Del­phine Er­notte

La pa­tronne de France Té­lé­vi­sions est une nou­velle ve­nue dans l’au­dio­vi­suel. Mais sa car­rière chez Orange et un ré­seau ac­tif lui ont per­mis de dé­cro­cher le job

L'Obs - - 10 Choses À Savoir Sur… - VÉ­RO­NIQUE GROUS­SARD ET CLAUDE SOU­LA

1

IN EX­TRE­MIS C’est une élec­tion qui s’est faite dans la dou­leur, au bout de trois votes. Après l’au­di­tion de sept can­di­dats, les voix étaient ré­par­ties à 50-50 entre Pas­cal Jo­sèphe et Del­phine Er­notte. Les deux fi­na­listes ont donc été ré­en­ten­dus, cha­cun pen­dant une heure et de­mie, soumis à un feu rou­lant de ques­tions. Del­phine Er­notte avait dans la poche Oli­vier Schra­meck, pré­sident du CSA, et Syl­vie Pierre-Bros­so­lette, char­gée de la té­lé­vi­sion pu­blique. Mais il a fal­lu qu’une sage bas­cule pour qu’elle l’em­porte.

2

CV Cette fille de mé­de­cins, qui se rê­vait ar­chéo­logue, est de­ve­nue in­gé­nieur, cen­tra­lienne. Son âge – 48 ans- a joué en sa fa­veur : les sages cher­chaient un can­di­dat as­sez jeune pour en­chaî­ner deux man­dats. Et ils n’étaient pas fâ­chés de nom­mer la pre­mière femme à ce poste.

3

CULTURE Ma­riée à un acteur de théâtre, Marc Er­notte, elle l’a dé­jà mis en scène. Elle-même écri­vait des pièces du­rant ses jeunes an­nées. Del­phine Er­notte siège au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du lieu cultu­rel pa­ri­sien le Cent Quatre (pho­to). Et pré­side – nom­mée par Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti – ce­lui de l’Ecole nationale de Pho­to­gra­phie d’Arles.

4

EN­TOU­RAGE Proche de Fleur Pellerin avec qui elle va né­go­cier son contrat d’ob­jec­tifs et de moyens, elle connaît bien aus­si Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem. Sa soeur, MarieChristine Le­mar­de­ley, an­cienne pré­si­dente de Pa­ris-III, est ad­jointe d’Anne Hi­dal­go, en charge de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. En prime, Del­phine Er­notte a tra­vaillé chez Orange avec Christine Al­ba­nel, an­cienne mi­nistre de la Culture de Sar­ko­zy.

5

RÉ­SEAU Cô­té lob­bying, Del­phine Er­notte a fait ap­pel à des proches ou à des re­la­tions d’Oli­vier Schra­meck. A com­men­cer par De­nis Pin­gaud, l’homme qui, dé­jà, avait pi­lo­té, la cam­pagne de Ma­thieu Gal­let pour Ra­dio-France. L’ont e ca­ce­ment ap­puyée, aus­si, Xa­vier Cou­ture, an­cien PDG de Ca­nal+, et Da­vid Kess­ler, qui fai­sait par­tie de l’équipe Schra­meck à Ma­ti­gnon et a re­joint Orange après avoir été conseiller de Hol­lande à l’Ely­sée.

6

DÉ­MEN­TI Del­phine Er­notte a dû pré­ci­ser à ses amis qu’elle ne connais­sait pas Pas­cal Hou­ze­lot, homme d’in­fluence, proche d’Oli­vier Schra­meck, de Sté­phane Ri­chard et de Xa­vier Cou­ture : le fon­da­teur de Pink TV est très contes­té de­puis qu’il a ven­du sa chaîne Numéro 23. Son nom est même de­ve­nu ra­dio­ac­tif au­près de cer­tains sages du CSA.

7

GES­TION DE CRISE Elle est en­trée à 23 ans chez France Té­lé­com et a vé­cu toute la mutation vers Orange. Une ex­pé­rience qu’elle a mise en avant dans son pro­jet : « France Té­lé­vi­sions tra­verse au­jourd’hui des di cultés si­mi­laires [à Orange, NDLR], so­ciales et ma­na­gé­riales […]. Ce sont des di cultés que j’ai dé­jà ap­pré­hen­dées et que je sais pou­voir dé­pas­ser. »

8

FI­DÉ­LI­TÉ Le PDG d’Orange, Sté­phane Ri­chard (pho­to), a sou­te­nu Del­phine Er­notte, son numéro deux, dans son pro­jet parce qu’il de­ve­nait évident qu’elle ne pour­rait pas lui suc­cé­der avant long­temps. En outre, elle l’avait cri­ti­qué ou­ver­te­ment, il y a deux ans, quand il avait été mis en exa­men dans l’a aire Ta­pie. Cu­rieu­se­ment, elle n’a ja­mais ren­du pu­blique sa can­di­da­ture et a pré­sen­té, comme si de rien n’était, le plan stra­té­gique quin­quen­nal d’Orange, le 17 mars der­nier.

9

SUI­CIDES

« Vous sa­vez que j’ai tué tout Orange ? » : ain­si s’est-elle par­fois pré­sen­tée avec hu­mour, du­rant cette cam­pagne, à de nou­veaux in­ter­lo­cu­teurs. Ses dé­trac­teurs ont cher­ché à lui sa­von­ner la planche en l’as­so­ciant à la vague de sui­cides d’Orange. A l’époque, elle fai­sait alors bien par­tie du co­mex, le co­mi­té de di­rec­tion : « Tout le monde a obéi aux ordres, elle comme les autres. Pas un n’a dit : “Ça su t” », ana­lyse un an­cien cadre. Mais elle n’a pas été mise en exa­men dans le dos­sier. Un syn­di­ca­liste re­con­naît qu’elle est de ceux qui, en­suite, ont re­con­nu leurs torts et ten­té de chan­ger les choses.

10

SEXISME Del­phine Er­notte a im­po­sé de l’in­té­rieur un chan­ge­ment des men­ta­li­tés chez Orange : elle sanc­tion­nait d’une amende toute re­marque sexiste en co­mi­té de di­rec­tion et a im­po­sé la pa­ri­té dans les re­cru­te­ments. Elle a an­non­cé la même règle pour France Té­lé­vi­sions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.