Mons­trueu­se­ment bon

ET PAR H. P. LO­VE­CRAFT, TRA­DUIT PAR FRAN­ÇOIS BON, POINTS SEUIL, 4,90 ET 5,90 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques -

Fran­çois Bon re­tra­duit H. P. Lo­ve­craft. Il est im­pé­ra­tif de se je­ter des­sus. Les tra­duc­tions clas­siques de Jacques Pa­py étaient dis­cu­tables : pas­sages ex­pur­gés, ré­écri­ture pure et simple. Bon colle au texte et to­lère ses bi­zar­re­ries, ses ad­jec­tifs trop nom­breux, ses re­don­dances. Deux titres im­por­tants : « Dans l’abîme du temps », der­nier récit de l’Amé­ri­cain (1936), le plus abou­ti ; et « l’Ap­pel de Cthul­hu », nais­sance de l’im­monde et in­des­crip­tible pieuvre-dra­gon (« il n’y a pas de lan­gage pour de tels abîmes de dé­mence hur­lante et im­mé­mo­rielle, la contra­dic­tion sur­na­tu­relle de toute ma­tière, force, ordre cos­mique »). Le grand thème de Lo­ve­craft, c’est notre igno­rance des « noires mers d’in­fi­ni » qui nous en­tourent et nous dé­passent. Chez lui, des hommes ra­tion­nels sont sou­dain sai­sis de vi­sions ter­ri­fiantes. C’est par la dé­mence psy­chia­trique qu’ils ac­cèdent à l’in­nom­mable si­dé­ral. Dans « l’Ap­pel », un gar­çon de bonne fa­mille rêve d’une créa­ture que « seule une ima­gi­na­tion ma­lade pou­vait conce­voir ». Les « noires mers d’in­fi­ni », Lo­ve­craft les avait dans le crâne.

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