Dans une autre mis­sive, il s’en prend à ces Il n’est peut-être pas en­car­té, mais il a des convic­tions.

L'Obs - - Débats -

Le Cor­bu­sier semble n’avoir en e et ja­mais pris de carte dans une or­ga­ni­sa­tion po­li­tique. A une époque, cer­tains pré­ten­daient qu’il avait adhé­ré au Fais­ceau, le par­ti de Georges Va­lois, mais nul n’a pu l’éta­blir. Pour ce qui est du pas­sage de cette lettre à Per­ret, il faut exa­mi­ner les rap­ports que l’ar­chi­tecte a eus avec les juifs ré­si­dant en Suisse. Le Cor­bu­sier est né en 1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le can­ton de Neu­châ­tel. De nom­breuses fa­milles juives sont ve­nues s’im­plan­ter dans cette ré­gion au cours de la deuxième moi­tié du siècle. Elles s’in­ves­tissent pour une grande part dans l’in­dus­trie hor­lo­gère, et cer­tains consi­dèrent à l’époque qu’elles ac­ca­parent en quelque sorte ce sec­teur. L’an­ti­sé­mi­tisme dont fait montre Le Cor­bu­sier est plus gé­né­ra­le­ment lié à son époque mais aus­si à son mi­lieu, au mi­lieu lo­cal. Ses pre­miers clients sont sou­vent des juifs, tel Ana­tole Sch­wob, pour qui il construit une villa à La Chaux-de-Fonds en 1918. Il a d’as­sez mau­vais rap­ports avec lui, mais ce sont là des si­tua­tions cou­rantes entre un ar­chi­tecte et son client. Il tra­vaille aus­si pour les en­fants de la fa­mille Di­ti­sheim et pour Ed­mond Meyer, pro­prié­taire d’un théâtre à La Chaux-de-Fonds que Le Cor­bu­sier va trans­for­mer en ci­né­ma. Mais ils res­tent amis dans une cer­taine me­sure puisque, par la suite, quand il lance à Pa­ris ses re­vues « l’Es­prit nou­veau » puis « Plans », on constate que ses prin­ci­paux an­non­ceurs sont ces mêmes hor­lo­gers juifs suisses. L’an­ti­sé­mi­tisme de Le Cor­bu­sier n’a rien à voir avec ce­lui de Maur­ras. En re­vanche, lorsque, de pas­sage à Vi­chy, il écrit à sa mère, en oc­tobre 1940, peu avant la pro­mul­ga­tion des lois an­ti­juives : « Les Juifs passent un sale mo­ment. J’en suis par­fois contrit. Mais il ap­pa­raît que leur soif aveugle de l’ar­gent avait pour­ri le pays », là évi­dem­ment, il n’y a au­cune am­bi­guï­té. Dix ans après son sé­jour de 1907 dans l’ate­lier d’Au­guste Per­ret, Le Cor­bu­sier choi­sit de s’ins­tal­ler à Pa­ris, où il fait la connais­sance d’Amé­dée Ozen­fant. En­semble, ils jettent les bases du pu­risme, un cou­rant ar­tis­tique qui, re­je­tant le cu­bisme, s’at­tache à dé­fendre un art ra­tion­nel, sobre et pur, mar­quant ain­si une forme de re­tour à l’ordre. A cette époque, Le Cor­bu­sier va éta­blir de nou­velles re­la­tions, liées à l’ex­trême droite. Com­ment a-t-il noué ces liens ? Par­mi les col­la­bo­ra­teurs de « l’Es­prit nou­veau », re­vue fon­dée par Le Cor­bu­sier et Ozen­fant en 1920, on trouve Pierre Win­ter. Ce mé­de­cin va se ré­vé­ler un per­son­nage très im­por­tant pour l’ar­chi­tecte; il va de­ve­nir tout à la fois son mé­de­cin per­son­nel et son en­traî­neur spor­tif. De cet homme qui ne s’aime pas, qui se trouve laid, il va faire une sorte d’ath­lète dou­blé d’un na­tu­riste. Il va aus­si l’ai­der à en­trer dans des mondes in­tel­lec­tuels au­jourd’hui un peu ou­bliés qui se sont dé­ve­lop­pés dans le sillage de la pen­sée d’un phi­lo­sophe orien­ta­liste qui avait à l’époque une énorme in­fluence, Re­né Gué­non. Ce pen­seur, an­ti­ra­tio­na­liste et an­ti­ré­pu­bli­cain, hos­tile à l’hé­ri­tage des

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