TOU­RISME

Sa­mih Sa­wi­ris, fils d’un ma­gnat égyp­tien de la construc­tion, a in­ves­ti 1,5 mil­liard d’eu­ros pour trans­for­mer cette pe­tite sta­tion des Alpes suisses en pôle tou­ris­tique de luxe. Ré­cit

L'Obs - - Le Sommaire - DORANE VIGNANDO

Le nou­veau vi­sage d’An­der­matt

Ro­bustes cha­lets fleu­ris, vaches grasses, mon­tagnes lac­tées : voi­là un dé­cor de ta­blette de cho­co­lat Mil­ka que s’offre le mil­liar­daire égyp­tien Sa­mih Sa­wi­ris. Au mi­lieu des pel­le­teuses, il pose, sou­rire ul­tra

bright, ados­sé à une énorme ma­quette qui laisse en­tre­voir ce que se­ra bien­tôt le nou­veau vi­sage d’An­der­matt, la sta­tion la plus hup­pée des Alpes suisses. Coût du projet ? 1,5 mil­liard d’eu­ros. Pha­rao­nique et in­édit chez nos voi­sins suisses al­le­mands. Et en­core plus ici, dans ce vil­lage per­ché sur un haut plateau ro­cailleux du can­ton d’Uri, fief des gar­ni­sons de l’ar­mée hel­vète du­rant plus de qua­rante ans. Bap­ti­sé « An­der­matt Swiss Alps », ce nou­veau com­plexe tou­ris­tique fe­ra gran­dir le vil­lage his­to­rique de 6 hô­tels 5 et 4 étoiles, 25 cha­lets-vil­las, 42 im­meubles ré­si­den­tiels, un centre aqua­lu­dique, un autre pour les con­grès, un golf, une gare flam­bant neuve et un do­maine skiable élar­gi. Et tout ce­la, dans un es­prit de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Dans les médias lo­caux, l’af­faire a fait grand bruit. Au­jourd’hui en­core, dans la salle rus­tique de l’hô­tel cen­te­naire Sch­wei­ze­rhof où l’on mange l’in­con­tour­nable fon­due, on n’hé­site pas, à l’ap­proche de Noël, à re­par­ler du « mil­liar­daire qui joue Jésus à An­der­matt ».

Tout a com­men­cé en 2005. A l’époque, cette val­lée d’Ur­se­ren, dé­ser­tée par les soldats, connaît le chô­mage et la déshé­rence. Dans cette par­tie de la Suisse sur l’axe eu­ro­péen que sym­bo­lise, tout proche, le cé­lèbre tun­nel du Go­thard, l’éco­no­mie lo­cale est à l’aban­don. Lors d’un dî­ner à Alt­dorf avec des élus, l’an­cien am­bas­sa­deur suisse du Caire Rai­mund Kunz pense à un ri­chis­sime Egyp­tien qui se­rait sus­cep­tible d’in­ves­tir. Pos­sé­dant des bu­reaux à Zu­rich, Sa­mih Sa­wi­ris se rend sur les lieux. Lors d’un vol en hé­li­co­ptère, il s’ex­ta­sie sur le pay­sage res­té in­tact entre la Fur­ka et l’Obe­ralp. Il voit grand et sou­haite bâ­tir un nou­veau site tou­ris­tique en ra­che­tant 1,5 mil­lion de mètres car­rés.

« Les élus, les vil­la­geois m’ont d’abord pris

pour un fou, puis se sont ral­liés à 85% à mon

projet », ex­plique l’homme d’af­faires. L’en­tre­pre­neur n’en est pas à son coup d’es­sai. Dans le monde arabe, cette fa­mille copte est aus­si connue que les Ro­cke­fel­ler en Oc­ci­dent. Il y a d’abord le pa­triarche, On­si, fon­da­teur du géant de la construc­tion Oras­com qui fai­sait avant le « prin­temps arabe » de 2011 jus­qu’à 40% du chiffre d’af­faires de la Bourse égyp­tienne. Puis les trois fils : Sa­mih (hô­tels et tou­risme pour Oras­com De­ve­lop­ment), Na­guib (té­lé­com­mu­ni­ca­tions) et Nas­sef (bâ­ti­ment). Tous font par­tie du clas­se­ment « Forbes » 2014 des per­son­na­li­tés

arabes les plus riches du monde, avec une for­tune cu­mu­lée es­ti­mée à plus de 10 mil­liards de dol­lars. Sa­mih le ca­det in­carne toute l’am­bi­tion des Sa­wi­ris et s’est fait connaître no­tam­ment grâce à l’énorme com­plexe tou­ris­tique d'El Gou­na au bord de la mer Rouge, ain­si que par di­vers hô­tels de pres­tige à Oman, en Jor­da­nie ou aux Emi­rats arabes unis.

An­der­matt est son pre­mier projet eu­ro­péen. En ce jour de no­vembre 2014, l’an­cienne place d’armes est un gi­gan­tesque chan­tier, où se suc­cèdent les en­gins de ter­ras­se­ment et les grues. Les tra­vaux ont pris du re­tard. La faute à de nou­velles lois fé­dé­rales, aux éco­lo­gistes sur le qui-vive et sur­tout à un prin­temps égyp­tien qui a ébran­lé les fi­nances de l’em­pire Oras­com, au point pour Sa­mih Sa­wi­ris de quit­ter Le Caire et de de­man­der en ur­gence la na­tio­na­li­té mon­té­né­grine (pays où il a aus­si in­ves­ti dans un im­mense re­sort).

A An­der­matt, Sa­mih Sa­wi­ris tient le cap et n’a pas hé­si­té à ré­in­jec­ter plus de 100 mil­lions d’eu­ros sup­plé­men­taires pro­ve­nant de sa for­tune per­son­nelle : « Ce n’est pas un in­ves­tis­se­ment à risque, c’est un projet sur le long terme, une ga­ran­tie pour l’ave­nir », ex­plique-t-il. Le pre­mier fleu­ron 5 étoiles de la sta­tion, l’hô­tel Le Che­di An­der­matt, a été inau­gu­ré. Ce cha­let spec­ta­cu­laire tout en bois fon­cé et pierre brute donne le ton. Es­paces mo­nu­men­taux, pis­cine de 35 mètres de long sous ver­rière, ca­na­pés en four­rure, oeuvres d’art. Ul­tra­chic, l’éta­blis­se­ment a été si­gné par JeanMi­chel Ga­thy, l’ar­chis­tar des plus beaux hô­tels dans le monde, ins­tal­lé en Ma­lai­sie. Ce der­nier a aus­si agen­cé la cen­taine d’ap­par­te­ments pri­vés dé­jà ache­tés par de riches étran­gers à 15 000 eu­ros le mètre car­ré. De l’autre cô­té du che­min de fer et de la pe­tite gare bien­tôt construite doivent sor­tir de terre cinq autres hô­tels de luxe, avec un ac­cès di­rect au do­maine skiable. Sa­mih Sa­wi­ris en est con­vain­cu, d’ici à dix ans, An­der­matt se­ra la nouvelle perle des Alpes.

Le Che­di An­der­matt, le pre­mier hô­tel cinq étoiles.

Sa­mih Sa­wi­ris.

Le vil­lage his­to­rique, dans le can­ton d’Uri.

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