Ci­né­ma : une nou­velle aven­ture de « De­tec­tive Dee », par le Hong­kon­gais Tsui Hark

Voi­ci, en 3D, une nou­velle et épous­tou­flante aven­ture de “De­tec­tive Dee”, si­gnée du Hong­kon­gais Tsui Hark. Ren­contre

L'Obs - - Sommaire - Par François Fo­res­tier

De­tec­tive Dee 2. La lé­gende du dra­gon des mers (3D), par Tsui Hark, en salles le 6 août.

« Quelque cho­sene va­pas », dit le sor­cier Huo Yi à la 91e mi­nute du film. Vu qu’une pieuvre géante a désos­sé la flotte de l’im­pé­ra­trice Wu Ze­tian, qu’il a fal­lu que le hé­ros aille fouiner du cô­té de l’île aux Chauves-Sou­ris, que le thé « langue d’oi­seau » est to­ta­le­ment em­poi­son­né, et que les Don­dos, des ter­reurs à masque de Fran­ken­stein, sèment la pa­gaille, il a rai­son, Huo Yi. Il reste 41 mi­nutes pour tout ré­soudre, dans « De­tec­tive Dee 2. La lé­gende du dra­gon des mers », le nou­veau film de Tsui Hark. C’est beau, c’est spec­ta­cu­laire, c’est « l’Iliade », « les Aven­tures de Sher­lock Holmes » et « Beo­wulf » en vrac, mais, par la bar­biche des sept sages du Yun­nan! le scé­na­rio est to­ta­le­ment in­com­pré­hen­sible. Pour moi, c’est du chi­nois.

Peu im­porte. Les duels au sabre se suc­cèdent, les com­bat­tants volent comme des oi­seaux, la cour­ti­sane Yin est su­blime, le dra­gon des mers est beau comme le pa­lais des Sept Sen­teurs et des Tigres de Papier, et le Dé­tec­tive Dee, le fa­meux, se ba­lade dans la Chine de la dy­nas­tie Tang (618907), une Chine sans pol­lu­tion, sans Co­mi­té cen­tral, sans Nike – mais avec des cos­tumes d’un luxe ex­tra­va­gant. Capes de soie noire sur cha­subles vio­lettes, den­telles do­rées re­cou­vrant des sur­plis en pe­tit point de Li­moges, écharpes bro­dées de rouge et de car­min je­tées sur des bour­ge­rons en lin d’Egypte, ah, ces Asia­tiques ! Quel sens du mou­ve­ment ! Quelle aris­to­cra­tie du pli ! Tout le monde s’étripe sous le re­gard de Dee, mais, avouons-le, le mas­sacre est élé­gant.

En fait, le Dé­tec­tive Dee, en France, se nomme le Juge Ti. Ques­tion de pro­non­cia­tion, sans doute. C’est un di­plo­mate néer­lan­dais éru­dit, Ro­bert Van Gu­lik, qui a po­pu­la­ri­sé le per­son­nage, en seize ro­mans pu­bliés entre 1948 et 1967. S’ins­pi­rant d’un hé­ros au­then­tique, Van Gu­lik a ap­pli­qué la tech­nique de Co­nan Doyle (la dé­duc­tion

lo­gique) à la my­tho­lo­gie du viie siècle (peu­plée de créa­tures ma­giques). Puis il s’est li­vré à la pra­tique du luth chi­nois, a écrit une somme sur « la Vie sexuelle dans la Chine an­cienne » (Gal­li­mard), dont je re­com­mande la lec­ture, très ins­truc­tive, sur­tout pour les po­si­tions du « pin aux branches basses » et du « Phé­nix qui se joue dans la cre­vasse de ci­nabre ». La sé­rie du Juge Ti a en­suite été re­prise par d’autres au­teurs, et c’est sous le nom de Dé­tec­tive Dee que le per­son­nage a été por­té à l’écran par Tsui Hark, en 2010. Juste re­tour des choses…

Le plus amu­sant, quand même, c’est que Tsui Hark, grand spé­cia­liste du ci­né­ma d’ac­tion et du mon­tage ac­cé­lé­ré ( « J’ai in­ven­té le plan de­moins de trois se­condes », dit-il) est fran­çais, ou presque. Né en 1951 à Sai­gon, en Co­chin­chine, il s’est ins­tal­lé avec ses pa­rents et ses seize frères et soeurs à

Hong­kong en 1964. « J’étais des­ti­né à de­ve­nir phar­ma­cien comme mon père, mais… », dit-il dans un an­glais aus­si vif que ses films. Etu­diant de ci­né­ma au Texas dans les an­nées 1970, il a in­ven­té un style : le wuxia, soit le mé­lange de cape et d’épée et de fan­tas­tique asia­tique. Pro­duc­teur fré­né­tique, ac­teur à l’oc­ca­sion, réa­li­sa­teur sur­vol­té, il signe alors des di­zaines de films, dont « His­toires de fan­tômes chi­nois », « Il était une fois en Chine » et « Time and Tide ». Son signe distinctif : un rythme d’Uzi. Le dé­fi­le­ment de 24 images/se­conde du ci­né­ma tra­di­tion­nel ? Trop lent pour lui. Avec des réa­li­sa­teurs comme Rin­go Lam, John­nie To ou John Woo, Tsui Hark pra­tique le ci­né­ma en sur­mul­ti­pliée.

« De­tec­tive Dee 2 » concentre – en 3D – les qua­li­tés de ce ci­né­ma-là. A peine a-t-on le temps de com­prendre que Yu­chi, le com­mis­saire du Temple su­prême, a été joué, que dé­jà les ar­chers de l’em­pe­reur Gao­zong dé­cochent leurs flèches, avant de suc­com­ber aux at­taques de la Grande Raie Man­ta. Par chance, Dee, qua­li­fié de « Perle du Nord- Ouest » et de « Tré­sor né­gli­gé du Sud-Est », ar­rive et évite à Yu­chi d’avoir la tête cou­pée. Vous sui­vez ? Non? C’est nor­mal. Il faut se lais­ser em­bar­quer, dé­lais­ser toute lo­gique, ad­mi­rer ces mou­ve­ments de ca­mé­ra et cette cho­ré­gra­phie guer­rière. C’est du ci­né­ma au grand ga­lop. Lâ­chez les rênes. Et es­sayez la po­si­tion du « tigre blanc qui bon­dit », on en re­par­le­ra.

An­ge­la­ba­by (la cour­ti­sane Yin) et Mark Chao (le Dé­tec­tive Dee)

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