Home sweet Homes

PAR A. M. HOMES, TRA­DUIT PAR YOANN GEN­TRIC, ACTES SUD, 590 P., 24 EU­ROS (EN LI­BRAI­RIES LE 6 MAI).

L'Obs - - Critiques - DI­DIER JA­COB

C’est Thanks­gi­ving chez les Sil­ver. Comme d’ha­bi­tude, George, un par­ve­nu de la té­lé, pé­rore tan­dis que Jane, sa femme, fait la vais­selle. C’est en la voyant ré­cu­rer les assiettes que Har­ry, le frère de George, en tombe amou­reux. « Chaque fois que je voyais Jane, je ban­dais. Je por­tais des pan­ta­lons à plis amples et deux ca­le­çons pour conte­nir ce traître en­thou­siasme. » Har­ry est prof. Sa spé­cia­li­té, c’est Nixon. Il est ma­rié avec Claire, qui est sou­vent en voyage d’af­faires. Bref, la voie est libre. Dès qu’il le pour­ra, il pren­dra Jane dans ses bras, l’in­cli­ne­ra dé­li­ca­te­ment sur le lit et dé­bou­ton­ne­ra son double ca­le­bar. L’oc­ca­sion se présente plus tôt que pré­vu. George a un af­freux ac­ci­dent de voi­ture qui laisse or­phe­lin le jeune pas­sa­ger de l’autre vé­hi­cule. Pe­tit sé­jour à l’hô­pi­tal. Il rentre chez lui, sur­prend Har­ry et Jane au lit, tue sa femme en lui dé­fon­çant le crâne avec la lampe de che­vet. Les flics dé­barquent et l’em­mènent dans une cli­nique psy­chia­trique où Har­ry, ve­nu lui rendre vi­site, re­çoit à son tour une sa­crée dé­rouillée. Bien sûr, sa femme, Claire, n’est pas heu­reuse d’ap­prendre les der­nières nou­velles en ren­trant de voyage. Elle largue son ma­ri, qui dé­cide de s’ins­tal­ler chez George pour s’oc­cu­per de son ne­veu et de sa nièce.

Construit comme une sé­rie, le nou­veau ro­man de A. M. Homes, in­fluen­cée par John Chee­ver et Don DeLillo, est né d’une nou­velle qu’elle avait écrite en 2007 et que Sal­man Ru­sh­die avait sé­lec­tion­née dans un re­cueil des meilleures nou­velles de l’an­née. En l’étof­fant de plus de 500 pages, la ro­man­cière new-yor­kaise a fait le pa­ri de ra­con­ter com­ment un homme, dont l’exis­tence a pris en quelques se­maines le pire des tour­nants, re­trouve goût à la vie fa­mi­liale et se re­cons­truit pro­gres­si­ve­ment. Même si, cô­té amour, ça tangue un peu. Ha­bi­tué des sites de ren­contres, Har­ry se re­trouve à cau­ser nui­tam­ment avec des filles aux mo­ti­va­tions par­fois com­plexes, comme cette femme de flic qui gère « l’an­goisse gé­né­rée par le mé­tier de son époux en s’adon­nant au chat éro­tique ».

Le ro­man comme par­tie de billard ? « Puis­sions-nous être par­don­nés » four­mille de re­bon­dis­se­ments aus­si sa­vou­reux qu’in­at­ten­dus, comme si A. M. Homes pre­nait plai­sir à dé­gom­mer les si­tua­tions éta­blies pour for­cer les per­son­nages à ré­vé­ler leur vraie na­ture. C’est aus­si un ta­bleau sai­sis­sant des fau­bourgs de New York, avec quelques guest stars in­at­ten­dues comme ce type aux al­lures de sans-abri dont le vi­sage évoque « un croi­se­ment entre un gars qui vous chan­ge­rait une roue cre­vée et Clint East­wood ». Har­ry es­saie, sans tout de suite le re­con­naître, de lui re­fi­ler le ca­fé qu’il vient de com­man­der au Star­bucks mais qu’il n’a plus en­vie de boire : « DeLillo, me dis-je en cla­quant la por­tière. DeLillo, me dis-je en met­tant le contact. Nom d’un chien, c’était DeLillo. »

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