La dé­cence se­lon Fin­kiel­kraut

L'Obs - - L’opinion - MAT­THIEU CROISSANDEAU M. C.

N’en dé­plaise au pe­tit père de tous les néo­réacs, nous ne par­ta­geons pas, loin de là, cette vi­sion bi­naire du dé­bat d’idées ni ces ou­kases d’un autre âge. « L’Obs » n’est pas et ne se­ra ja­mais un jour­nal mo­no­li­thique. Beau­coup d’entre nous, dans la ré­dac­tion et par­mi nos lec­teurs, ne se re­con­naissent pas dans la lec­ture qu’Em­ma­nuel Todd fait de la mo­bi­li­sa­tion du 11 jan­vier. Jean Da­niel y a d’ailleurs ré­pon­du dans le der­nier numéro. Ceux qui nous lisent se­maine après se­maine se sou­vien­dront que nous avions sa­lué à l’époque un sur­saut ci­toyen et un sa­lu­taire ré­veil des consciences. Nous consi­dé­rions et nous consi­dé­rons tou­jours que ces mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue avant tout pour dé­fendre les va­leurs de la Ré­pu­blique, à com­men­cer par la li­ber­té d’ex­pres­sion.

Or, c’est au nom de ce prin­cipe, jus­te­ment, que « l’Obs » s’ho­nore de don­ner la pa­role à des voix dif­fé­rentes de la sienne, fussent-elles ico­no­clastes, dé­ran­geantes ou à contre­cou­rant. Alors, bien sûr, c’est moins confor­table et sou­vent plus âpre que l’entre-soi du pla­teau de Zem­mour et Naul­leau. Mais ce­la per­met aus­si par­fois de ré­flé­chir, de s’in­ter­ro­ger ou d’af­fi­ner son ju­ge­ment. On s’en vou­drait presque d’avoir à en­fon­cer au­tant de portes ou­vertes si cer­tains ne les avaient fer­mées de l’in­té­rieur. Et à double tour. Voi­là pour­quoi, cher Alain Fin­kiel­kraut, nous ne consi­dé­rons pas nos lec­teurs comme des la­trines, mais plu­tôt, pour pa­ra­phra­ser un autre phi­lo­sophe, comme des ro­seaux pen­sants. C’est notre di­gni­té de leur don­ner à pen­ser. Que ce­la vous plaise… ou non !

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