Cette pho­to vous ins­pire…

L'Obs - - Débats -

Les pho­tos sont par­fois comme des gouttes d’eau dans les­quelles on voit un monde. En re­gar­dant cette image avec at­ten­tion, on a l’im­pres­sion d’une fa­mille pe­tite-bour­geoise sans moyens. Ca­nettes de bière or­di­naire sur la table basse et, au-de­là des ri­deaux, une cré­mone écaillée et une vue bou­chée par un im­meuble mo­derne en vis-à-vis. C’est qu’il n’est pas riche, le Jean-Ma­rie. Il a été dé­pu­té au­tre­fois, mais il a été bat­tu en 1962. On dit qu’il sur­vit en étant chef de pu­bli­ci­té à « Mi­nute » et au « Cra­pouillot », en pu­bliant des dis­cours de Blum, de Mus­so­li­ni et d’Adolf Hit­ler. Il a bien créé un par­ti, le Front na­tio­nal, un ma­chin pa­thé­tique pour nos­tal­giques. Une pe­tite bou­tique sans ave­nir qui lui per­met de grim­per jus­qu’à un mi­sé­rable 0,74% des voix à la pré­si­den­tielle de 1974. Bref, chez les Le Pen, on n’a pas les moyens d’at­ta­cher les chiens avec des sau­cisses. On n’a même pas de chiens, on ne peut pas en­core se per­mettre de nour­rir ces grands gaillards de do­ber­mans qui dé­vo­re­ront une pe­tite chatte ap­par­te­nant à Ma­rine à l’au­tomne 2014. Les en­fants ont in­té­rêt à tra­vailler pour s’en sor­tir. Après la mort du mil­liar­daire Hu­bert Lam­bert, dont Le Pen hé­rite, la fa­mille de­vient mil­liar­daire à son tour… Lam­bert meurt en 1976, il y a me­nace de pro­cès, et la plainte n’est re­ti­rée que fin 1977 – on peut donc dire que Le Pen n’entre en pos­ses­sion de cette for­tune qu’en 1978. A cette époque, l’aî­née, Ma­rieCa­ro­line, est adulte, et Ma­rine a 10 ans. Trop tard pour n’avoir pas jus­qu’à la fin au fond de soi la peur de res­ter sur le car­reau. Il faut être né riche pour avoir le pri­vi­lège de pou­voir faire montre de dé­sin­vol­ture par rap­port à son ave­nir ma­té­riel. Cinq ans plus tard, aux mu­ni­ci­pales de 1983, le FN bous­cule la donne, et la liste de Jean-Pierre Stir­bois gagne même la mai­rie de Dreux. De mi­sé­rable bou­tique, le Front se mue sou­dain en vé­ri­table PME. C’est mer­veilleux de pos­sé­der une PME : tant qu’elle n’est pas en faillite, elle peut four­nir du tra­vail à toute la fa­mille. Ma­rine par ailleurs fait de bonnes études, elle est avo­cate à 24 ans. Mais elle ne fait pas une brillante car­rière et, en 1998, elle entre au ser­vice ju­ri­dique du Front na­tio­nal. Piètre as­cen­sion so­ciale. Heu­reu­se­ment pour elle, la même an­née, tou­jours grâce à cette PME de FN, elle est élue conseillère ré­gio­nale dans le Nord.

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