Broad­way en fo­lie

PAR PE­TER BOG­DA­NO­VICH. CO­MÉ­DIE AMÉ­RI­CAINE, AVEC OWEN WIL­SON, JEN­NI­FER ANISTON, IMO­GEN POOTS (1H33).

L'Obs - - Critiques - PAS­CAL MÉRIGEAU

Puisque ce film est pro­pre­ment ir­ra­con­table, on se sa­tis­fe­ra d’in­di­quer que l’in­trigue est dé­clen­chée par l’in­ter­view don­née par la ve­dette hol­ly­woo­dienne Iz­zy Fin­kel­stein (Imo­gen Poots, pho­to) : elle confesse que, par le pas­sé, elle a ser­vi de « muse » à di­verses per­son­na­li­tés. En vé­ri­té, la belle était hier en­core une call-girl, aux ser­vices de la­quelle fit ap­pel no­tam­ment Ar­nold Pat­ter­son (Owen Wil­son, pho­to), met­teur en scène de suc­cès à Broad­way. Il a su s’y prendre avec elle, comme avec toutes celles qui rem­plissent au­près de lui des fonc­tions iden­tiques, sans par­ler de sa propre épouse. C’est qu’Ar­nold est un beau par­leur, qui sait, d’une for­mule, cham­bou­ler l’âme des dames : « Dans Cen­tral Park, cer­tains aiment don­ner des noi­settes aux écu­reuils. Mais si d’autres aiment don­ner des écu­reuils aux noi­settes, qui suis-je pour leur don­ner tort ? » Tout le monde au­ra re­con­nu la phrase pro­non­cée par Charles Boyer à l’in­ten­tion de Jen­ni­fer Jones dans « Clu­ny Brown », le der­nier film de Lu­bitsch (Cen­tral Park rem­pla­çant Hyde Park). Tout le monde, sauf Iz­zy et toutes celles, nom­breuses, qui ap­prochent ce sé­dui­sant gaillard. Le­quel, au len­de­main d’une nuit d’amour in­ou­bliable, leur de­mande de re­non­cer à la pros­ti­tu­tion. Pour faire quoi? Eh bien, pour faire l’ac­trice, bien sûr ! Voi­là, c’est par­ti, et pen­dant une heure trente ça n’ar­rête guère. Ce qui est pré­fé­rable, car les trous du scé­na­rio se re­marquent moins. Les per­son­nages se bous­culent, les si­tua­tions co­casses viennent en cascade, il y a là en par­ti­cu­lier la psy­cha­na­lyste pro­ba­ble­ment la plus désa­gréable et in­dis­crète au monde (Jen­ni­fer Aniston). Quelques ve­dettes viennent à pas­ser une tête, dont Quen­tin Ta­ran­ti­no, qui n’est pas le moins re­pé­rable. Bog­da­no­vich adore la co­mé­die lou­foque et connaît sur le bout des doigts l’art de ses maîtres, Lu­bitsch, Ca­pra, Hawks et Pres­ton Sturges. Dire qu’il ap­proche le gé­nie de ses mo­dèles, sans doute pas, mais en­fin « She’s Fun­ny That Way » (« Elle est mar­rante comme ça », que le dis­tri­bu­teur fran­çais a « tra­duit » par « Broad­way The­ra­py ») fait son­ger éga­le­ment au Woo­dy Al­len des an­nées 1990. Il y a des ré­fé­rences moins en­ga­geantes. Pro­duit par les deux « stars » du ci­né­ma in­dé­pen­dant amé­ri­cain, Wes An­der­son et Noah Baum­bach (« Frances Ha »), le film a été pré­sen­té à Ve­nise, hors com­pé­ti­tion, deux jours après le « Bird­man » d’Iñárritu, confir­mant ain­si qu’il peut ar­ri­ver que le ci­né­ma et Broad­way fassent bon mé­nage.

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