EAU AR­GEN­TÉE

PAR OS­SA­MA MO­HAM­MED, WIAM SIMAV BE­DIRXAN Do­cu­men­taire fran­co-sy­rien (1h43).

L'Obs - - Critiques -

Com­ment un ci­néaste en exil filme-t-il un évé­ne­ment à dis­tance ? C’est l’en­jeu ma­jeur et pas­sion­nant de ce do­cu­men­taire ini­tié par Os­sa­ma Mo­ham­med, Sy­rien ins­tal­lé en France de­puis 2011. En ar­ti­cu­lant de mul­tiples vi­déos ama­teurs pos­tées sur YouTube, il res­ti­tue le dé­rou­le­ment de la ré­vo­lu­tion : tor­ture d’un jeune homme par des soldats de Ba­char al-As­sad, fer­veur des ma­ni­fes­ta­tions an­ti­ré­gime ré­pri­mées dans le sang, mutation du conflit ci­toyen en guerre de po­si­tion puis en chaos to­tal, quand les is­la­mistes ra­di­caux entrent en ac­tion. Les points de vue s’en­tre­mêlent, les plans se che­vauchent, les ef­fets se suc­cèdent, mais de ce chaos d’images, une gram­maire fil­mique émerge, à la fois dense et pré­cise. Le plan pixel­li­sé se voit tour à tour comme une abs­trac­tion pu­dique de l’hor­reur, l’ex­pres­sion concrète d’une si­dé­ra­tion. Les cé­sures du mon­tage sont au­tant de prises de pou­voir, d’exé­cu­tions som­maires. A mi-par­cours, le film ins­taure un dia­logue avec Wiam, ci­néaste confi­née dans la ville as­sié­gée de Homs qui, au ha­sard d’un contact Fa­ce­book avec Os­sa­ma Mo­ham­med, lui trans­met ses propres images du conflit. C’est par cet échange fou qu’« Eau ar­gen­tée » passe alors de l’es­sai poé­tique in­tel­li­gent au chef-d’oeuvre d’une am­pli­tude in­ouïe.

GUILLAUME LOI­SON

Le do­cu­men­taire « Eau ar­gen­tée »

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