L’UMP, la Ré­pu­blique et les tar­tuffes

L'Obs - - L’opinion - MAT­THIEU CROISSANDEAU M. C.

De quoi la droite est-elle le nom ? C’est la ques­tion qui agite les té­nors de l’UMP à la veille de re­bap­ti­ser leur par­ti. On connaît cette grosse fi­celle de com­mu­ni­ca­tion : chan­ger la marque pour chan­ger l’image ou la ré­pu­ta­tion, c’est ce que fit le Cré­dit lyon­nais après ses dé­boires financiers ou Andersen après l’af­faire En­ron. Ecla­bous­sée par les scan­dales, l’UMP a grand be­soin d’un ra­va­le­ment de fa­çade. Son nou­veau pré­sident a donc dé­ci­dé de la re­peindre du sol au pla­fond et je­té son dé­vo­lu sur une nou­velle ap­pel­la­tion : « les Ré­pu­bli­cains ». On re­con­naît là l’ha­bi­le­té de l’an­cien chef de l’Etat qui es­saie tout à la fois de pui­ser ses ré­fé­rences aux ra­cines du gaul­lisme, de s’in­vi­ter sur un ter­rain de plus en plus convoi­té par le FN à la sauce Ma­rine et d’adres­ser du même coup un clin d’oeil ap­puyé à ses cou­sins conser­va­teurs et li­bé­raux dé­com­plexés d’outre-At­lan­tique.

Cette opé­ra­tion mar­ke­ting pour­rait faire sou­rire si elle ne po­sait pas un pro­blème de fond. N’en dé­plaise à Ni­co­las Sar­ko­zy, la Ré­pu­blique n’est pas une rai­son so­ciale. Elle dé­signe au sens propre du terme la chose pu­blique dans sa réa­li­té, c’est-à-dire le bien com­mun, comme dans son idéal, c’est-à-dire l’in­té­rêt gé­né­ral. En re­ven­di­quer l’exclusivité se­rait opé­rer « une

in­digne cap­ta­tion d’hé­ri­tage », comme l’a

très jus­te­ment dé­non­cé l’his­to­rien JeanNoël Jean­ne­ney. Car le mes­sage im­pli­cite d’une telle ap­pel­la­tion re­vient à ren­voyer tous les autres par­tis sans dis­tinc­tion aux marges. Or la Ré­pu­blique n’est évi­dem­ment ni de droite ni de gauche. Elle est le ré­gime po­li­tique qui per­met à tous les par­tis qui la re­con­naissent de se confron­ter dans le dé­bat pu­blic. Sou­cieux de se dé­mar­quer de son ri­val, Alain Jup­pé l’a d’ailleurs re­con­nu lui­même : il y a des ré­pu­bli­cains par­tout et pas seule­ment à l’UMP.

Ni­co­las Sar­ko­zy sait pour­tant par­fai­te­ment ce qu’il fait. Il le théo­rise même de­vant ses troupes, mee­ting après mee­ting.

« La gauche, ils sont d’abord so­cia­listes, et en­suite ré­pu­bli­cains. Nous, nous sommes d’abord ré­pu­bli­cains, puis gaul­listes, li­bé­raux, cen­tristes, ra­di­caux… », a-t-il ain­si dé­cla­ré la se­maine der­nière chez son grand ami… Ch­ris­tian Es­tro­si, le maire de Nice. Iro­nie du sort, ce même Es­tro­si lui a adres­sé mal­gré lui un fla­grant dé­men­ti quelques jours plus tard en em­prun­tant sans rou­gir une scan­da­leuse et dé­li­rante rhé­to­rique d’ex­trême droite, bien peu ré­pu­bli­caine celle-là. A lui, comme aux autres qui consi­dèrent que « la carte d’iden­ti­té ne fait pas un Fran­çais », on se­rait ten­té de ré­pondre que la carte de l’UMP ne fait pas un ré­pu­bli­cain. Mais qu’elle peut sans pro­blème faire un tar­tuffe !

N’en dé­plaise à Ni­co­las Sar­ko­zy, la Ré­pu­blique n’est pas une rai­son so­ciale.

Elle dé­signe au sens propre du terme la chose pu­blique dans sa réa­li­té, c’est-à-dire le bien com­mun, comme dans son idéal, c’est-à-dire l’in­té­rêt gé­né­ral.

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