Avec ou sans l’aide de son grand-père, Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen peut-elle chan­ger le jeu en ren­ver­sant un jour sa tante ?

L'Obs - - Débats -

Bien sûr, d’au­tant que son as­cen­sion a été beau­coup plus ful­gu­rante que celle de Ma­rine Le Pen. Elle a 22 ans quand elle de­vient la plus jeune dé­pu­tée de France de l’his­toire. Avant, elle fré­quen­tait les mi­lieux UMP, elle avait de la sym­pa­thie pour Sar­ko­zy, c’était la mode. C’est une ga­mine, et c’est vrai­ment une au­baine, cette PME fa­mi­liale. Sans le se­cours de l’en­tre­prise de pa­py, elle en se­rait où ? Peut-être au­rait-elle réus­si elle aus­si à de­ve­nir avo­cate ? Elle se­rait en stage chez un vieux grigou qui lui de­man­de­rait sans doute chaque ma­tin de lui ap­por­ter son ca­fé et de don­ner un coup de fer à sa robe les jours de plai­doi­rie. Etre bom­bar­dée dé­pu­tée à 22 ans, c’est pu­re­ment et sim­ple­ment ex­tra­or­di­naire dans nos pays de sexa­gé­naires triom­phants. Ce cô­té as­cen­sion so­ciale, on en fait com­plè­te­ment abs­trac­tion. Comme si les jour­na­listes n’étaient pas contents d’être jour­na­listes, les écri­vains, d’être écri­vains, les po­li­ti­ciens ra­vis d’avoir réus­si à ob­te­nir un poste après avoir lut­té contre vents et ma­rées, plu­tôt que de tra­vailler dur sur un chan­tier, d’avoir une po­si­tion sans pou­voir ni pres­tige. On ou­blie de se de­man­der si en fait de convic­tions po­li­tiques ces hé­ri­tières n’ont pas sur­tout de l’am­bi­tion et ne pra­tiquent pas sim­ple­ment un clien­té­lisme sans ver­gogne. Le FN est un par­ti qui a tou­jours prê­ché l’ex­clu­sion sous une forme ou sous une autre, mais ce n’est pas parce qu’on hé­rite d’une lai­te­rie qu’on aime for­cé­ment les yaourts. Par ailleurs, même si on les dé­teste, on risque la ban­que­route si on es­saie de la trans­for­mer en piz­ze­ria. Alors on se fait une rai­son, on écrème un peu, on aro­ma­tise, et on conti­nue à li­vrer aux clients leur content de pots. Si JeanMa­rie Le Pen n’avait pas in­ven­té le Front na­tio­nal, il est fort pro­bable que ni la tante ni la nièce n’au­raient ja­mais été élues à au­cune élec­tion et qu’elles se sou­cie­raient de po­li­tique comme de co­lin­tam­pon. Voi­là le Front au­jourd’hui, une PME avec le vieux fon­da­teur dé­jà po­li­ti­que­ment mort que la tante et la nièce rêvent d’en­ter­rer vi­vant dans une chambre ca­pi­ton­née afin que nul n’en­tende plus ses in­con­grui­tés d’ago­ni­sant. Qu’est-ce qui fait le suc­cès du FN, no­tam­ment au­près des jeunes ? Pour les gens jeunes, c’est un jeune par­ti, car pour eux c’est Ma­rine qui l’in­carne. Elle leur pro­met l’aug­men­ta­tion du smic, le plein-em­ploi ou peu s’en faut, la fin des agres­sions, dont ils sont en réa­li­té plus sou­vent vic­times que leurs aî­nés, et l’ex­tinc­tion du ter­ro­risme sur tout le ter­ri­toire fran­çais. Elle leur pro­met le pa­ra­dis par la ma­gie de l’os­tra­cisme et du re­plie­ment. D’une fa­çon gé­né­rale, les élec­teurs du FN lui sont re­con­nais­sants de n’avoir ja­mais gou­ver­né, et donc de ne pas traî­ner le bou­let de la res­pon­sa­bi­li­té de la dette, de l’ac­crois­se­ment du chô­mage et de la dé­lin­quance. Un par­ti

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