Le siècle en marche

Où l’on voit que rien ne se­ra en me­sure de l’ar­rê­ter

L'Obs - - Chronique -

O n se ma­rie entre femmes, de nos jours. On se ma­rie entre hommes. Bien­tôt, on se ma­rie­ra à trois, à quatre. Pour­quoi pas, dès à pré­sent, le ma­riage tout seul ? C’est ce qu’a bien com­pris le voya­giste Cer­ca Tra­vel, de Kyo­to. Il pro­pose aux femmes qui n’ont ja­mais eu l’oc­ca­sion de por­ter la belle robe blanche, le dia­dème, qui n’ont ja­mais connu l’ivresse du cham­pagne, du bel hô­tel où l’on est trans­por­tée, de la vue en­chan­te­resse de­puis la couche nup­tiale, qua­rante-huit heures à Kyo­to pour un voyage de noces en so­li­taire. La robe est four­nie (on peut ap­por­ter la sienne), ou le ki­mo­no. Pho­to tra­di­tion­nelle com­prise dans le prix. Le rêve d’en­fant, de jeune fille, en­fin réa­li­sé. Et comme le com­merce ne perd ja­mais ses droits, les femmes dé­jà ma­riées peuvent pro­fi­ter du ta­rif ex­cep­tion­nel, il su t qu’elles ne soient pas ac­com­pa­gnées. La so­lu­tion pra­tique, quand on a son par­te­naire trop oc­cu­pé.

To­kyo après Kyo­to. Une autre his­toire de so­li­tude. Le pa­tron du PiaPia ne sup­porte plus les couples, le soir du 24 décembre, qui viennent dî­ner dans son res­tau­rant. Rien de tel que ces gens-là pour cas­ser une am­biance, dé­ran­ger les ha­bi­tués dans un éta­blis­se­ment gé­né­ra­le­ment fré­quen­té par des per­sonnes seules. Aus­si a-t-il fait pla­car­der sur sa fa­çade et c’est ré­pé­té dans la salle : « Res­tau­rant in­ter­dit aux couples le soir de Noël ». Il peut d’ailleurs être tran­quille, son aver­tis­se­ment est en train de faire le tour du monde (on le voit ici à la sta­tion L’Obs). Reste un risque, c’est que la foule vienne ce soir-là pres­ser son nez sur sa vi­trine, voir la gueule qu’ils font à l’in­té­rieur : sont-ils si heu­reux qu’on le dit ?

Ils la baillent belle aux Chi­nois, les Ja­po­nais, avec leurs filles qui se ma­rient en so­lo au Ja­pon. En Chine, à cause de la po­li­tique de l’en­fant unique, les Chi­nois manquent de Chi­noises à ma­rier. Et com­ment que je fais, moi, à la ferme, si je n’ai pas de femme pour m’ai­der ? Heu­reu­se­ment, voi­là qu’une agence de voyages se pro­pose de m’en trou­ver une. Même pas be­soin d’al­ler la cher­cher, l’agence l’amè­ne­ra. Il su t d’y mettre le prix. Met­tons le prix. Ils sont une cen­taine à l’avoir mis. Qu’est-ce qu’ils ris­quaient ? On ne leur de­man­dait de payer que femme en mains. Elles sont ain­si une cen­taine de Viet­na­miennes à avoir épou­sé des braves gars de Quz­hou, dans la pro­vince du He­bei, au nord-est de la Chine, ar­ri­vées en­semble du Viet­nam, ma­riées, payées, et bien vite toutes en­semble dis­pa­rues. Par­ties se ma­rier ailleurs ? Pro­ba­ble­ment, et pro­ba­ble­ment pas qu’une fois, pense la po­lice chi­noise qui est sur les dents (mais elle est tout le temps sur les dents).

Lee Os­wald, ça dit en­core quelque chose ? Pas vrai­ment. John Fitz­ge­rald Ken­ne­dy, alors ? Ah ! oui, c’était un pré­sident des Etats-Unis.

Bien ! Un pré­sident as­sas­si­né par Lee Os­wald.

Mais bien sûr, Lee Os­wald, l’as­sas­sin de Ken­ne­dy ! Il lui est ar­ri­vé quelque chose ?

Le 22 no­vembre 1963, Os­wald tue Ken­ne­dy. Deux jours plus tard, en­ca­dré de po­li­ciers pour être trans­fé­ré, il est abat­tu à bout por­tant par Jack Ru­by.

Il y a du nou­veau à pro­pos de Lee Os­wald ? Ce n’était pas lui le vé­ri­table as­sas­sin ?

C’est ce que d’au­cuns ont tou­jours pré­ten­du mais quoi qu’il en soit, en 1981, pour des vé­ri­fi­ca­tions, on a dé­ter­ré Lee Os­wald. Son cercueil était en sa­pin, il avait été inon­dé, il a en­core fal­lu le for­cer pour l’ou­vrir, bref, il n’était plus uti­li­sable. Pour le ré-en­ter­rer, on l’a mis dans un cercueil neuf. Nor­mal ! On est chez des ci­vi­li­sés. On y est. N’em­pêche qu’il y a un pro­cès à pro­pos du cercueil. Du cercueil en mau­vais état ? Du cercueil en ruine, oui. Pen­dant des an­nées, le te­nan­cier du fu­né­ra­rium a ten­té de le vendre. Puis il a trou­vé un ache­teur, en 2010, et vous sa­vez quoi ? Le frère de Lee Os­wald, qui trou­vait in­digne qu’on fasse com­merce du cercueil où son frère avait pas­sé près de vingt ans, avait fait sus­pendre la vente.

Bra­vo. Tout ne de­vrait pas être ma­tière à ar­gent, même au pays de la libre en­tre­prise.

Sans au­cun doute, mais le fu­né­ra­rium vient de le cé­der à une mai­son d’en­chères pour près de 90 000 dol­lars. Alors il y a un pro­cès, au Texas, où cha­cun a bran­di ses ti­ckets de caisse pour mon­trer que le cercueil lui ap­par­te­nait. Qui a ga­gné ? On le sau­ra dé­but jan­vier.

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