MODE

La marque Façonnable, créée à Nice en 1950, sy­no­nyme du chic de la French Ri­vie­ra, fait sa mue grâce à un nou­veau di­rec­teur artistique, Da­niel Kearns, et à Jean Coc­teau

L'Obs - - Le Sommaire - SÉ­VE­RINE DE SMET

Le re­nou­veau de Façonnable

C ’est à cô­té du Pa­lais Gal­lie­ra, le Mu­sée de la Mode, que se trouvent les bu­reaux pa­ri­siens de Façonnable. Pas très loin non plus de la Fon­da­tion Pierre Ber­gé-Yves Saint Laurent. Ce car­ré ma­gique du 16e ar­ron­dis­se­ment était tout trou­vé pour abri­ter le dis­cret re­fuge fran­ci­lien de la mai­son Façonnable. Bou­gie Dip­tyque à l’en­trée, gros ca­na­pés et im­mense écran… On de­vine dans une pièce ad­ja­cente la sil­houette de Da­niel Kearns, a ai­ré et stu­dieux sur une table. Pile à l’heure du ren­dez-vous, le nou­veau di­rec­teur artistique ré­pond avec po­li­tesse et e ca­ci­té sur son rôle. Il est ques­tion d’ADN, de French Ri­vie­ra, de chic et de dé­con­trac­tion. Pré­sent, pas­sé et fu­tur : voi­là la nouvelle ligne di­rec­trice de la gri e fran­çaise. Fon­dée en 1950 par le maî­tre­tailleur Jean Gold­berg à Nice, re­prise par son fils Al­bert Gold­berg en 1961, la marque de la Côte d’Azur s’est im­po­sée dans les an­nées 1970 et 1980 comme lea­der dans le ves­tiaire mas­cu­lin.

« Mon père por­tait des che­mises Façonnable » , se rap­pelle Da­niel

Kearns, 39 ans. « Je les re­tra­vaillais dans ma jeu­nesse, avant que j’in­tègre le Royal Col­lege of Art de Londres » . Des vestes sport, des car­di­gans, des pan­ta­lons chi­nos… Les créa­tions ori­gi­nelles de Gold­berg son­naient comme la dé­con­trac­tion à l’amé­ri­caine ver­sion Ralph Lau­ren. Un look étu­dié pour gol­den boy en va­cances ou en voyage, qui séduit une clien­tèle in­ter­na­tio­nale. En 2001, Façonnable est même ra­che­té par le géant amé­ri­cain Nordstrom qui dé­ve­loppe la marque sur le sol yan­kee. Pas­sée sous gi­ron li­ba­nais de­puis 2007, la gri e ni­çoise, dont les am­bas­sa­deurs furent Ca­ry Grant ou To­ny Cur­tis, a tel­le­ment culti­vé cette élé­gance ra­cée sans être tape-à-l’oeil qu’elle s’est faite peut-être trop dis­crète. Jus­qu’à cette an­née où a été em­bau­ché Da­niel Kearns, avec pour mis­sion de mo­der­ni­ser la marque sans la ré­vo­lu­tion­ner.

« Après être pas­sé chez Louis Vuit­ton pour la ligne voyage et chez Yves Saint Laurent pour les col­lec­tions hommes, j’avais les armes pour per­pé­tuer à la fois l’hé­ri­tage de Gold­berg et ap­por­ter un re­gard neuf sur un mar­ché mas­cu­lin. Les clients savent ce qu’ils veulent, ont une

bonne cul­ture mode. Il faut s’adap­ter » , ex­plique l’Ir­lan­dais. Pour in­car­ner cette nouvelle French Ri­vie­ra, Kearns signe une col­lec­tion dé­diée à Jean Coc­teau, va­li­dée et ap­prou­vée par la Fon­da­tion Ber­gé, qui dé­tient les droits mo­raux de l’écri­vain. Pour­quoi Coc­teau ? Parce qu’en 1950, date de la créa­tion de Façonnable, il dé­voi­lait son film « Or­phée » et dé­cou­vrait la vil­la San­to Sos­pir à Saint-Jean-CapFer­rat, sur la Côte d’Azur. In­vi­té par la mé­cène Fran­cine Weis­weiller, il y pas­se­ra les treize der­nières an­nées de sa vie à dé­co­rer et à peindre la ré­si­dence. Au­jourd’hui ou­verte aux vi­sites, elle a ac­cueilli les ca­mé­ras de Façonnable pour le clip. Le fu­tur s’an­nonce sous de bons aus­pices pour la gri e azu­réenne, ré­veillée par un Du­bli­nois.

Jean Coc­teau dans les an­nées 1950.

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