Hol­lande ou les ver­tiges de l’équi­li­briste

La po­si­tion fran­çaise sur le conflit au Proche-Orient a beau­coup va­rié de­puis un mois. Au risque de fâ­cher tout le monde… Ex­pli­ca­tions

L'Obs - - Sommaire - Par Vincent Jau­vert

Que s’est-il pas­sé exac­te­ment à

l’Ely­sée le mer­cre­di 9juillet – étrange jour­née dans la tu­mul­tueuse his­toire de la di­plo­ma­tie fran­çaise au Pro­cheO­rient? La nuit pré­cé­dente, l’aviation is­raé­lienne a me­né 160 raids contre Ga­za dans le cadre de l’opé­ra­tion Bor­dure pro­tec­trice qui vient de com­men­cer après que le Ha­mas eut ti­ré des di­zaines de ro­quettes sur Is­raël. A la sor­tie du con­seil des mi­nistres, le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Sté­phane Le Foll, pré­sente aux jour­na­listes les grandes lignes d’une dé­cla­ra­tion que Laurent Fa­bius a pro­non­cée de­vant ses col­lègues. Ren­voyant dos à dos Jé­ru­sa­lem et le Ha­mas, Le Foll an­nonce: nous « condam­nons une accélération à la fois des tirs des Pa­les­ti­nien­set de la ri­poste de la part d’Is­raël ». Est-il fi­dèle à ce qu’a vrai­ment dit le mi­nistre des Af­faires étran­gères à la table du con­seil? « Non, c’était trop

sy­mé­trique », assure un of­fi­ciel.

La ré­ac­tion de l’am­bas­sa­deur d’Is­raël en France, Yos­si Gal, est im­mé­diate. Il ap­pelle la cel­lule di­plo­ma­tique de l’Ely­sée. Il se plaint que Pa­ris mette le gou­ver­ne­ment is­raé­lien et le Ha­mas sur le même pied. En dé­but d’après-mi­di, le re­pré­sen­tant fran­çais en Is­raël, Pa­trick Mai­son­nave, tire la son­nette d’alarme. Il pré­vient aus­si le Quai-d’Or­say que l’équipe Ne­ta­nya­hou est fu­rieuse de la dé­cla­ra­tion de Le Foll. A 19 heures, François Hol­lande ap­pelle le Pre­mier mi­nistre is­raé­lien. Le coup de fil est pré­vu de­puis plu­sieurs jours, mais il tombe à pic. Les deux hommes se tu­toient. Ne­ta­nya­hou de­mande au pré­sident fran­çais : « Tu pré­fères que ce soient des Is­raé­liens plu­tôt que des Pa­les­ti­niens qui­meurent sousdes bombes? » A l’is­sue de la dis­cus­sion, à 20h39, l’Ely­sée pu­blie un com­mu­ni­qué pour rec­ti­fier, sans le dire, la dé­cla­ra­tion du ma­tin. Un texte de six lignes qui va mettre le feu aux poudres à gauche.

Le chef de l’Etat y ap­porte un sou­tien to­tal à l’opé­ra­tion Bor­dure pro­tec­trice: « Ilap­par­tien­tau gou­ver­ne­ment

is­raé­lien, est-il écrit, de­prendre toutes les me­sures pour pro­té­ger sa po­pu­la­tion face aux me­naces. » « Toutes les

me­sures… » Rien sur les vic­times ci­viles pa­les­ti­niennes. Une dé­cla­ra­tion qui semble ac­cré­di­ter une thèse en vogue de­puis quelques mois, se­lon la­quelle le pré­sident de la Ré­pu­blique a re­non­cé à la di­plo­ma­tie de l’équi­libre, adop­tée sous François Mit­ter­rand et main­te­nue, vaille que vaille, de­puis. Un haut res­pon­sable, proche du chef de l’Etat, re­con­naît au­jourd’hui qu’ef­fec­ti­ve­ment ce com­mu­ni­qué – re­vu par François Hol­lande en per­sonne – « n’était­pas suf­fi­sam­ment

équi­li­bré ». L’Ely­sée se re­prend dès le len­de­main. Après une dis­cus­sion avec Mah­moud Ab­bas, le di­ri­geant pa­les­ti­nien, François Hol­lande « dé­plo­reque les opé­ra­tions mi­li­taires en­cour­saient dé jà fait de nom­breuses vic­times pa­les­ti­niennes ». Et Laurent Fa­bius s’ex­prime de plus en plus du­re­ment contre les raids is­raé­liens – jus­qu’à par­ler de « mas­sacres » le 22 juillet sur TF1. Mais, pour une par­tie de la gauche, le mal est fait: le 9juillet, Hol­lande s’est mon­tré tel qu’il est, se­lon elle. C’est-à-dire exa­gé­ré­ment prois­raé­lien.

Sur le ter­rain di­plo­ma­tique, en re­vanche, la France conti­nue de jouer un rôle, tou­jours le même, mo­deste et équi­dis­tant. « Il n’y a pas beau­coup de chef­sd’Etat­qui, dan­su­ne­même soi­rée, peuvent parl erà Ne­ta­nya houe­tà Ab­bas – le pré­sident fran­çais lep eut­tou jours » , dit un of­fi­ciel. D’où cette réunion à Pa­ris, or­ga­ni­sée à l’ini­tia­tive du Quaid’Or­say, le 26 juillet, en pré­sence no­tam­ment des mi­nistres des Af­faires étran­gères amé­ri­cain, turc, qa­ta­ri, bri­tan­nique, ita­lien et al­le­mand, pour ten­ter d’ob­te­nir un ces­sez-le-feu « du

rable » . Sans ré­sul­tat, tou­te­fois. « On sa­vait que c’était im­pos­sible, mais on a es­sayé, confie le même res­pon­sable. Les deux­par­ties, le gou­ver­ne­ment Ne­ta­nya­hou et leHa­mas, ont in­té­rêt à la pour­suite des hos­ti­li­tés. » C’est pour­quoi, dans un com­mu­ni­qué du lun­di 28 juillet, cinq grandes ca­pi­tales oc­ci­den­tales ont haus­sé le ton. Elles af­firment que la « dé­gra­da­tion de la si­tua

tion ne fait le jeu que des ex­tré­mistes » . Des deux camps. François Hol­lande a si­gné ce texte.

Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, à Tel-Aviv en 2013, avec François Hol­lande. Les deux hommes se tu­toient

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