Un in­quié­tant la­bo pour l’Ara­bie saou­dite

L’Ins­ti­tut Pas­teur en­vi­sage d’ai­der Riyad à se do­ter d’un la­bo­ra­toire bio­lo­gique de haute sé­cu­ri­té. De hauts res­pon­sables re­doutent que, pour faire plai­sir à son nou­vel ami saou­dien, le gou­ver­ne­ment fran­çais ne laisse faire et ne prenne là un risque in­con

L'Obs - - La Une - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À RIYAD VINCENT JAUVERT

C ’est une af­faire de grande po­li­tique et de pe­tit vi­rus – une af­faire que l’on peut ré­su­mer à une ques­tion: pour faire plai­sir aux princes saou­diens qu’elle cour­tise as­si­dû­ment, la France vat-elle trop loin? Tout com­mence en 2012 quand une épi­dé­mie de co­ro­na­vi­rus Mers (une pneu­mo­pa­thie mor­telle pro­pa­gée, semble-t-il, par de jeunes cha­meaux) se dé­clenche en Ara­bie saou­dite. To­ta­le­ment dé­mu­ni face à cette crise qui a fait plus de quatre cents morts à ce jour, Riyad de­mande de l’aide à plu­sieurs or­ga­nismes oc­ci­den­taux spé­cia­li­sés. Le royaume, qui a une struc­ture sa­ni­taire bal­bu­tiante, veut griller les étapes. Alors que son ni­veau tech­no­lo­gique est bas, il en­tend se do­ter très vite d’un la­bo­ra­toire bio­lo­gique de haute sé­cu­ri­té, « P3 » ou « P4 » dans le jar­gon – un ou­til qui, s’il est mal gé­ré ou tombe en de mau­vaises mains, peut se ré­vé­ler par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux. Les Saou­diens vou­draient ins­tal­ler une telle struc­ture (no­tons qu’il y a très peu de P4 dans le monde) entre La Mecque et Djed­dah, sur le cir­cuit qu’em­pruntent, chaque an­née, des mil­lions de pè­le­rins ve­nus du monde en­tier. L’ob­jec­tif est double: être ca­pable d’ana­ly­ser tous les vi­rus qui pour­raient me­na­cer le Hadj et, ain­si, prou­ver à la com­mu­nau­té mu­sul­mane que le roi as­sume plei­ne­ment son rôle

pres­ti­gieux de gar­dien des lieux saints – et ce­la au mo­ment cru­cial où l’Ara­bie et l’Iran se dis­putent le lea­der­ship po­li­tique au Moyen-Orient.

Seule­ment voi­là : les la­bos en ques­tion ne sont pas des of­fi­cines ano­dines. On y ma­ni­pule, pu­ri­fie et éven­tuel­le­ment mo­di­fie des agents mor­tels et sou­vent très conta­gieux, contre les­quels on ne connaît au­cun trai­te­ment, tels l’an­thrax, la peste, le Sras et même le vi­rus Ebo­la pour le P4 (le ni­veau de sé­cu­ri­té le plus éle­vé). Ces uni­tés ul­tra­sé­cu­ri­sées, dont cer­taines sont po­sées sur des pla­te­formes an­ti­sis­miques, sont conçues pour évi­ter tout re­lâ­che­ment de par­ti­cules pa­tho­gènes dans l’at­mo­sphère. Elles dis­posent d’un sys­tème de ven­ti­la­tion qui filtre les par­ti­cules in­fi­ni­ment pe­tites, de taille jus­qu’à trente fois in­fé­rieure à celle d’une cel­lule hu­maine. Les cher­cheurs y tra­vaillent en com­bi­nai­son, par­fois en sca­phandre. Ils pé­nètrent dans les la­bos pro­pre­ment dits par plu­sieurs sas de sé­cu­ri­té. Les vi­rus qu’ils ma­ni­pulent sont sto­ckés dans des cuves d’azote li­quide dont l’ou­ver­ture n’est, en France, au­to­ri­sée qu’après iden­ti­fi­ca­tion élec­tro­nique des cher­cheurs. Tout dé­chet doit être dé­truit à l’in­té­rieur du la­bo, dans du phé­nol, puis brû­lé dans des au­to­claves. A leur sor­tie, les cher­cheurs prennent des douches chi­miques pen­dant vingt mi­nutes. Si l’une de ces règles n’est pas res­pec­tée, on risque une ca­tas­trophe. Un tel ac­ci­dent s’est pro­duit en avril 1979, en Union so­vié­tique. Dans un la­bo­ra­toire mi­li­taire à Sverd­lovsk (au­jourd’hui Eka­te­rin­bourg), des spores d’an­thrax ont été re­lâ­chées dans l’at­mo­sphère à cause d’un pro­blème de filtre mal ré­glé. Ce « Tcher­no­byl bio­lo­gique », comme disent les spé­cia­listes, a tué au moins cent per­sonnes (le chiffre exact est te­nu se­cret par les ser­vices russes).

Pour se do­ter de tels la­bos, le mi­nis­tère saou­dien de la San­té s’est d’abord tour­né vers l’al­lié na­tu­rel, le grand pro­tec­teur de la pé­nin­sule: les Etats-Unis. Mais Wa­shing­ton re­fuse son aide. Riyad s’adresse alors à l’Ins­ti­tut Pas­teur. Des né­go­cia­tions dis­crètes s’en­gagent. Les au­to­ri­tés fran­çaises, qui cherchent à trans­for­mer leur ré­cente lune de miel di­plo­ma­tique avec la riche Ara­bie en contrats son­nants et tré­bu­chants, fa­vo­risent ces pour­par­lers en­core confi­den­tiels, dont elles ne connaissent pas for­cé­ment tous les dé­tails. Ces dis­cus­sions s’ac­cé­lé­re­ront lors de la vi­site de Laurent Fa­bius à Riyad le 12 avril der­nier. Mais cer­tains, à Pas­teur comme au sein de l’ad­mi­nis­tra­tion, se de­mandent s’il est bien sage de pour­suivre plus avant, de four­nir ef­fec­ti­ve­ment un tel sa­voir-faire à un tel Etat.

Les dis­cus­sions entre Pas­teur et Riyad ont dé­bu­té en 2013, au mo­ment pré­cis – et ce n’est pas un ha­sard – où la France de­ve­nait le meilleur al­lié di­plo­ma­tique de Riyad. Dès son ar­ri­vée au pou­voir, Fran­çois Hol­lande a dé­ci­dé de cour­ti­ser l’Ara­bie saou­dite, bou­dée par son pré­dé­ces­seur au pro­fit du Qa­tar. Il y a fait sa pre­mière vi­site dans un pays arabe. Cette al­liance de fait s’est cris­tal­li­sée en au­tomne 2013, quand les ob­jec­tifs stra­té­giques des deux pays se sont mis à conver­ger sur plu­sieurs fronts. En Sy­rie d’abord. Après qu’As­sad, la bête noire des Saoud, a uti­li­sé des armes chi­miques contre sa po­pu­la­tion, la France et l’Ara­bie étaient prêtes à bom­bar­der des installations sy­riennes. Mais l’opé­ra­tion est an­nu­lée au der­nier mo­ment, le 31 août, quand Ba­rack Oba­ma, le grand or­don­na­teur des frappes, y re­nonce. Fran­çais et Saou­diens pestent de concert contre Wa­shing­ton. Quelques se­maines plus tard, à Ge­nève, Laurent Fa­bius fait mon­ter en­core la cote de la France à Riyad en s’op­po­sant pu­bli­que­ment à un ac­cord ira­no-amé­ri­cain sur le nu­cléaire ju­gé trop fa­vo­rable à Té­hé­ran. Beau­coup ont vu dans cet es­clandre la vo­lon­té de sé­duire les princes saou­diens, ter­ro­ri­sés par la mon­tée en puis­sance de l’en­ne­mi perse. Quoi qu’il en soit, c’est à ce mo­ment-là, à l’au­tomne 2013, que Pas­teur et Riyad se rap­prochent dis­crè­te­ment.

“AC­CORD DE CO­OPÉ­RA­TION”

Les dis­cus­sions sont prises en main par le nou­veau di­rec­teur gé­né­ral de Pas­teur, Ch­ris­tian Bré­chot, que l’on dit en très bons termes avec Fran­çois Hol­lande (la fille aî­née du chef de l’Etat, Clémence, ter­mine son doc­to­rat de mé­de­cine dans un la­bo de Pas­teur). En no­vembre 2013, Bré­chot re­çoit le mi­nistre saou­dien de la San­té à Pa­ris. Ils signent un « ac­cord de co­opé­ra­tion » gé­né­ral. C’est un pre­mier geste. Entre Pa­ris et Riyad, l’heure est aux ac­co­lades. Fin dé­cembre, Hol­lande est re­çu en vi­site d’Etat à Riyad. Le roi est par­ti­cu­liè­re­ment ai­mable: il se dit prêt à in­ves­tir 15 mil­liards de dol­lars dans une éco­no­mie fran­çaise en crise (ar­gent dont per­sonne n’a en­core vu la cou­leur…); il ac­cepte aus­si de fi­nan­cer l’achat par le Li­ban d’armes fran­çaises à hau­teur de 3mil­liards d’eu­ros – ce qui au­ra bien lieu. Quel ca­deau la France peut-elle faire en re­tour?

En avril 2014, une dé­lé­ga­tion saou­dienne re­vient à Pas­teur. Dans le cadre de l’ac­cord si­gné quelques mois avant, elle dit vou­loir mon­ter un la­bo­ra­toire de haute sé­cu­ri­té près de La Mecque. Ch­ris­tian Bré­chot ac­cepte de lui vendre non pas le bâ­ti­ment mais l’ex­per­tise de

Pas­teur en la ma­tière. Il re­met aux Saou­diens une pro­po­si­tion confi­den­tielle in­ti­tu­lée « A bold part­ner­ship for the fu­ture » (« Un par­te­na­riat au­da­cieux pour le fu­tur ») que « l’Obs » a pu se pro­cu­rer. Pas­teur y pro­pose d’ai­der Riyad « au développement de la­bo­ra­toires P3 et

P4 » afin que les cher­cheurs saou­diens puissent « étu­dier une sé­rie ex­trê­me­ment vaste de pa­tho­gènes ». Le do­cu­ment vante les mé­rites du par­te­na­riat de Pas­teur avec le seul la­bo­ra­toire P4 ci­vil fran­çais, Jean-Mé­rieux à Lyon (la France dis­pose d’un se­cond P4 qui dé­pend de la DGA – Di­rec­tion gé­né­rale de l’Ar­me­ment). L’ar­chi­tecte se­rait d’ailleurs Tour­ret et Jo­ne­ry, un ca­bi­net spé­cia­li­sé, ba­sé à Lyon, qui a par­ti­ci­pé à la construction du P4 Mé­rieux et avec le­quel l’Ins­ti­tut Mé­rieux conti­nue de tra­vailler très ré­gu­liè­re­ment (re­mar­quons qu’avant d’être élu à la tête de Pas­teur, Ch­ris­tian Bré­chot était jus­te­ment vice-pré­sident de l’Ins­ti­tut Mé­rieux).

Le pro­jet to­tal, qui s’étale sur quatre ans, se­rait fac­tu­ré 95 mil­lions d’eu­ros. Il ne s’agi­rait pas de la créa­tion d’un Ins­ti­tut Pas­teur en Ara­bie in­dé­pen­dant (Riyad n’en veut pas), mais d’une joint-ven­ture fran­co-saou­dienne à la­quelle se­rait cé­dé le sa­voir-faire fran­çais. Si l’opé­ra­tion se réa­lise, ce se­rait une pre­mière. L’Ins­ti­tut est une fon­da­tion à but non lu­cra­tif, qui vit es­sen­tiel­le­ment des sub­sides de l’Etat et de la gé­né­ro­si­té du pu­blic. Elle ne peut pas fac­tu­rer des pres­ta­tions. Il fau­drait donc trou­ver une as­tuce ju­ri­dique. Se­lon plu­sieurs sources, Ber­cy a été sai­si ré­cem­ment.

Le pro­jet in­quiète plu­sieurs cadres et cer­tains ad­mi­nis­tra­teurs de l’Ins­ti­tut. Ils consi­dèrent que Pas­teur n’a pas vo­ca­tion à faire du pro­fit. Ils voient sur­tout d’un très mau­vais oeil le trans­fert aux Saou­diens d’une ex­per­tise ul­tra­sen­sible. « Il s’agit de les ai­der à mon­ter des P3 voire un P4, qu’ils gé­re­raient en­suite eux-mêmes avec notre aide, dit une source au fait du dos­sier. Se­ront-ils vrai­ment ca­pables d’en as­su­rer la main­te­nance et d’ap­pli­quer toutes

les pro­cé­dures de sé­cu­ri­té? » Cette source rap­pelle qu’il y a un an Pas­teur lui-même a per­du 230 tubes de frag­ments de vi­rus du Sras, heu­reu­se­ment in­ac­ti­vé.

RISQUE TER­RO­RISTE

Un of­fi­ciel fran­çais, éga­le­ment hos­tile au pro­jet, rap­pelle, lui, que l’Ara­bie est une dic­ta­ture moyen­âgeuse où la li­ber­té d’ex­pres­sion n’existe pas (même pas dans les textes de loi), et où il est ex­pli­ci­te­ment in­ter­dit de

cri­ti­quer le gou­ver­ne­ment. « Qui va oser don­ner l’alerte s’il y a un pro­blème? de­mande-t-il. En France, les ul­tra­cen­tri­fu­geuses et les au­to­claves de ces la­bos sont vé­ri­fiés ré­gu­liè­re­ment par une au­to­ri­té in­dé­pen­dante. Pen­sez­vous qu’un tel or­ga­nisme au­to­nome puisse fonc­tion­ner li­bre­ment en Ara­bie saou­dite? »

Et puis, il y a évi­dem­ment le risque ter­ro­riste que l’on ne peut né­gli­ger au pays du wah­ha­bisme, des ter­ro­ristes du 11-Sep­tembre et de Ben La­den (pour l’anec­dote, l’avo­cat saou­dien dans cette af­faire est un cer­tain Mohammed Ben La­den, co­pré­sident du conseil d’af­faires fran­co-saou­dien, qui a tou­jours désa­voué son oncle ter­ro­riste de fa­çon non équi­voque). D’après les chiffres of­fi­ciels four­nis par Riyad (que beau­coup consi­dèrent comme lar­ge­ment sous-es­ti­més), 2224res­sor­tis­sants saou­diens sont par­tis com­battre à l’étran­ger à l’ap­pel de ces nom­breux prê­cheurs qui, en Ara­bie saou­dite, conti­nuent d’ap­pe­ler au dji­had. 645 (au moins) sont re­ve­nus. Ré­cem­ment, des at­ten­tats at­tri­bués à AlQai­da ont été per­pé­trés dans le royaume, no­tam­ment en no­vembre der­nier. « Imaginez qu’un groupe ter­ro­riste prenne un la­bo avec ses souches vi­rales! » dit un of­fi­ciel. En­fin, se­lon un autre ex­pert, on ne peut to­ta­le­ment ex­clure que l’Ara­bie saou­dite dé­cide, un jour, d’uti­li­ser ces la­bos pour ten­ter de mettre au point des « pa­tho­gènes à vi­sée of­fen­sive », au­tre­ment dit pour pré­pa­rer une guerre bio­lo­gique – contre l’Iran, no­tam­ment.

Se­lon les par­ti­sans du pro­jet, ces craintes sont sans fon­de­ment ou, tout au moins, exa­gé­rées. « En Ara­bie saou­dite, deux ins­ti­tu­tions fonc­tionnent très bien : la com­pa­gnie pé­tro­lière Aram­co et le mi­nis­tère de l’In­té­rieur, dit

un di­plo­mate qui connaît le dos­sier. Les ser­vices de sé­cu­ri­té saou­diens sau­ront pro­té­ger un tel la­bo d’une in­tru­sion ter­ro­riste. Et puis, ja­mais les princes ne pren­dront le risque de se lan­cer dans une guerre bac­té­rio­lo­gique. Ce se­rait un sui­cide! » La même source ajoute: « Je pré­fère que ce soient des in­gé­nieurs fran­çais com­pé­tents qui ins­tallent ces la­bos plu­tôt que des Pa­kis­ta­nais, qui ont quelques connais­sances en la ma­tière mais aux­quels on ne peut faire confiance. » Un autre of­fi­ciel fran­çais, par­ti­san du pro­jet mais in­quiet des risques, pro­pose une

so­lu­tion: « Etant don­né sa si­tua­tion géo­gra­phique, la pé­nin­sule est ex­po­sée aux risques d’épi­dé­mie. Elle a donc be­soin d’un centre de re­cherches bac­té­rio­lo­giques de très haut ni­veau. Mais pour­quoi ne pas ins­tal­ler les la­bos sur un ter­ri­toire moins ris­qué: les Emi­rats arabes unis, par exemple, où les Fran­çais contrôlent mieux la si­tua­tion et où les ser­vices de sé­cu­ri­té sont tout aus­si ef­fi­caces… »

Mais Ch­ris­tian Bré­chot tient à l’Ara­bie saou­dite, avec la­quelle les dis­cus­sions ont bien avan­cé et qui est très de­man­deuse. Pour faire taire les cri­tiques in­ternes, il veut, à l’été 2014, avoir, par écrit, l’aval des plus hautes au­to­ri­tés. Il n’ob­tient le sé­same que quatre jours avant la vi­site of­fi­cielle du prince hé­ri­tier Sal­mane (ce­lui-là même qui de­vien­dra roi à la mort de son frère dé­but 2015) à Pa­ris. Le 27 août, Oli­vier Lyon-Caen, conseiller san­té de Fran­çois Hol­lande, adresse à Ch­ris­tian Bré­chot un e-mail, avec co­pie au sher­pa du pré­sident. Il lui écrit que le se­cré­taire gé­né­ral de l’Ely­sée, Jean-Pierre Jouyet (qui a été pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Pas­teur de 2011 à 2013), confirme « le sou­tien à l’ac­cord entre l’Ins­ti­tut Pas­teur et le mi­nis­tère de la San­té d’Ara­bie saou­dite dans la perspective du développement d’un centre de sur­veillance de ma­la­dies in­fec­tieuses ». Mais ce feu vert ély­séen ne sa­tis­fait pas plu­sieurs cadres et ad­mi­nis­tra­teurs de Pas­teur. Se­lon eux, cette simple au­to­ri­sa­tion po­li­tique n’est pas suf­fi­sante. Dans une mis­sive à Ch­ris­tian Bré­chot, ils notent que dans l’e-mail de Lyon-Caen il n’est pas fait spé­ci­fi­que­ment ré­fé­rence aux « tech­no­lo­gies sen­sibles » en ques­tion. Se­lon eux, sans une au­to­ri­sa­tion claire des au­to­ri­tés à ce su­jet, Pas­teur ne peut donc pas al­ler plus loin. A en croire l’Ely­sée au­jourd’hui,

ils n’ont pas tort. La pré­si­dence as­sure, en ef­fet, à « l’Obs » que, dans son sou­tien du 27 août 2014, il n’était « pas ques­tion de l’ins­tal­la­tion d’un la­bo­ra­toire P3 ou P4 ».

Ch­ris­tian Bré­chot dé­cide pour­tant d’avan­cer. Le 2 sep­tembre, il signe avec le mi­nistre de la San­té saou­dien, qui par­ti­cipe à la vi­site of­fi­cielle du fu­tur roi, un « Me­mo­ran­dum of Un­ders­tan­ding » des­ti­né à fixer un cadre aux né­go­cia­tions. Dans ce do­cu­ment « stric­te­ment con­fi­den­tiel », dont « l’Obs » s’est pro­cu­ré une co­pie, il est ques­tion de la créa­tion d’un « la­bo­ra­toire na­tio­nal de ré­fé­rence » de « pre­mière classe ». Pour les spé­cia­listes, il est im­pli­cite que ce type de struc­ture doit être équi­pé d’un la­bo au moins P3. En oc­tobre, Pas­teur pro­pose un contrat com­mer­cial pré­cis. Mais le mi­nistre saou­dien de la San­té est dé­mis et le roi meurt. Les dis­cus­sions s’ar­rêtent.

“RIEN N’EST FAIT”

Elles re­prennent le 12 avril lors de la vi­site de Laurent Fa­bius à Riyad. Le chef de la di­plo­ma­tie fran­çaise, qui ap­porte le sou­tien de Pa­ris à l’opé­ra­tion saou­dienne au Yé­men, est re­çu comme un chef d’Etat. Il rencontre tous les hauts di­gni­taires du royaume, y com­pris le sou­ve­rain. Deux per­son­na­li­tés fran­çaises, qui connaissent bien le pro­jet de Ch­ris­tian Bré­chot, l’ac­com­pagnent : un spé­cia­liste des ques­tions de san­té pu­blique, le se­cré­taire d’Etat aux Re­la­tions avec le Par­le­ment, JeanMa­rie Le Guen; et un fi­nan­cier, Lio­nel Zin­sou, ami in­time de Laurent Fa­bius et ad­mi­nis­tra­teur de Pas­teur. Ces deux hommes confirment à « l’Obs » que Pas­teur est bien au me­nu des dis­cus­sions. Sur quoi portent exac­te­ment ces pour­par­lers ? Jean-Ma­rie Le Guen parle d’un « sys­tème épi­dé­mio­lo­gique ». Lio­nel Zin­sou évoque « un la­bo­ra­toire de haute sé­cu­ri­té », sans pré­ci­ser. Il dit aus­si que le pro­blème ju­ri­dique de Pas­teur est en passe d’être ré­glé par Ber­cy.

Très em­bar­ras­sé, Ch­ris­tian Bré­chot ex­plique à « l’Obs » qu’ef­fec­ti­ve­ment Pas­teur a re­pris en fé­vrier des dis­cus­sions avec Riyad en vue, no­tam­ment, de la créa­tion de « quelques P3 » en Ara­bie saou­dite, à la­quelle, dit-il, « nous ap­por­te­rons notre ex­per­tise » contre une « com­pen­sa­tion fi­nan­cière ». Il pré­cise qu’« il n’y a pas de pro­jet de P4, pour l’ins­tant ». Dans le do­cu­ment con­fi­den­tiel in­ti­tu­lé « Un par­te­na­riat au­da­cieux pour le fu­tur », il est bien ques­tion de P4, ad­met-il, mais il as­sure que cette idée a été aban­don­née après consul­ta­tion, fin 2014, des au­to­ri­tés com­pé­tentes, la DGA et le SGDSN (Se­cré­ta­riat gé­né­ral de la Dé­fense et de la Sé­cu­ri­té nationale). Ch­ris­tian Bré­chot pré­cise en­fin qu’un éven­tuel ac­cord de­vra, pour en­trer en vi­gueur, re­ce­voir l’aval dé­fi­ni­tif des au­to­ri­tés fran­çaises et du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Pas­teur, dont cer­tains membres ont, re­con­naît-il, ef­fec­ti­ve­ment mar­qué « leur inquiétude concer­nant la sé­cu­ri­té » de tels la­bos en Ara­bie saou­dite. Avant le dé­part de la dé­lé­ga­tion fran­çaise de Riyad, « l’Obs » a in­ter­ro­gé Laurent Fa­bius sur les pour­par­lers entre Pas­teur et Riyad. Il n’a pas li­vré de dé­tails. Il a seule­ment ré­pon­du : « Le Guen m’en a par­lé, mais rien n’est si­gné, rien n’est fait. » Il a ajou­té: « Je vais étu­dier ce­la de près. » Comme s’il sen­tait que, dans cette af­faire, la France ris­quait d’al­ler trop loin.

Le pré­sident Fran­çois Hol­lande vi­site le châ­teau Al-Mas­mak, à Riyad, en dé­cembre 2013.

En vi­site of­fi­cielle en Ara­bie saou­dite, le 12 avril 2015, le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Laurent Fa­bius, serre la main au roi Sal­mane Ben Ab­de­la­ziz al-Saoud.

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