Le Grand Rex

PAR PRES­TON STURGES. AVEC REX HAR­RI­SON, LINDA DAR­NELL (1948, 1H45).

L'Obs - - Critiques - P. M. M. F. F.

Un jour qu’il tra­vaillait à un scé­na­rio de co­mé­die et consta­tait que tout ce qu’il écri­vait était si­nistre, Pres­ton Sturges s’avi­sa de ce que la mu­sique qu’il écou­tait était en cause : ain­si na­quit l’idée qui al­lait don­ner nais­sance à « In­fi­dè­le­ment vôtre ». Sir Al­fred de Car­ter (Rex Har­ri­son, pho­to), chef d’or­chestre ré­pu­té, croit com­prendre que son épouse (Linda Dar­nell, pho­to) le trompe. Au fil du concert qu’il donne en­suite, son hu­meur se trans­forme au gré des oeuvres qu’il di­rige : Ros­si­ni lui fait conce­voir un crime par­fait, Wa­gner le porte à se mon­trer ma­gna­nime, Tchaï­kovs­ki le conduit au sui­cide, cha­cune des trois sé­quences met­tant en et « Nous, les vi­vants ») avec cette suite de trente-neuf scènes, pour la plu­part com­po­sées d’un unique plan fixe. Cou­leurs éteintes, dé­cors d’une ab­so­lue ba­na­li­té, vi­sages la­vés de toute ex­pres­sion, per­son­nages scot­chés, ce « Pi­geon per­ché » (le titre vient d’une poé­sie qu’une pe­tite fille est cen­sée dire) a sé­duit le ju­ry du Festival de Ve­nise, qui lui a dé­cer­né son lion d’or. Il s’agit en ef­fet d’un tra­vail de mise en scène as­sez im­pres­sion­nant, d’une pré­ci­sion ob­ses­sion­nelle, où tout est dé­ci­dé et des­si­né au mil­li­mètre et au dixième de se­conde près. C’est par­fois drôle, sans doute pas as­sez sou­vent, ab­surde bien évi­dem­ment, c’est aus­si scène les phan­tasmes de sir Al­fred. Consi­dé­ré comme « du ca­viar » par Lu­bitsch, le scé­na­rio est d’une vir­tuo­si­té étour­dis­sante, la mise en images est ma­gis­trale et Rex Har­ri­son, gé­nial. Il faut le voir pro­po­ser à celle dont il pense qu’elle l’a tra­hi de jouer avec lui à la rou­lette russe : comme elle lui ré­pond qu’elle connaît, qu’elle y jouait avec son père et que deux pa­quets de cartes sont né­ces­saires, sir Al­fred re­lance : « Ça, c’est la banque russe. La rou­lette russe est un genre d’amu­se­ment très dif­fé­rent, au­quel j’au­rais sou­hai­té que votre père ait joué sans dis­con­ti­nuer avant de vous don­ner la vie. » une forme de ci­né­ma qui peut lais­ser le spec­ta­teur à la porte. Le film, au contraire du pi­geon, ne phi­lo­sophe pas, c’est heu­reux, et dé­montre qu’il est pos­sible de rire de tout.P.

Il tra­vaille à Bar­ce­lone, elle se voit of­frir une ré­si­dence ar­tis­tique à L.A. Dix mille ki­lo­mètres les sé­parent ; dé­sor­mais, ils vivent une love sto­ry à longue dis­tance. Tout le film (ou presque) se dé­roule au té­lé­phone, sur Skype ou par SMS. L’idée est sym­pa­thique. La re­la­tion des deux amou­reux, peu à peu, s’ef­fi­loche. L’amour est-il so­luble dans l’éloi­gne­ment ? Peut-être pas, mais le film, oui. Car com­ment tra­duire en images la dé­gra­da­tion des sen­ti­ments ? En dia­logues, for­cé­ment. Donc, voi­ci un film ba­vard, sta­tique, long ; les pro­jets – avoir un bé­bé, se dé­ra­ci­ner, faire face à une autre culture, main­te­nir le dé­sir au loin – sont dis­sé­qués sur un écran d’or­di­na­teur. Carlos Marques-Mar­cet, dont c’est le pre­mier film, tente de com­pen­ser ce dé­faut par des ar­ti­fices de mise en scène. Mal­gré tout, c’est vite ré­pé­ti­tif. Les ac­teurs, Natalia Te­na et Da­vid Ver­da­guer, sont for­mi­dables et in­sufflent une in­ten­si­té fié­vreuse, mais est-ce bien suf­fi­sant ?

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