Au ré­gal des Coen

PAR JOEL ET ETHAN COEN, AVEC JEFF BRIDGES, JOHN GOOD­MAN, JU­LIANNE MOORE, STEVE BUS­CE­MI (1998, 1H57).

L'Obs - - Critiques - F. F. PAS­CAL MÉRIGEAU

Eu­pho­rie to­tale : les Coen bros., une fois de plus, nous pro­posent le por­trait d’un cré­tin, mais d’un cré­tin ul­tra­sym­pa, Le­bows­ki (Je Bridges, pho­to, à droite). Ce­lui-ci est un vieux hip­pie qui fonc­tionne au joint et au white rus­sian, un mé­lange de lait et de vod­ka (dé­gueu­lasse), et qui se re­trouve je­té dans une in­trigue où passent un mil­lion­naire paraplégique, une épouse nym­pho­mane, une ar­tiste concep­tuelle qui peint en tra­pèze, des ni­hi­listes teu­tons et un joueur de bow­ling in­ou­bliable, Je­sus Quin­ta­na (John Tur­tur­ro). En­tou­ré par ses amis bas de pla­fond, Don­ny et Wal­ter (Steve Bus­ce­mi et John Good­man, pho­to), le grand Le­bows­ki se lance dans une en­quête sur un kid­nap­ping, en même temps qu’il cherche les gars qui ont uri­né sur son ta­pis. Dia­logues sa­vou­reux, ga­le­rie de cin­glés, si­tua­tions ab­surdes, hu­mour de sales gosses, « The Big Le­bows­ki » est de­ve­nu un clas­sique des ni­ne­ties. On com­prend : c’est ab­so­lu­ment ré­ga­lant. Il y a des so­cié­tés, des clubs « Big Le­bows­ki », des fêtes an­nuelles « Big Le­bows­ki ». Il est ques­tion de faire une suite. Vite, vite, les Coen, au bou­lot ! Oui, Ed­gar Mo­rin fut un « ci­né­phage ». Dans les an­nées 1930 (il est né en 1921), il dé­cou­vrit la vie à tra­vers les films, so­vié­tiques et al­le­mands no­tam­ment. Ré­sis­tant à l’oc­cu­pant na­zi, il se rend en 1945 à Ber­lin, où Cé­line Gailleurd et Oli­vier Boh­ler le filment lon­gue­ment au­jourd’hui. C’est là qu’après la guerre il écri­vit « l’An zé­ro de l’Al­le­magne », dont Ros­sel­li­ni lui « ache­ta », dit-il, le titre pour son chef-d’oeuvre « Al­le­magne an­née zé­ro ». A Pa­ris, en 1960, il inven­ta avec Jean Rouch le ci­né­ma­vé­ri­té (« Chro­nique d’un été »), dont la dé­gra­da­tion a pro­duit la té­lé-réa­li­té. Son in­tel­li­gence et sa ma­lice brillent tout au long de ce film, grâce aus­si aux ex­traits que lit Ma­thieu Amal­ric. « Le ci­né­ma, dit-il, nous rend meilleurs et plus in­tel­li­gents que dans la vie quo­ti­dienne. Le mal­heur est que nous l’ou­blions si­tôt que nous sor­tons du ci­né­ma. » C’est ain­si, nous n’ai­mons guère les va­ga­bonds que quand ils ont les traits de Char­lot.

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