HU­MEUR

PAR JÉ­RÔME GAR­CIN

L'Obs - - Critiques -

Le 24 décembre sor­ti­ra, sur 600 écrans fran­çais, l’« Exodus » de Rid­ley Scott. Un film pha­rao­nique de 2h35, où Moïse (Ch­ris­tian Bale) en­traîne 600 000 es­claves hé­breux hors d’Egypte pour fran­chir la mer Rouge et en­trer dans la Bible. Le même jour sor­ti­ra, dans une poi­gnée de salles, « la Terre éphé­mère », du Géor­gien George Ova­sh­vi­li. Un film su­perbe et désar­gen­té de 1h40 tour­né à l’an­cienne, en 35 mm, où un vieux Moïse ab­khaze tra­verse le fleuve In­gu­ri et en­traîne sa pe­ti­te­fille sur un îlot pro­vi­soire pour y construire une ca­bane en bois et plan­ter du maïs. Là-bas, ces pe­tites bandes de terre fer­tile ap­pa­raissent et dis­pa­raissent au gré des sai­sons. Car l’eau les re­prend aus­si vite qu’elle les a don­nées. A peine les cé­réales ont-elles pous­sé qu’elles sont dé­jà noyées. Mais ce­la n’en­tame ni la fer­veur du vieux Robinson ni l’ar­deur de sa jeune On­dine, qui ne se parlent pas et s’ex­priment avec des gestes. Ils veulent croire que leur terre pro­mise est éter­nelle. Ils feignent d’igno­rer que leur îlot de paix est me­na­cé à la fois par les crues et par les soldats qui se dis­putent, mi­traillette au poing, la fron­tière aqueuse sé­pa­rant la Géor­gie de l’Ab­kha­zie. Ova­sh­vi­li filme comme per­sonne la na­ture triom­phant des hommes sous des ciels di­vins. Cette pein­ture des quatre élé­ments – l’air, le feu, la terre et l’eau – est d’une beau­té a olante et humble. Pas be­soin de la 3D ni d’ac­teurs « ban­cables » pour faire de ce petit film une pa­ra­bole uni­ver­selle. Et pour vous en­joindre d’al­ler le voir pen­dant la trêve de Noël.

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