Ca­brel prend son (bon) temps

PAR FRAN­CIS CA­BREL (SO­NY)

L'Obs - - Critiques - SOPHIE DELASSEIN

Tous les sept prin­temps, quoi qu’il ar­rive, Fran­cis Ca­brel sort un disque. Chaque fois, les ha­bi­tués de la mai­son s’at­tendent à y trou­ver, en al­ter­nance, des chan­sons en­ga­gées et des ri­tour­nelles sen­ti­men­ta­lo-sen­suelles. Et, sou­vent, ils les trouvent. En 2008, « Des roses et des or­ties » était bou­le­ver­sant de sen­si­bi­li­té et d’in­tel­li­gence ; cette fois, « In ex­tre­mis » ne dé­ce­vra pas ceux qui l’ont tant ai­mé. Même si, mu­si­ca­le­ment par­lant, il est sans grande sur­prise : dès la pre­mière mi­nute, l’oreille iden­ti­fie d’ins­tinct ce blues rock ca­bré­lien d’ins­pi­ra­tion dy­la­nienne. Avec « Dur comme fer », l’au­teur raille le cy­nique qui, sous les do­rures de son pa­lais pré­si­den­tiel, lance ses pro­messes gon­flées à l’hy­dro­gène. Avec « A chaque amour que nous fe­rons », il peint à sa ma­nière un nu, fan­tas­mant sur l’éter­nel fé­mi­nin. Jusque-là, rien de neuf sous le so­leil d’As­ta ort, Ca­brel fait du (bon) Ca­brel. L’ar­tiste se conten­te­rait-il de re­prendre, là où il l’avait lais­sée, la conver­sa­tion en­ta­mée il y a sept ans ? Vient alors « le Pays d’à cô­té », ryth­mé par les choeurs afri­cains, un chant qui montre que la dé­tresse est par­tout. Plus loin, « Azin­court » ra­vive le sou­ve­nir d’une dé­faite tom­bée aux ou­bliettes de l’His­toire tan­dis que « Dans chaque coeur » évoque Jé­sus mar­chant vers sa croix au pas lent d’une bal­lade. Fran­cis Ca­brel, 61 ans dé­jà, est re­ve­nu nous par­ler du temps qui file. C’est pré­ci­sé­ment à ce mo­ment-là que l’al­bum prend son en­vol, qu’il touche et ac­croche. Ça y est, il nous plaît ! Nous sommes « Par­tis pour res­ter », dit-il, dans un dé­ni sal­va­teur, faus­se­ment in­cons­cient ou sim­ple­ment naïf face au temps qui creuse ses sillons : «Ya quel­qu’un d’autre dans ta glace, entre les po­tions et les crèmes, tous les pe­tits pots qui s’en­tassent, tu vois le temps est pas­sé quand même. » Il est en­core ques­tion de ce tic­tac en­tê­tant quand il chante « Man­de­la, pen­dant ce temps », où il re­voit dé­fi­ler sa jeu­nesse. Avant d’en­chaî­ner sur « les Tours gra­tuits ». La mu­sique semble tour­ner en boucle tan­dis qu’il re­garde, très ému et un peu triste, par­tir ses en­fants de­ve­nus grands. C’est de loin la plus belle chan­son de ce disque aux al­lures clas­siques.

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