“Im­pos­sible de ré­pa­rer les er­reurs du pas­sé avec les er­reurs ac­tuelles”

L'Obs - - Événement - Avra­ham Burg

Le Nou­vel Ob­ser­va­teur Comment expliquez-vous que, tous les deux ans, un nou­veau conflit op­pose Is­raël au Ha­mas ?

Avra­ham Burg Il ne s’agit pas de « nou­veaux » conflits, mais d’un seul et même conflit qui dure de­puis très long­temps. Il est de­ve­nu mi­li­taire de­puis la prise du pou­voir à Ga­za par le Ha­mas, mais il existe en réa­li­té de­puis 1967, voire 1948 avec la créa­tion de l’Etat d’Is­raël, et même bien avant. Nous avons eu les ma­ni­fes­ta­tions, puis les émeutes, puis les ter­ro­ristes ka­mi­kazes, puis les ro­quettes, main­te­nant les tun­nels, et de­main je ne sais quoi en­core. Les formes changent mais tant que les pro­blèmes fon­da­men­taux ne se­ront pas ré­glés, les confron­ta­tions ar­mées conti­nue­ront. Mais par où com­men­cer ? Les po­si­tions des deux camps semblent si op­po­sées… La prio­ri­té, c’est la ques­tion des ré­fu­giés pa­les­ti­niens. On parle tou­jours de fron­tières, d’éco­no­mie, de sé­cu­ri­té, en la lais­sant pour la fin. C’est l’in­verse qu’il faut faire: d’abord les ré­fu­giés, le reste peut at­tendre. Is­raël doit reconnaître leur exis­tence. Lorsque ses di­ri­geants disent: « Ja­mais nous n’abor­de­rons cette ques­tion », ils se désen­gagent de toute res­pon­sa­bi­li­té. Pour­tant, l’Etat hé­breu a une res­pon­sa­bi­li­té de­puis les guerres de 1948 et 1967. Ce­la semble un pro­blème in­so­luble, sauf si on le prend par pe­tits bouts : com­men­çons par sa­voir qui veut re­ve­nir s’ins­tal­ler en Is­raël, qui veut être sous contrôle de l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne, qui veut res­ter dans son pays d’exil en échange d’une in­dem­ni­sa­tion… Une chose est sûre: il est im­pos­sible de ré­pa­rer les er­reurs du pas­sé avec les er­reurs ac­tuelles. Sauf que le dia­logue est au point mort de­puis long­temps, voire im­pos­sible, comme entre le Ha­mas et Is­raël…

Is­raël doit faire les ef­forts néces- saires pour être en po­si­tion de par­ler avec le plus grand nombre pos­sible de Pa­les­ti­niens. Nous de­vons com­prendre que tous les Pa­les­ti­niens ne sont pas au Ha­mas, que tous les Ga­zaouis ne sont pas au Ha­mas et que tous les membres du Ha­mas n’ap­par­tiennent pas à sa branche mi­li­taire. Nous ne pou­vons plus nous mettre dans une si­tua­tion où c’est nous, Is­raé­liens, contre tout le col­lec­tif pa­les­ti­nien, mais nous pou­vons cher­cher avec qui il est pos­sible de par­ler. C’était une er­reur de ne pas par­ler avec Abou Ma­zen [Mah­moud

Ab­bas]. C’était une er­reur de ne pas avoir re­con­nu le gou­ver­ne­ment de ré­con­ci­lia­tion pa­les­ti­nien, car c’était un moyen de né­go­cier avec le Ha­mas. Shi­mon Peres a quit­té la pré­si­dence is­raé­lienne. La re­traite de l’homme qui sym­bo­lise le pro­ces­sus de paix d’Os­lo au mi­lieu d’une énième guerre à Ga­za, c’est la fin of­fi­cielle d’une cer­taine idée de la paix? Os­lo est mort ? Tant mieux! Ce pro­ces­sus était fon­dé sur une illu­sion: la paix contre la terre. Son pé­ché ori­gi­nel, c’est d’avoir trans­for­mé l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne en sous­trai­tant de l’oc­cu­pa­tion is­raé­lienne, sans lui don­ner d’es­poir na­tio­nal alors que la co­lo­ni­sa­tion conti­nuait. De­puis la si­gna­ture des ac­cords en 1993, une sé­gré­ga­tion s’est ins­tal­lée entre Is­raé­liens et Pa­les­ti­niens. Avant, mal­gré les dif­fi­cul­tés, nous vi­vions côte à côte. Mais de­puis au­cun des deux peuples ne connaît l’autre.

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