Vous étiez très proche de Bo­ris Nemt­sov, as­sas­si­né le 27 fé­vrier à Mos­cou. Les mé­dias o ciels disent qu’il a été tué à cause de ses prises de po­si­tion en fa­veur de « Char­lie Heb­do ». Qu’en pen­sez-vous ?

L'Obs - - Grands Formats -

Cette thèse est ri­di­cule. Pour­quoi des ex­tré­mistes is­la­mistes s’en se­raient-ils pris à lui ? Bien sûr, Bo­ris dé­fen­dait la li­ber­té d’ex­pres­sion, mais il n’a ja­mais rien dit contre l’is­lam. Cette pré­ten­due ex­pli­ca­tion est ar­ti­fi­cielle. Les au­to­ri­tés ont d’abord ten­té de faire croire à un com­plot des ser­vices se­crets oc­ci­den­taux ou ukrai­niens. Mais, comme cette ex­pli­ca­tion n’a pas pris dans l’opi­nion pu­blique, ils ont in­ven­té cette his­toire de « Char­lie Heb­do ». Cette ver­sion-là ne convainc pas non plus grand monde, alors ils en testent dé­sor­mais une autre en­core : se­lon le Krem­lin, ce pour­rait être un « meurtre sans mo­bile » ! En fait, le pou­voir dit tout et n’im­porte quoi pour évi­ter de re­con­naître qu’il s’agit bien d’un as­sas­si­nat po­li­tique dont le com­man­di­taire se trouve en Rus­sie. Quelle est dans cette a aire la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle de Vla­di­mir Pou­tine ? A mon avis, il n’en a pas don­né l’ordre. Je pense même que ce meurtre a été un choc pour Pou­tine. Il n’avait pas in­té­rêt à cet as­sas­si­nat. Il cherche à tout prix à évi­ter des troubles in­té­rieurs, il ne veut pas ac­croître la dé­fiance du peuple, en par­ti­cu­lier des classes moyennes, en­vers son ré­gime, qui est beau­coup plus fra­gile qu’on ne le croit. Mais le cli­mat qu’il a ins­tau­ré en Rus­sie, de­puis un an, a créé les condi­tions de cet as­sas­si­nat. De­puis que Bo­ris et moi (et d’autres) avons dé­non­cé l’an­nexion de la Cri­mée, il y a un an, la pro­pa-

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