Usé

L'Obs - - La Une - MAT­THIEU CROISSANDEAU M. C.

D eux mois de cam­pagne, me­née tam­bour bat­tant, au­ront suf­fi pour faire écla­ter la bau­druche : Ni­co­las Sar­ko­zy n’est pas le super-hé­ros que la droite at­ten­dait. Au­tre­fois craint à dé­faut d’être res­pec­té, l’an­cien chef de l’Etat sa­vait comme per­sonne oc­cu­per l’es­pace po­li­ti­co­mé­dia­tique, im­pri­mer son tem­po, avan­cer ses idées et même fé­dé­rer au-de­là de son propre camp. Au­jourd’hui fa­vo­ri du scru­tin pour la pré­si­dence de l’UMP, le voi­là qui, faute de tra­vail ou d’ins­pi­ra­tion, peine à in­no­ver, à convaincre et à ras­sem­bler.

L’ex-lo­ca­taire de l’Ely­sée se voyait dans le rôle du sau­veur. Il s’est re­trou­vé pro­pul­sé dans une com­pé­ti­tion qui n’était pas la sienne, can­di­dat à un poste qu’il avait dé­jà oc­cu­pé. Ré­sul­tat des courses : son pro­gramme res­semble à un mau­vais co­pier-col­ler du projet qui l’a fait échouer à la pré­si­den­tielle. Son an­cien mi­nistre Alain Jup­pé, plé­bis­ci­té par l’opi­nion, l’at­tend au tour­nant de la pro­chaine pri­maire. Quant à ses lieu­te­nants, ils font preuve d’une so­li­da­ri­té à géo­mé­trie va­riable et n’hé­sitent plus à mar­quer leurs dif­fé­rences lorsque les couleuvres se ré­vèlent trop grosses à ava­ler.

Alors bien sûr, ses mee­tings au pas de charge lui au­ront per­mis de sé­duire les foules nos­tal­giques et re­van­chardes des mi­li­tants qui ido­lâtrent jus­qu’à ses ex­cès. Bien sûr aus­si, il ne s’est trou­vé dans cette aven­ture qu’un Bru­no Le Maire et un Her­vé Ma­ri­ton pour pré­tendre le dé­fier. Il n’em­pêche, sa­me­di soir, s’il est élu, Ni­co­las Sar­ko­zy n’au­ra ga­gné qu’une pre­mière ba­taille, mais pas la guerre. Car le plus dur com­men­ce­ra pour le nou­veau pré­sident de l’UMP.

Sans ligne claire, sans stra­té­gie élec­to­rale, sans can­di­dat évident pour 2017, l’UMP reste un par­ti ma­lade, abî­mé, di­vi­sé. Mi­né par des que­relles in­tes­tines et coin­cé dans un étau ju­di­ciaire qui se res­serre, il offre au­jourd’hui aux Fran­çais un spec­tacle dé­lé­tère. Même l’im­po­pu­la­ri­té du pou­voir en place ne par­vient pas, par contraste, à lui re­don­ner des cou­leurs. C’est d’ailleurs là que se si­tue le piège pour la droite : croire que le seul ef­fet mé­ca­nique de l’al­ter­nance lui per­met­trait de rem­por­ter sans ef­forts les pro­chains scru­tins. Une er­reur fu­neste qui ne man­que­rait pas de pro­fi­ter à d’autres, Ma­rine Le Pen en par­ti­cu­lier.

Sur­tout, il reste beau­coup à faire pour re­col­ler les mor­ceaux de cette fa­mille dé­com­po­sée. Il n’est qu’à son­ger aux sif­flets qui ont émaillé le dis­cours d’Alain Jup­pé dans sa propre ville de Bor­deaux le week-end der­nier pour de­vi­ner com­bien le duel qui s’an­nonce pro­met d’être san­glant. L’UMP n’a pour­tant d’autre choix que la pri­maire si elle veut re­con­qué­rir l’opi­nion et pro­fi­ter de cette for­mi­dable oc­ca­sion de mo­bi­li­ser pour 2017. A condi­tion d’en faire un vrai dé­bat pour pré­pa­rer la suite et pas seu­le­ment une pro­cé­dure pour dé­par­ta­ger les am­bi­tions per­son­nelles. A droite comme à gauche, la pri­maire doit être conçue comme une ma­chine à ga­gner mais aus­si à gou­ver­ner. Au­tre­ment il en irait de l’UMP de­main comme du PS hier. Avec le suc­cès que l’on sait…

L’ex-lo­ca­taire de l’Ely­sée se voyait dans le rôle du sau­veur.

Il s’est re­trou­vé pro­pul­sé dans une com­pé­ti­tion qui n’était pas la sienne, can­di­dat à un poste qu’il avait

dé­jà oc­cu­pé.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.