“La Dame aux ca­mé­lias”, ver­sion Cu­kor

PAR GEORGE CU­KOR, AVEC GRE­TA GAR­BO, RO­BERT TAYLOR, LIO­NEL BAR­RY­MORE (1937, 1H49).

L'Obs - - Critiques - P. M. FRAN­ÇOIS FO­RES­TIER

De la bonne tren­taine d’adap­ta­tions re­cen­sées de « la Dame aux ca­mé­lias », de Du­mas fils, celle-ci est la plus cé­lèbre et la plus éblouis­sante. Et aus­si un des grands films de George Cu­kor. Et le plus beau rôle de Gar­bo (pho­to). Et en­fin, un des exemples les plus ren­ver­sants de la splen­deur d’une pro­duc­tion hol­ly­woo­dienne alors à son zé­nith. Une adap­ta­tion lit­té­raire, mais qui a su dé­bar­ras­ser le texte de ses lour­deurs et de son sen­ti­men­ta­lisme, et ain­si por­ter le mé­lo­drame à la di­men­sion de la tra­gé­die. La Ca­mille de Gar­bo et Cu­kor est certes fol­le­ment éprise d’Ar­mand Du­val (Ro­bert Taylor, pho­to), mais elle est d’abord et sur­tout une femme qui sou re, tor­tu­rée par ses propres dé­mons et par l’in­jus­tice d’un monde qui mul­ti­plie de­vant elle les obs­tacles au bon­heur. Alors, oui, il y a la ma­la­die, mais elle n’est qu’un em­pê­che­ment de plus, et le film n’en fait pas un élé­ment car­di­nal. Alors, oui, Ca­mille est fri­vole, mais cette frivolité est un des ins­tru­ments de son mal­heur. Cu­kor montre ici qu’il est un im­mense ci­néaste, ca­pable de mettre une ma­chine qui tourne à plein ré­gime au ser­vice d’une ré­flexion et d’une vi­sion de la vie très per­son­nelles. Si l’on veut sa­voir ce que fut la per­fec­tion d’un cer­tain ci­né­ma, il faut voir et re­voir « le Ro­man de Mar­gue­rite Gau­tier ».

Les états d’âme d’un pi­lote de drone: le gars (Ethan Hawke, pho­to avec Ja­nua­ry Jones) est de­vant son écran aux Etats-Unis, ap­puie sur un bou­ton, fait un « good kill» quelque part au Moyen-Orient, puis rentre chez lui. La guerre est-elle un jeu vi­déo? Com­battre sans contact avec l’en­ne­mi, est-ce com­battre? Où est l’hon­neur, là-de­dans? L’hu­main cède-t-il la place de­vant les ma­chines? Toutes ques­tions abor­dées avec zèle par An­drew Nic­col, réa­li­sa­teur un peu froid, mais bien in­ten­tion­né (« Gat­ta­ca», « Lord of War»). Il est dif­fi­cile de tra­duire le drame d’un type de­vant un écran vi­déo, et, mal­gré la force du su­jet, le film hé­site entre le prêche et le spec­tacle. C’est dom­mage: Nic­col a au­tre­fois écrit le scé­na­rio de « The Tru­man Show», de Pe­ter Weir, et c’était for­mi­dable. Pas­sé der­rière la ca­mé­ra, il lui manque quelque chose. Un peu de ly­risme, peut-être?

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