Del­bourg, quel chan­tier !

PAR PA­TRICE DEL­BOURG, CHERCHE MI­DI, 330 P., 18,80 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - JÉ­RÔME GAR­CIN

Un homme hé­rite de son père un pa­villon en meu­lière et en ruine de la ban­lieue pa­ri­sienne où il n’a que des mau­vais sou­ve­nirs et où son ave­nir est plus sombre en­core. Car il doit re­faire une beau­té à cette bâ­tisse bran­lante alors qu’il n’en a ni les moyens, ni l’en­vie, ni la tech­nique. Si peu ma­nuel qu’il ne sait pas chan­ger une am­poule, le cé­li­ba­taire Au­guste Blé­chard est un écri­vain étrange, qui se consacre à trans­for­mer, en les re­co­piant, de vrais chefs-d’oeuvre si­gnés Bos­suet ou Flau­bert en faux ma­nus­crits – ce qu’il ap­pelle « sa cor­vée de let­trines ». Afin de re­dres­ser son « cla­pier à dé­glingue », il fait ap­pel à sept ou­vriers qu’on croi­rait sor­tis des « Ton­tons flin­gueurs », ver­sion ita­lo­ser­bo-by­zan­tine. La des­crip­tion du chan­tier apo­ca­lyp­tique, si­gnée par ce prince de la mé­ta­phore et du ca­lem­bour, est hi­la­rante. Mais c’est l’au­to­por­trait gri­ma­çant qui touche le plus, ici. Sur des aïeux fleu­ristes, al­coo­liques et ré­ac­tion­naires de père en fils, sur les femmes qu’il a ai­mées et qui l’ont quit­té, sur sa pro­pen­sion à l’échec et la mé­lan­co­lie, sur son goût pro­non­cé pour les écri­vains désem­pa­rés et pour l’em­prunt lit­té­raire, ja­mais notre jon­gleur de mots et de maux n’a été si lo­quace, si sin­cère. A la fin, la villa se­ra sau­vée, je ne vous dis pas com­ment ni pour­quoi. Pour Del­bourg, le bon­heur est une idée neuve. Pas pour son lec­teur, qui, avec lui, est tou­jours à la fête.

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