CES FA­CHOS AN­TI LE PEN

Ils sont les te­nants d’une ligne pure et dure, à re­bours de la “dé­dia­bo­li­sa­tion” vou­lue par Ma­rine Le Pen. Loin de les ré­duire au si­lence, la vic­toire que celle-ci vient de rem­por­ter sur son père a li­bé­ré leur pa­role et cris­tal­li­sé leur op­po­si­tion à la di

L'Obs - - La Une - DA­VID LE BAILLY ET MAËL THIER­RY

Le Front na­tio­nal est de­ve­nu un lu­pa­nar pé­dé­ras­tique.

HEN­RY DE LESQUEN

Dans une tour de la porte de Choi­sy, par­mi la foule de Chi­nois qui pa­tientent de­vant les as­cen­seurs, un pe­tit homme blanc, re­plet, cos­tume bon mar­ché et chaus­sures de sport. Il n’a pas d’âge, semble un rien per­du, crain­tif, au mi­lieu de cette po­pu­la­tion qui parle à peine le fran­çais. Com­ment de­vi­ner que, der­rière ses lu­nettes d’uni­ver­si­taire in­tro­ver­ti, le pe­tit homme ju­bile. De­puis quelques jours, té­lés, ra­dios et jour­naux scandent le nom de « Ri­va­rol », la feuille heb­do­ma­daire qu’il di­rige et à la­quelle Jean-Ma­rie Le Pen vient d’ac­cor­der un long en­tre­tien, s’at­ti­rant les foudres de sa fille Ma­rine. « Ri­va­rol » : un nom sur­gi d’un pas­sé que l’on croyait en­glou­ti, pu­bli­ca­tion an­ti­sémite née sur les dé­combres de la guerre, re­grou­pant col­la­bos, nos­tal­giques de Pé­tain et ad­mi­ra­teurs du IIIe Reich, comme Pier­reAn­toine Cous­teau (le frère du com­man­dant), l’écri­vain Lucien Re­ba­tet ou l’illus­tra­teur Ralph Sou­pault.

Notre pe­tit homme s’ap­pelle Jé­rôme Bour­bon. Pro­fes­seur de fran­çais, il a vite quit­té l’Edu­ca­tion nationale. « Dé­fendre les droits de l’homme, la laï­ci­té et l’an­ti­ra­cisme, c’était au-des­sus de mes forces », dit-il. Chez lui, dans un ap­par­te­ment fonc­tion­nel et sans charme, une bi­blio­thèque en désordre, où des sta­tuettes de Jé­sus cô­toient des images de sainte Thé­rèse et du Cu­ré d’Ars, ain­si qu’une « His­toire de France pour les nuls ». An­cien membre du Front na­tio­nal, Bour­bon a fait de « Ri­va­rol », ven­du à 5 000 exem­plaires se­lon ses dires, le fer de lance d’un

com­bat à mort contre Ma­rine Le Pen. « Elle est le ser­pent que Jean-Ma­rie Le Pen a ré­chauf­fé dans son sein. Une vi­ra­go sans coeur, sans prin­cipes et sans hon­neur, une mul­ti­di­vor­cée, une illet­trée. Lui donne-ton un livre, elle le co­lo­rie ! Pour dan­ser à moi­tié nue dans des “gay prides”, elle au­rait sa place! Mon ob­ses­sion, c’est de l’éli­mi­ner po­li­ti­que­ment, de la faire re­ve­nir au néant d’où elle n’au­rait ja­mais dû sor­tir », lance-t-il dans une ti­rade cra­chée d’un seul souffle, d’une voix ai­gre­lette et zo­zo­tante. Bour­bon pré­tend re­pré­sen­ter la vieille ex­trême droite qui ne se re­trouve plus dans le FN, dé­bous­so­lée par l’opé­ra­tion de « dé­dia­bo­li­sa­tion » conduite par Ma­rine Le Pen de­puis qu’elle a pris la tête du par­ti, en 2011. Une ex­trême droite an­ti­sémite, an­ti-ho­mos, an­ti­ré­pu­bli­caine, sou­dain ré­veillée par le conflit entre le père et la fille Le Pen, conflit fa­mi­lial, mais aus­si idéo­lo­gique. « La dé­dia­bo­li­sa­tion est un monstre froid qui dé­truit nos idées, nos pro­grammes et les mi­li­tants. Le meurtre de Jean-Ma­rie Le Pen s’ins­crit dans cette stra­té­gie », pour­suit Bour­bon. Contraste sai­sis­sant entre l’al­lure bon­homme du per­son­nage et la vio­lence, l’ex­tra­va­gance dé­li­rante de ses saillies, l’ob­ses­sion des juifs. Des di­ri­geants du FN, Bour­bon dit : « Ces ama­teurs de sau­nas gays n’ont peur ni de l’en­fer ni du si­da, mais ils ont peur de la Shoah. » Du conflit entre le père et la fille Le Pen : « Ce n’est plus “Crime et châ­ti­ment”, c’est Crif et châ­ti­ment. » De la pos­sible sanc­tion in­fli­gée par la di­rec­tion du FN à Jean-Ma­rie Le Pen : « Hit­ler est mort un 30 avril, Mus­so­li­ni un 28 avril. Le Pen est mort po­li­ti­que­ment en avril. Dé­ci­dé­ment, le mois d’avril ne nous porte pas chance. » Plu­sieurs fois condam­né pour « in­ci­ta­tion à la haine ra­ciale », « Ri­va­rol » a été pour­sui­vi une dou­zaine de fois de­puis 2010, dont à trois re­prises par Ma­rine Le Pen.

UN FN SOUMIS AU SYS­TÈME ?

Ja­mais le po­ly­tech­ni­cien Hen­ry de Lesquen n’ose­rait dire des choses pa­reilles. D’ailleurs, il nous pré­vient d’em­blée : « N’écri­vez pas que je suis d’ex­trême droite, si­non je vous colle un droit de ré­ponse. » Longue sil­houette dé­gin­gan­dée, veste en laine et pe­tit pull beige sur­an­nés, le pa­tron de Ra­dio Cour­toi­sie – sta­tion ou­verte à tous les cou­rants de la droite fran­çaise, 600000 au­di­teurs an­nuels – tient aux ap­pa­rences. Ce qui ne l’em­pêche pas de twee­ter fré­né­ti­que­ment, par exemple pour don­ner son avis sur le drame des mi­grants noyés en Mé­di­ter­ra­née : « Quand un en­va­his­seur se noie en mer, quand un cam­brio­leur prend un coup de fu­sil, ce sont les risques du mé­tier. » Ce jeu­di 16 avril, dans l’unique stu­dio de Ra­dio Cour­toi­sie, l’ab­bé Lo­rans tient son « Libre jour­nal des tra­di­tions », entre deux mor­ceaux de chants gré­go­riens. Sur un pan de mur, une fresque re­pré­sente Eve cro­quant la pomme ten­due par un diable fé­mi­ni­sé.

Per­son­nage courtois à la langue pré­cieuse, que l’on di­rait sor­ti du film de Cha­ti­liez « La vie est un long fleuve tran­quille », Hen­ry de Lesquen sou­te­nait Ma­rine Le Pen jus­qu’au 12 dé­cembre 2014. Ce jour-là, Sé­bas­tien Che­nu, trans­fuge de l’UMP et sur­tout fon­da­teur de GayLib, un mou­ve­ment de dé­fense des droits des ho­mo­sexuels, a été nom­mé conseiller cultu­rel du FN. « Une pro­vo­ca­tion, tranche Lesquen. J’ai pas­sé ma

vie à être ami avec des ho­mo­sexuels pra­ti­quants. Mais l’exis­tence d’une co­te­rie fon­dée sur des in­cli­na­tions sexuelles est in­ac­cep­table. » Au tra­vers de son état­ma­jor, ac­cu­sé d’avoir fait du par­ti « un lu­pa­nar pé­dé­ras­tique », Ma­rine Le Pen est bien la cible de cette frange ré­ac que Lesquen in­carne jus­qu’à la ca­ri­ca­ture. « Elle est in­culte, croit-il sa­voir. Elle s’éclate en écou­tant de la mu­sique nègre en boîte de nuit. J’ai tou­jours su qu’elle était une femme de gauche, mais j’avais fait le pa­ri de Pas­cal. Je me di­sais : elle est obli­gée de te­nir un dis­cours de droite, elle fi­ni­ra bien par y croire. Je me suis trom­pé. » Le mer­cre­di 8 avril, en pleine po­lé­mique à propos de l’in­ter­view dans « Ri­va­rol », Lesquen a re­çu JeanMa­rie Le Pen à Ra­dio Cour­toi­sie, goû­tant quelques ins­tants au bon­heur de se re­trou­ver sous l’oeil des ca­mé­ras de BFM. « Les ré­ac­tions hys­té­riques des di­ri­geants du FN après les dé­cla­ra­tions de JeanMa­rie Le Pen sont le signe conster­nant de leur sou­mis­sion au sys­tème », a-t-il alors twee­té. L’es­poir de Lesquen, c’est de voir la pe­tite-fille Le Pen, Ma­rion Ma­ré­chal, très en­ga­gée contre le ma­riage pour tous et éco­no­mi­que­ment li­bé­rale, sup­plan­ter

la fille, Ma­rine : « Ma­rion Ma­ré­chal est très ha­bile. Elle porte la ligne idéale du Front na­tio­nal. Elle est sus­cep­tible d’être le trait d’union entre la droite UMP et la par­tie saine du FN. »

Ces der­niers temps, dans les fa­milles de la droite dure – « fa­chos », « ca­thos tra­di », « ré­acs » –, les cri­tiques se font plus mor­dantes en­vers la ligne sui­vie par Ma­rine Le Pen et son numéro deux, Flo­rian Phi­lip­pot. La guerre des Le Pen a ser­vi de ca­ta­ly­seur, mais aus­si les ré­sul­tats, ju­gés dé­ce­vants, des élec­tions dé­par­te­men­tales. Der­nier sou­bre­saut d’une vieille garde pla­car­di­sée par Ma­rine Le Pen ou pré­mices d’une énième re­com­po­si­tion de la droite conser­va­trice ? De ce dé­bat, Ro­ger Ho­leindre se fiche bien. Ce sa­me­di 18 avril, l’an­cien pa­ra et ami de Jean-Ma­rie Le Pen, 86 ans, vient dé­di­ca­cer son livre, un pa­vé de 600 pages in­ti­tu­lé : « Ça suf­fit ! » Nous sommes à la Li­brai­rie fran­çaise, dans le 15e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. En vi­trine sont ali­gnés des DVD de l’Evan­gile, le der­nier Zem­mour et une bio de Jeanne d’Arc écrite par Phi­lippe de Villiers. At­ta­blé sous un dra­peau bleu à fleurs de lys, Ho­leindre dit en avoir as­sez de ce FN « new age » – il a quit­té le par­ti il y a quatre ans –, in­di­gné par le « nombre in­croyable d’ho­mo­sexuels » qui en­tourent Ma­rine Le Pen : « Elle ne peut pas voir les an­ciens com­bat­tants qui sont des cons, elle ne peut pas voir les pieds-noirs, elle ne peut pas voir les ca­thos, c’est-à-dire qu’elle ne peut voir au­cun de ceux que nous avons es­sayé de ras­sem­bler pen­dant qua­rante ans! » Et n’al­lez pas lui par­ler de Phi­lip­pot : « Il tient le dis­cours de Mé­len­chon. Et il est à Co­lom­bey toutes les se­maines. Pour un mec comme moi qui a fait l’Al­gé­rie, être représenté par un pé­dé gaul­liste, c’est quand même un peu gros. »

LE MYTHE DU “LOB­BY JUIF”

Dans cette ga­laxie des dé­çus du FN, il ne faut pas ou­blier non plus les né­ga­tion­nistes comme Yvan Be­ne­det­ti, an­cien cadre du FN, un temps proche de Bru­no Goll­nisch et ex­clu en 2011. « Pour Ma­rine Le Pen, re­nier son père sur TF1, ce­la re­vient à être adou­bée par ceux qui font le sys­tème, le lob­by juif. Le pro­blème, c’est Phi­lip­pot. Au FN, beau­coup se de­mandent s’il n’est pas un in­fil­tré », dit cet homme mas­sif, in­té­gra­le­ment vê­tu de noir, ar­bo­rant au re­vers de sa veste un pin’s avec la si­gna­ture de Char­le­magne. Autre an­ti­sémite no­toire, mais à l’in­fluence bien plus

Elle est le ser­pent que Jean-Ma­rie Le Pen a ré­chauf­fé dans son sein.

JÉ­RÔME BOUR­BON

im­por­tante, le po­lé­miste Alain So­ral, ex­membre du FN lui aus­si. Dans une vi­déo pos­tée sur le site de son mou­ve­ment, Ega­li­té et Ré­con­ci­lia­tion, So­ral blâme Ma­rine Le Pen d’avoir dit que son par­ti était « le seul qui pou­vait pro­té­ger les juifs de France ». « Elle dit ça pour se sou­mettre au tout-puis­sant lob­by sio­niste qui di­rige la France, en­rage-t-il. […] C’est une po­li­tique de femme de mé­nage, on ne ver­rait pas Pou­tine faire ça. »

RE­VE­NIR AUX VRAIES VA­LEURS

Certes, ces opi­nions ne sont pas nou­velles et, pour l’im­mense ma­jo­ri­té, elles sont pro­fé­rées par des per­son­na­li­tés mar­gi­nales qui ne re­pré­sentent pas grand monde. « Des fous fu­rieux », ba­laie-t-on au siège du FN. Elles prennent tou­te­fois un re­lief par­ti­cu­lier à me­sure que la ligne éco­no­mique du tan­dem Le Pen-Phi­lip­pot se trouve à son tour mise en cause à l’in­té­rieur du par­ti. Et plus gé­né­ra­le­ment la stra­té­gie ni droite ni gauche, sym­bo­li­sée par la for­mule « UMPS ». Dans un contexte moins se­rein que les son­dages ne pour­raient le lais­ser pen­ser, ces ju­ge­ments au lance-flammes, ces dia­tribes contri­buent à des­si­ner, par pe­tites touches, le por­trait de di­ri­geants « gau­chistes », fans de Hu­go Chá­vez, qui au­raient fait main basse sur le par­ti. Une tri­bune pu­bliée dans l’heb­do­ma­daire « Va­leurs ac­tuelles » au len­de­main des élec­tions dé­par­te­men­tales a beau­coup fait par­ler d’elle. In­ti­tu­lée « Pour­quoi le FN ne par­vient pas à tuer l’UMP », elle est si­gnée Ju­lien Ro­che­dy, un jeune am­bi­tieux que Ma­rine Le Pen avait pro­pul­sé à la tête du Front na­tio­nal Jeu­nesse (FNJ) jus­qu’à cet été. Avec son po­lo Ralph Lau­ren, ses che­veux coif­fés en ar­rière et sa barbe mi­nu­tieu­se­ment taillée, Ro­che­dy in­carne une jeu­nesse qui a dé­fi­lé contre le ma­riage pour tous, ty­pique de ce « Mai-68 conser­va­teur » dé­crit par le cher­cheur Gaël Brus­tier.

Dans son texte, Ro­che­dy dé­plore le si­lence du FN en­vers un élec­to­rat pe­tit­bour­geois (ar­ti­sans, com­mer­çants, en­tre­pre­neurs), « tout un monde qui, pen­dant presque trois ans, fut to­ta­le­ment or­phe­lin, tur­bide, et sans doute prêt à chan­ger de cha­pelle. Au lieu de ce­la, il n’y eut presque que des ap­pels du pied à la gauche ». En cause, le to­tem de la sor­tie de l’eu­ro, qui dé­route ces pa­trons de PME que JeanMa­rie Le Pen avait su sé­duire avec un dis­cours an­ti-im­pôts à la That­cher. « Le FN est de­ve­nu un par­ti ra­di­cal-so­cia­liste des an­nées 1970, laï­card et sou­ve­rai­niste bon

chic. A droite, il y a un grand bouillon­ne­ment, des cercles qui se forment, des gens

qui se re­groupent », sou­tient Ro­che­dy, ci­tant en exemple Phé­nix, ce think tank lan­cé par l’an­cien mi­nistre Charles Millon et l’homme d’af­faires Charles Beig­be­der.

Après avoir flir­té avec le FN quelques an­nées, l’énarque Paul-Ma­rie Coû­teaux, an­cien conseiller de Phi­lippe Sé­guin et de Phi­lippe de Villiers, ob­serve avec gour­man­dise les pé­ré­gri­na­tions de ce qu’il ap­pelle « le couple né­vro­tique Le Pen-Phi­lip­pot ». « Le sou­tien à Tsi­pras en Grèce a aga­cé tout le monde. Même chose pour la pro­po­si­tion de ra­me­ner l’âge de la re­traite à 60 ans. Il existe au­jourd’hui un élec­to­rat im­por­tant, entre Sar­ko­zy et Ma­rine Le Pen, qui se sent aban­don­né », dé­crypte ce fin connais­seur de la vie po­li­tique. Le constat est par­ta­gé par l’an­cien fron­tiste Jean-Yves Le Gal­lou, père du concept de « pré­fé­rence nationale », trans­for­mé de­puis en « prio­ri­té nationale » : « La ligne Phi­lip­pot, telle qu’elle est vé­hi­cu­lée dans les mé­dias, ne peut pas at­ti­rer grand monde car elle est dé­ca­lée par rap­port à la so­cié­té. Il n’y a pas de rup­ture com­plète avec Mai-68 alors qu’on a as­sis­té à la nais­sance d’un contre-mou­ve­ment so­cial avec la Ma­nif pour tous. »

Ce sont bien les va­leurs d’une droite conser­va­trice et ca­tho­lique, ces va­leurs que Pa­trick Buis­son dé­fen­dait au­près de Ni­co­las Sar­ko­zy, que Ma­rine Le Pen se voit re­pro­cher de ne pas bran­dir suf­fi­sam­ment. Porte-pa­role du Prin­temps fran­çais, ce mou­ve­ment d’ul­tras qui a ger­mé sur le ter­reau de la Ma­nif pour tous, Béa­trice Bourges constate, en le re­gret­tant, que le Front na­tio­nal s’in­té­res­sait da­van­tage aux su­jets dits « so­cié­taux » à l’époque de Jean-Ma­rie Le Pen : « Je connais un cer­tain nombre de mi­li­tants FN qui sont dé­çus. Ma­rine Le Pen n’a pas pris la me­sure de ce qui s’est pas­sé lors du dé­bat sur le ma­riage pour tous. Elle va de­voir se po­si­tion­ner sur tous ces thèmes [PMA, GPA, “théo­rie du genre”, eu­tha­na­sie, NDLR] ». Aux yeux de celle qui avait fait une grève de la faim pour ob­te­nir la des­ti­tu­tion de Fran­çois Hol­lande, Ma­rion Ma­ré­chal pos­sède les qua­li­tés qui manquent à sa tante : « Des va­leurs, un an­crage. » « Nous sommes des or­phe­lins po­li­tiques ! ren­ché­rit Alain Es­ca­da, pré­sident de Ci­vi­tas, re­grou­pe­ment de ca­tho­liques in­té­gristes.

Au­jourd’hui, les can­di­dats mar­qués

Le FN est de­ve­nu un par­ti ra­di­cal-so­cia­liste des an­nées 1970.

JU­LIEN RO­CHE­DY

Etre représenté par un pé­dé gaul­liste, c’est un peu gros.

RO­GER HO­LEINDRE

ca­tho­liques sont ac­cueillis par le FN, mais uni­que­ment au ni­veau lo­cal. Dès que l’on monte dans les éche­lons, ils sont écar­tés par les “Phi­lip­pot’s boys”. Au bu­reau po­li­tique, ceux qui sont proches de nous n’ont plus au­cun poids. Sur le sort des chré­tiens d’Orient, dans l’af­faire des crèches de Noël, on n’a pas en­ten­du le FN. Ma­rine Le Pen a vou­lu dé­pas­ser le PS et l’UMP sur la laï­ci­té. Tout ce­la nous écarte d’elle. L’ar­ri­vée de Sé­bas­tien Che­nu, c’est la goutte d’eau qui a fait dé­bor­der le vase. Cet homme in­carne une ligne contraire à la nôtre : “Dieu, fa­mille, pa­trie.” »

Au FN, la bonne dy­na­mique des son­dages pré­serve en­core Ma­rine Le Pen d’une contes­ta­tion plus fron­tale. Fi­gure fan­tas­ma­go­rique d’une op­po­si­tion si­len­cieuse, sa nièce, Ma­rion Ma­ré­chalLe Pen, reste loyale. En privé, ce­pen­dant, un de ses sou­tiens ob­serve avec dé­pit les ef­fets de la stra­té­gie ac­tuelle. « Au FN, Ma­rine Le Pen a ar­rê­té les pro­vo­ca­tions et c’est une bonne chose, ex­plique-t-il. Mais à force de chas­ser l’élec­to­rat du non du ré­fé­ren­dum eu­ro­péen de 2005, elle tient un dis­cours éco­no­mique re­pous­soir pour de jeunes cadres très à droite. Elle perd aus­si ceux qui sont ve­nus pour les ques­tions iden­ti­taires, d’im­mi­gra­tion, ain­si que pour la gran­deur de la France. » Et le même de faire une ana­lo­gie avec la mésa­ven­ture qui était ar­ri­vée à Co­caCo­la dans les an­nées 1980. Lea­der mon­dial, mais in­quiet de la concur­rence de Pep­si, le groupe avait lan­cé Co­ca « Next Ge­ne­ra­tion » et chan­gé le goût de son so­da. Un dé­sastre. Co­ca-Co­la avait dû re­ve­nir à sa re­cette ini­tiale. In­té­gristes, li­bé­raux, ré­acs : tous ceux-là es­pèrent main­te­nant que, comme Co­ca-Co­la, Ma­rine Le Pen n’au­ra d’autre choix que de re­ve­nir aux sa­veurs pre­mières du Front na­tio­nal.

Ma­rine Le Pen en 2014.

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