est le hui­tième jour de leur nou­velle vie. Un mes­sage scot­ché sur la porte d’en­trée de l’ap­par­te­ment té­moigne de leur ar­ri­vée ré­cente dans ce quar­tier po­pu­laire de la ban­lieue de Haï­fa, dans le nord de l’Etat hé­breu : « Bienvenue en

Is­raël. Ne­shi­kot[ bi­sous] avecA­mour ! » Sous un ciel sans nuage, Syl­vie, 42 ans, Marc, 61 ans, et leurs trois fils, Thi­baud, 16 ans, Théo, 13 ans, et You­ri, 5 ans, peinent à réa­li­ser qu’ils ont fait « le grand saut », de­puis leurs belles Côtes-d’Ar­mor jus­qu’aux al­lées bé­ton­nées de Ky­riat Haïm. Ils ont lais­sé der­rière eux leur mai­son bre­tonne et ses 180arbres plan­tés, pour cette côte où des im­meubles dé­glin­gués dé­fi­gurent la Mé­di­ter­ra­née. Eux qui ne sont pas pra­ti­quants s’ins­tallent dans un pays re­li­gieux. Eux qui ap­pré­cient le calme dé­barquent dans un pays en guerre.

La re­prise des opé­ra­tions mi­li­taires à Ga­za de­puis le 7juillet der­nier ne les a pour­tant pas dis­sua­dés. Tout juste es­pè­ren­tils « que ce­la­ne­va­pas tropse com­pli­quer ». Pour le mo­ment, ils ont choi­si « le pro­gramme plage intensif » et se sentent

« loinde la­zo­nede com­bat » , si­tuée à 150 ki­lo­mètres. Quinze jours plus tôt, un mis­sile du Ha­mas at­ter­ris­sait pour la pre­mière fois au large de Haï­fa. « Quand on voit les der­nières ma­ni­fes­ta­tions pro­pa­les­ti­niennes enF­rance, on­se­dit­qu’ona bien fait de par­tir. Com­men­tose-t-onen co­re­con­tes­ter la­créa- tion d’Is­raël quand six­mil­lions de juifs sont morts pen­dant la­guerre ? » s’agace

Marc. « Sur Fa­ce­book, mes co­painsme de­mandent si je tiens le coup sous les

ro­quettes », ra­conte Théo. « Ici tout va bien, jeme baigne. C’est­moi quim ’in­quiète pou reux, avec toutce quise passe

en France. » C’est Thi­baud, l’aî­né, par­ti l’an pas­sé avec le pro­gramme Naa­lé pour les jeunes juifs sou­hai­tant ter­mi­ner leurs études se­con­daires en Is­raël, qui a ou­vert la voie au reste de la famille. Tous en­semble, le 16 juillet, ils ont fait leur « alya », lit­té­ra­le­ment la « mon­tée » vers Is­raël, avec des cen­taines de co­re­li­gion­naires…

« On dirait l’exode ! » Dans le hall du ter­mi­nal 2A de l’aé­ro­port Rois­syC­harles-de- Gaulle, ce jour-là, une dame blonde ne peut re­te­nir sa sur­prise face à l’im­mense file des fa­milles pous­sant des mon­tagnes de va­lises. Quelques kip­pas, un ou deux grands cha­peaux noirs laissent peu de doutes sur l’ap­par­te­nance re­li­gieuse des voya­geurs. Leurs des­ti­na­tions sont ins­crites au mar­queur sur les ba­gages : Jé­ru­sa­lem, Ash­dod, Ne­ta­nya… C’est l’été, mais l’am­biance n’est pas celle, lé­gère, des va­cances. La gra­vi­té se lit dans les re­gards. De­vant le comp­toir d’en­re­gis­tre­ment du vol El Al pour Tel-Aviv, 430 Fran­çais de confes­sion juive s’ap­prêtent à quit­ter dé­fi­ni­ti­ve­ment leur pays. Ja­mais ils n’ont été aus­si nom­breux. Avec 5000dé­parts pré­vus pour 2014, la France re­pré­sente même, pour la pre­mière fois, le plus grand vi­vier de can­di­dats à l’émi­gra­tion en Is­raël, de­vant la Rus­sie ou les Etats-Unis, où la com­mu­nau­té juive est pour­tant dix fois plus im­por­tante.

Les échauf­fou­rées­du di­manche pré­cé­dent aux abords de sy­na­gogues pa­ri­siennes, les slo­gans an­ti­juifs et les dra­peaux du Ha­mas à la Bas­tille sont dans toutes les têtes. « J’ai­pris la­dé­ci­sionde par­ti­rau mo­ment des at­ten­tats de Tou­louse com­mis par Mo­ha­med Me­rah. Ça a été le dé­clen­cheur, ex­plique Eric,

45ans, vi­sage fer­mé. La sui­tea confir­mé lan éces­si­té de quit­ter ce pay soùles juifs

se font at­ta­quer. On nous parle de la guerre en Is­raël, mais nous, on va vers la

vie ! » Il s’en­vole donc avec Yaël, son épouse, leur fille de 15 ans et leurs deux gar­çons, 11 et 4 ans, vers Ne­ta­nya. Plé­bis­ci­tée par les Fran­çais, la sta­tion bal­néaire de 185 000 ha­bi­tants est ju­me­lée avec Nice et Sarcelles, où ex­plo­se­ront les vio­lences an­ti­sé­mites quelques jours plus tard. Fi­nan­cier, Eric me­nait pour­tant une exis­tence pri­vi­lé­giée dans un quar­tier chic de la ca­pi­tale.

Sa­bine, 37 ans, Ben­ja­min, 39 ans, et leurs quatre en­fants n’avaient pas cette chance. Au fil des der­nières vagues d’im­mi­gra­tion, leur vie dans une ci­té de Pan­tin leur est de­ve­nue « in­sup­por

table » . « Les “Fran­çais” ont dé­ser­té les im­meubles, nous étions les der­niers juifs du quar­tier, en­tou­rés des “voi­lées”, nous

nous sen­tions me­na­cés » , ra­content-ils. Dès que Ben­ja­min a trou­vé un em­ploi de comp­table en Is­raël, ils ont en­ga­gé les dé­marches au­près de l’Agence juive, l’or­ga­nisme pa­ra­gou­ver­ne­men­tal is­raé­lien char­gé de fa­ci­li­ter le « re­tour » des juifs, et qui fi­nance le voyage. « L’alya, de­puis deux ou trois ans, on ne parle plus que de ça dans la com­mu­nau­té, af­firme Sa­bine, qui a re­non­cé à son em­ploi

de pré­pa­ra­trice en pharmacie. La France est notre pays, un très beau pays. On sait que ça va être dur. Il va fal­loir ap­prendre l’hé­breu, s’in­té­grer, tra­vailler, mais l’Etat fran­çais n’a pas fait grand-chose pour re­te­nir les juifs qui veulent par­tir… De­puis l’af­faire de Tou­louse, je vi­vais avec la peur au ventre. Nous connais­sions la famille de l’un des pe­tits tués. Quelle mère peut sup­por­ter de lais­ser son en­fant dans une école qui peut être la cible d’un is­la­miste ? Notre ave­nir est en Is­raël, on y est bien mieux pro­té­gé. L’ar­mée de Tsa­hal est ma­gni­fique. » Les yeux em­bués à quelques se­condes de la sé­pa­ra­tion, Gis­laine, la mère de Sa­bine, ex­plique : « Mal­gré le dé­chi­re­ment, je les ai in­ci­tés à par­tir. Mes deux gar­çons et leurs fa­milles sui­vront ma fille. Moi-même et mon ma­ri avons pré­vu notre propre alya pour 2015. » Même s’il y a ce qu’elle ap­pelle pu­di­que­ment « les évé­ne­ments » pour évo­quer Ga­za, elle reste per­sua­dée qu’ « ils se­ront mieux qu’ici » . Pour Odile, 48 ans, « mettre sa vie dans 33 mètres cubes est un crève-coeur. Mais nous sommes la gé­né­ra­tion sa­cri­fiée pour nos en­fants », conclut celle qui part en éclai­reur vers la Terre pro­mise pour ses filles, en­core étu­diantes en France.

Si cer­tains sont plus re­li­gieux que d’autres, tous ont « foi en Is­raël » . Mal­gré les tirs four­nis de ro­quettes et la dé­gra­da­tion ra­pide de la si­tua­tion, au­cune an­nu­la­tion n’a été en­re­gis­trée par l’Agence juive. Même lorsque les villes de des­ti­na­tion se si­tuent sous le feu des mis­siles, comme Ash­dod, ou Ash­qe­lon, à quelques ki­lo­mètres à peine de l’en­clave pa­les­ti­nienne. C’est d’ailleurs ici, dans cette ville du Sud, ré­gu­liè­re­ment pi­lon­née par le Ha­mas, et où il faut plon­ger dans un abri en moins de 15 se­condes en cas d’alerte, qu’ont élu do­mi­cile Da­niel Ha­li­mi, My­riam et leurs quatre en­fants, les pre­miers sur la liste des olim (les nou­veaux im­mi­grants). Dans cette même ville, le 22 juillet, 6 000 Fran­co-Is­raé­liens af­fluent de tout le pays pour en­ter­rer le sol­dat Jor­dan Ben­se­moun, mort au com­bat à 22 ans. Le garçon avait émi­gré de Lyon à l’âge de 16 ans avec la fa­rouche vo­lon­té de s’en­ga­ger dans le corps d’élite de l’ar­mée is­raé­lienne. « Une le­çon de sio

nisme », dé­clare l’an­cien mi­nistre de la Dé­fense Shaul Mo­faz de­vant un par­terre de mi­li­taires et de ci­vils à fleur de peau. Au mi­lieu des san­glots, la co­lère est pal­pable.

« Sa­lauds de jour­na­listes, fou­tez le camp ! hurle une cou­sine du dé­funt. Les mé­dias ra­content n’im­porte quoi sur cette guerre. C’est de la dés­in­for­ma­tion. » « La France, c’est de­ve­nu l’Al­gé­rie », en­rage une autre. « La mort de Jor­dan, ça me donne en­core plus en­vie d’al­ler com­battre pour mon peuple », af­firme un jeune olim gal­va­ni­sé.

Dès leur des­cente d’avion à l’aé­ro­port Ben Gou­rion de Tel-Aviv, l’ac­cueil des 430 Fran­çais est triom­phal. « Vous, qui mon­tez en Is­raël au­jourd’hui, vous êtes notre Kip­pat Bar­zel, notre Dôme de

Fer », leur lance la mi­nistre de l’Alya et de l’In­té­gra­tion So­fa Land­ver. C’est à cet ins­tant que com­mence l’opé­ra­tion « tapis rouge », comme on ap­pelle les 24 pre­mières heures d’in­té­gra­tion. Ces Fran­çais re­çoivent im­mé­dia­te­ment le sal kli­ta, un « pa­nier d’in­té­gra­tion », com­pre­nant une aide fi­nan­cière, une as­sis­tance pour la re­cherche d’un lo­ge­ment et d’un em­ploi, une for­ma­tion à l’hé­breu, des exemp­tions fis­cales… Le len­de­main, dans le hall de leur hô­tel à Jé­ru­sa­lem, un fo­rum « pre­mières dé­marches » per­met de se ren­sei­gner di­rec­te­ment sur les écoles, d’ou­vrir un compte en banque, de choi­sir une caisse de sé­cu­ri­té sociale… Tout est pen­sé dans le moindre dé­tail : dis­tri­bu­tion de dra­peaux is­raé­liens, de ma­gnets es­tam­pillés « Is­raël, notre vraie mai­son », et même une gar­de­rie pour les en­fants, ani­mée par six sol­dats de Tsa­hal en uni­forme, qui pas­se­ront leur jour­née à faire des bulles de sa­von et à ber­cer les plus jeunes. L’après-mi­di, du­rant la cé­ré­mo­nie de re­mise des cartes d’iden­ti­té is­raé­liennes, entre eu­pho­rie et fa­tigue, les olim fi­nissent par être em­por­tés par l’émo­tion au mo­ment de chan­ter pour la pre­mière fois l’hymne na­tio­nal. Dans le brou­ha­ha, cha­cun se di­rige alors vers le bus

qui doit le conduire dans la ville choi­sie, la plu­part du temps pour y re­trou­ver des proches. C’est le der­nier par­cours, sur des routes par­se­mées de pan­neaux pu­bli­ci­taires pour la té­lé­vi­sion i24, mon­trant une pluie de mis­siles au-des­sus du slo­gan « le Dôme de Fer des

chaî­nesd’in­fo » . Comme son grand frère « aux élans

un peu sio­nistes », à Ky­riat Haïm, près de Haï­fa, Théo est en­thou­sias­mé par sa nou­velle pa­trie et rêve d’in­té­grer le Mac­ca­bi Haï­fa, le club de foot­ball lo­cal, et pour­quoi pas Tsa­hal. Tout ex­ci­té, il s’en­roule dans son dra­peau is­raé­lien. Syl­vie, sa mère, ex-ins­ti­tu­trice, est plus an­xieuse : « Pour l’ins­tant, c’est as­sez fa­cile. Nous nous sen­tons en va­cances. Mais­la réa­li­té nous­rat tra­pe­raàl aren­trée de sep­tembre, quan­dil fau­dra com­men­cer l’“oul­pan”, l’école d’hé­breu, cher­cher un tra­vai let un­nou ve l ap­par­te­ment. » S’ils pré­cisent « ne pas avoir fui », Marc et Syl­vie disent que ce n’est pas fa­cile d’être juif en France. « Amon tra­vail, je ne di­sais pas que j’étais juif. Mais­quandmes col­lègues l’ont su, ils se sont­mo­qués de­moi etm’ont par­lé avec

l’ac­cent du Sen­tier », se sou­vient Marc, le ma­ri. Ce sont de pe­tites choses qui re­montent à la sur­face: un nom au suf­fixe ty­pi­que­ment juif qu’on leur de­mande d’épe­ler avec une in­sis­tance sus­pecte, un en­fant ac­cu­sé à tort d’avoir des­si­né une croix gam­mée par un pro­fes­seur qui, « comme par ha­sard », dé­teste tous les gar­çons de la famille…

Réel ou fan­tas­mé, le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té ne se dis­cute pas. Par contraste, cette « im­mé­diate sen­sa­tionde li­ber­té » res­sen­tie dans « un pays qui suit le ca­len­drier­juif », « le pa­ra dis­du­ka­sher » , a dé­fi­ni­ti­ve­ment ra­vi Ca­ro­line, 24 ans. L’ex-Pa­ri­sienne sort de son cours d’hé­breu, à l’oul­pan Gor­don de Tel-Aviv, où

elle vit son « rêve » d’alya avec d’autres Fran­çais de­puis cinq mois. « EnF­rance, on met une cas­quette pour ca­cher la kippa, en Is­raël on met une cas­quette pour évi­ter une in­so­la­tion », plai­sante

t-elle. « J’ ai­moins peur des ro­quettes que de des­cendre dans le­mé­tro à Bar­bès »,

ajoute Phi­lippe, 35 ans. « A force de se fai­re­dis­cret, le jui­fen Fran­cene vit plus qu’à l’in­té­rieur des­murs. Pour rien au monde, je ne re­tour­ne­rai là-bas. Je re­fuse que mes en­fants connaissent ce sys­tème édu­ca­ti foù­vous vous­sen tez­tou­jours un peu à part parce que vous êtes juif. » Fa­bienne, 54ans, a connu l’agres­sion an­ti­sé­mite dans le cadre de son tra- vail. « Une col­lègue mu­sul ma­nem’ atrai­téede “sa­le­juive” eta ajou téque “Hit­ler n’ avait pa sfi­nil et ra­vail”. J’aiob­te­nules excuses de­mon em­ployeur, mais je suis res­tée cho­quée. »

Dans son spa­cieux bu­reau du centre de Jé­ru­sa­lem, face à sa ma­rion­nette des Gui­gnols is­raé­liens, Na­tan Sha­rans­ky se frotte les mains. L’alya des Fran­çais est un « mi­racle » pour le pré­sident de

l’Agence juive. « Elle amène de nou­veaux di­plô­més qui ré­pondent aux be­soins­de­notre so­cié­té. Quel que soit le coûtde dé partd’ un“olim”, le re­tour sur in­ves­tis­se­ment est énorme. C’est un grand mou­ve­ment, dont on peut se rendre compte par la re­cru­des­cence d’“olim”, mais aus­si par le tou­risme, l’achat d’ap­par­te­ments, le nombre de jeunes qui par­ti­cipent à nos pro­grammes et les 5 000 vi­sit eur­sau sa­lon pa­ri­siende l’alya ! » Pour Sha­rans­ky, le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té et « ce nou­vel an­ti­sé­mi­tisme qu’on ap­pelle l’an­ti­sio­nisme » par­ti­cipent à cette nou­velle « mon­tée » des Fran­çais vers Is­raël. « Quanddes rab­bins etdes en­sei­gnants com­mencent à dire aux en­fants de ne pas sor­tir avec une kippa dans la rue, l’heu­reest­grave. C’ es­tun­signe d’alarme pour les juif­set pour tou­tel aci­vi­li­sa­tion eu­ro­péenne. » Dé­but juillet, de pas­sage à Pa­ris, l’an­cien dis­si­dent russe a ren­con­tré le phi­lo­sophe Alain Fin­kiel­kraut, chantre de l’iden­ti­té mal­heu­reuse. « Je lui ai de­man­dé s’il voyai­tun fu­tur pos­sible pour la com­mu­nau té­juive en Eu­rope. Ilm’a ré­pon­du : “Y a-t-il un ave­nir pour l’Eu­rope en Eu­rope ?” J’en suis ve­nu à la conclu­sion qu’il fal­lait peut-être faire ve­nir l’Eu­rope en Is­raël, puisque c’est ici qu’on ar­rive à conci­lier li­ber­té et iden­ti­té... » L’ap­pel à émi­grer « aus­si­vi­te­que­pos

sible » en Is­raël, lan­cé par Ariel Sha­ron en 2004 aux 500000juifs de France, où se ré­pan­dait se­lon lui « un an­ti­sé­mi

tisme dé­chaî­né », au­rait-il fi­na­le­ment at­teint sa cible ? A l’époque, les pro­pos avaient été ju­gés in­ac­cep­tables au sein même de la com­mu­nau­té juive. De­puis, l’in­té­rêt por­té par Is­raël aux juifs de France s’est en­core ac­cru. Un lob­by par­le­men­taire pour fa­vo­ri­ser leur ve­nue a été créé mi-jan­vier à la Knes­set. Dans la fou­lée, le gou­ver­ne­ment Ne­ta­nya­hou a lan­cé un « plan d’ac­tion », « pour in­ves­tird ’ur­gence dans la pro­mo­tion­del’ alya et l’aide à l’in­té­gra­tion des juifs de France » . D’ici à 2017, il es­père at­ti­rer 40 000 Fran­çais, en plus des 150 000 dé­jà pré­sents enIs­raël. Une vo­lon­té qui de­vrait conduire d’ici à quelques mois à la re­con­nais­sance de tous les di­plômes d’Etat fran­çais, no­tam­ment ceux des pro­fes­sions ré­gle­men­tées (san­té, ex­per­tise comp­table, avo­cats…), pour fa­ci­li­ter l’im­mi­gra­tion. Fred­do Pach­ter, le co­or­di­na­teur des

olim fran­çais de Ne­ta­nya, est dé­sor­mais dé­bor­dé : il a dû re­cru­ter deux per

sonnes. « Presque1 000 Fran­çai­son­té­té in­té­grés à Ne­ta­nya de­puis le dé­but de l’an­née, dit-il. Alors que nous avions sur­tout des re­trai­tés, de­puis deux ou trois ans, nous ac­cueillons de plus en­plusde

fa­milles. » Cer­tains olim, comme Eric, 40 ans, chef d’en­tre­prise dans l’in­for­ma­tique, pra­tiquent même la « Boeing alya ». Alors que sa femme et ses trois en­fants vivent en Is­raël, le chef de famille fait des al­lers et re­tours chaque se­maine pour tra­vailler en France, où les ré­mu­né­ra­tions res­tent plus éle­vées. « Nous ne­nous­sen­tions plus ena dé qua­tion avec no­trei de nti­té­juive, nou­sa­vons at­teint le point de rup­ture avec la France », ex­plique ce tra­di­tio­na­liste.

« C’est la fin d’un rêve d’in­té­gra­tion ré­pu­bli­caine, ob­serve le po­li­to­logue De­nis Char­bit, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té ou­verte d’Is­raël, à Jé­ru­sa­lem. De­puis 2000 et la se­con­deIn­ti­fa­da, les­juif­sde­la com­mu­nau­té or­ga­ni­sée se sentent en porte-à-faux avec l’opi­nion fran­çai se­sur la ques­tion israélo-pa­les­ti­nienne. » A ce­la se sont ajou­tés l’as­sas­si­nat d’Ilan Ha­li­mi en 2006, la tue­rie de Tou­louse en 2012, l’af­faire Dieu­don­né, la tue­rie de Bruxelles… Avec pour toile de fond la crise éco­no­mique et le sen­ti­ment que pour les juifs « le pro­jet France » s’épuise. « C’est une sorte de pa­trio­tisme om­bra­geux, un peu ex­ces­sif qui se re­porte sur Is­raë­le­ta­bou­ti­tà­ce­pa­ra­doxe : cer­tains se sen­tent­plus en sé­cu­ri­té dan sun­pays en­guer­re­qu’en Fran­ceoùils pensent que le­sau­to­ri­tésn’ont­plus la­ca­pa­ci­téde les pro­té­ger. Ils se sentent pris en te­naille entre un FN qui grimpe, une ex­trême gauche contes­ta­trice d’Is­raël et une mi­no­ri­té­de­mu­sul­man­san­ti­juifs. »

En juillet 2004, an­née des pre­miers dé­parts grou­pés de Fran­çais en Is­raël, Sa­rah Abit­bol et son ma­ri fai­saient par­tie du pre­mier char­ter, dit des « 200 » . « Ça fait­deux­mille ans qu’on­prie­pour le re­tour, c’était un­mo­ment heu­reux », ra­conte-t-elle. Sio­niste, is­sue d’une famille re­li­gieuse, cette femme de 38 ans mère de cinq en­fants se fé­li­cite en­core de cette alya réus­sie, dont l’en­vie lui était ve­nue « comme une rage de

dent » . Sur la terre sa­crée, elle a don­né nais­sance à ses deux der­niers en­fants, Adam, 4ans et de­mi, et Ava, 3 ans, clin d’oeil aux Adam et Eve de la Bible pour sym­bo­li­ser sa propre re­nais­sance is­raé­lienne. A Ne­ta­nya, Sa­rah tient au­jourd’hui une épi­ce­rie fine de pro

duits fran­çais très cou­rue. « Je­suis­fière d’être ve­nue avant cette vague, parce qu’à cette époque la France al­lait bien. Onest­par­tis­la­tê­te­haute. Au­jourd’hui, dix ans plus tard, quelle au­rait été­ma si­tua­tion ? Est-ce­quej’au­rai­sé­téo­bli­gée de fuir­maF­rance ? »

Fu­né­railles du sol­dat fran­co-is­raé­lien Jor­dan Ben­se­moun, tué au com­bat le 21 juillet, à 22 ans

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