Ce qu’on sait des crimes sexuels com­mis sous l’Etat is­la­mique ne peut-il tou­te­fois agir comme re­pous­soir ?

L'Obs - - Débats -

Pas for­cé­ment, parce qu’ils ne concernent pas la même ca­té­go­rie de femmes. Je rap­pelle qu’on se si­tue ici dans une idéo­lo­gie qui voit le monde en noir et blanc : les chiites et les yé­zi­dis ne sont même plus vus comme des hu­mains, et le crime sexuel fait par­tie des règles de la guerre. Si une femme n’existe dans le dji­had que par le ma­riage, quel est le sta­tut des veuves ? Les veuves bé­né­fi cient de l’au­ra de leur ma­ri mar­tyr. Cer­taines sont même en train de de­ve­nir de vé­ri­tables égé­ries du dji­had et peuvent jouer un rôle stra­té­gique et dé­ci­sion­nel im­por­tant. C’est le cas d’Hayat Bou­med­diene, la femme d’Ame­dy Cou­li­ba­ly. Dans l’in­ter­view pu­bliée ré­cem­ment par « Dar al-Is­lam », le ma­ga­zine fran­co­phone de l’EI, elle est pré­sen­tée comme « l’épouse de ce­lui qui a fait trem­bler la France » . Cette mé­dia­ti­sa­tion laisse pré­sa­ger qu’elle pour­ra agir comme fi gure forte pour le re­cru­te­ment et la di usion de l’idéo­lo­gie. Une fi gure d’au­tant plus par­faite qu’elle se­rait même en­ceinte. Mais le grand mo­dèle fé­mi­nin du dji­had, c’est Ma­li­ka el-Aroud, la veuve de l’as­sas­sin du com­man­dant Mas­soud en Af­gha­nis­tan, ac­tuel­le­ment in­car­cé­rée en Bel­gique. Hayat Bou­med­diene pos­sé­dait d’ailleurs le livre de celle-ci dans sa bi­blio­thèque. Que sait-on des en­fants nés ou vi­vant dans l’Etat is­la­mique ? Il n’y a au­cun re­cen­se­ment. Ap­pa­rem­ment, des cer­ti­fi cats de nais­sance se­raient dé­li­vrés par l’EI. Mais quelle est leur va­leur, quelle est la na­tio­na­li­té des en­fants? On a évi­dem­ment beau­coup de sou­ci à se faire vis-à-vis de cette gé­né­ra­tion, sur­tout si on en­vi­sage son re­tour en Oc­ci­dent. L’en­fant de la fa­mille Me­rah qu’on a vu exé­cu­ter un Arabe is­raé­lien sur une vi­déo de pro­pa­gande, quelle pour­ra être sa vie ? Quelles sont les pro­ba­bi­li­tés pour que des femmes passent au com­bat ar­mé ? Stra­té­gi­que­ment par­lant, si les femmes se met­taient à for­mer des ba­taillons en vue d’un com­bat di­rect, ce­la se­rait le signe d’un a ai­blis­se­ment de l’Etat is­la­mique puisque ce­la si­gni­fi erait sans doute qu’il n’y au­rait plus as­sez d’hommes com­bat­tants. En re­vanche, on ne doit pas du tout ex­clure qu’un acte ter­ro­riste en Oc­ci­dent soit bien­tôt com­mis par une femme, et pas for­cé­ment re­ve­nue de Sy­rie. On sait d’ailleurs que des at­ten­tats de ce type ont dé­jà été dé­joués : l’ar­res­ta­tion ré­cente, à New York, de deux Amé­ri­caines se re­ven­di­quant de l’Etat is­la­mique et qui pro­je­taient une at­taque à la bombe en est la preuve. Quel en se­rait le bé­né­fi ce pour les or­ga­ni­sa­tions dji­ha­distes ? Ce­la ren­for­ce­rait en­core da­van­tage le ni­veau d’ani­mo­si­té et de sus­pi­cion en­vers les mu­sul­mans dans la po­pu­la­tion, et il est très vrai­sem­blable que les agres­sions de femmes voi­lées se mul­ti­plie­raient. Au­to­ma­ti­que­ment, ce­la fa­vo­ri­se­rait la ra­di­ca­li­sa­tion de ceux qui étaient en­core tièdes, ain­si que les dé­parts vers la Sy­rie.

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