Cap sur la COP

La 21 Confé­rence cli­ma­tique in­ter­na­tio­nale se tien­dra à Pa­ris en dé­cembre. Peu connue des Fran­çais, Lau­rence Tu­bia­na, doc­teur en éco­no­mie, en est la chef d’or­chestre. Rencontre au Pé­rou à l’oc­ca­sion de né­go­cia­tions pré­pa­ra­toires à huis clos

L'Obs - - Grands Formats - ARNAUD GON­ZAGUE, EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À LI­MA SE­BAS­TIAN CAS­TAÑE­DA / AFP

Quelques cernes de fa­tigue, bien sûr, mais, quand elle sou­rit, ses yeux s’em­brasent d’une lueur bleue tou­chante. Ex­té­nuée mais contente, Lau­rence Tu­bia­na si­rote une li­mo­nade dans un pe­tit ca­fé de Mi­ra­flores, le quar­tier ré­si­den­tiel de Li­ma, la ca­pi­tale du Pé­rou. « Pour un bap­tême du feu, je crois que ça a été plu­tôt réus­si », di­telle avec sa voix de pe­tite sou­ris. Ce qui a été « plu­tôt réus­si », à quelques rues de là, au très chic hô­tel Mar­riott, dont les baies vi­trées s’ouvrent sur le Pa­ci­fique, c’est sa pre­mière « in­for­melle » . Soit trois jours de né­go­cia­tions à huis clos qui ont ras­sem­blé une qua­ran­taine de pays. « In­for­melle » car la réunion en­ten­dait lais­ser aux di­plo­mates pré­sents la pos­si­bi­li­té d’ex­pri­mer li­bre­ment leurs points de vue, leurs de­si­de­ra­ta, mais aus­si de sug­gé­rer quelques au­da­cieuses idées. Ce brains­tor­ming pla­né­taire, la haute fonc­tion­naire de 63 ans en est l’ani­ma­trice en chef. C’est elle, en ef­fet, que Laurent Fa­bius, mi­nistre des Af­faires étran­gères, a nom­mée, au prin­temps 2014, « re­pré­sen­tante spé­ciale pour la confé­rence Pa­ris Cli­mat », ce grand raout mon­dial – plus sou­vent ap­pe­lé « COP21 » ou 21 Confé­rence cli­ma­tique in­ter­na­tio­nale – qui se dé­rou­le­ra à Pa­ris en dé­cembre et qui doit dé­bou­cher sur un ac­cord glo­bal de ré­duc­tion des gaz à ef­fet de serre.

SOR­TIR DU “BIYÉYOU”

Si elle échoue, sa COP21 pour­rait n’être qu’une énième confé­rence sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique des­ti­née à « ti­rer la son­nette d’alarme » . En cas de suc­cès, elle ou­vri­rait une ère di­plo­ma­tique nou­velle ( voir en­ca­dré ). C’est cette sa­crée res­pon­sa­bi­li­té que porte sur ses épaules Lau­rence Tu­bia­na. Tou­jours entre deux aé­ro­ports – au bas mot, elle a pris l’avion quinze fois ces quatre der­niers mois – notre di­plo­mate cli­ma­tique à la che­ve­lure ar­gen­tée n’en est pas en­core là. Après Li­ma, elle va mul­ti­plier les ren­dez-vous – à Pa­ris (avril), Wa­shing­ton (avril) et Bonn ( juin et oc­tobre) – pour faire en sorte que la COP pa­ri­sienne ac­cueille des pays réel­le­ment prêts à li­mi­ter leurs émis­sions de CO . « La par­tie est loin d’être rem­por­tée, ad­met la né­go­cia­trice. Ce n’est pas rien de réunir la qua­si-to­ta­li­té des pays du globe pour leur de­man­der des ef­forts . Les dis­cus­sions por­tant sur la Sy­rie ou même sur l’épi­dé­mie d’Ebo­la ne ras­semblent qu’une poi­gnée de pays. Nous, nous de­vons convaincre la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ! » Une com­mu­nau­té qui jure, la main sur le coeur, qu’elle est ob­nu­bi­lée par le ré­chauf­fe­ment mais qui, à cause des lob­bies et de son im­mo­bi­lisme, n’ar­rive pas à remettre en cause son ad­dic­tion au char­bon et au pé­trole, deux éner­gies hy­per­pro­duc­trices de CO . D’où un constat sans ap­pel : +30% d’émis­sions mon­diales de gaz à ef­fet de serre entre 1990 et 2010 !

Pour l’oeil non avi­sé, l’ « in­for­melle » de Li­ma res­semble pour­tant moins à l’an­ti­chambre d’un monde en train de lut­ter pour sa sur­vie qu’à une so­po­ri­fique réunion de co­pro­prié­taires : les émis­saires des pays y prennent la pa­role les uns après les autres, dans un éprou­vant glo­bish – cet an­glais passe-par­tout em­ployé par les di­plo­mates et les bu­si­ness­men. Avec la

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