Phi­lippe Va­rin

L’Etat a ap­pe­lé ce ca­pi­taine d’in­dus­trie au se­cours d’Are­va. Mais sa re­traite-cha­peau de Peu­geot conti­nue de faire scan­dale…

L'Obs - - 10 Choses À Savoir Sur… - ODILE BENYAHIAKOUIDER

ACIER TREM­PÉ X-Mines, Phi­lippe Va­rin, 62 ans, est un ha­bi­tué des causes in­dus­trielles per­dues. Il a pas­sé vingt-cinq ans chez Pe­chi­ney, le groupe d’alu­mi­nium et d’em­bal­lage, ava­lé par le ca­na­dien Alcan en 2003, puis six ans chez l’acié­riste bri­tan­nique Co­rus qu’il a sau­vé de la faillite pour le vendre à l’in­dien Ta­ta Steel en 2007 et cinq ans chez PSA Peu­geot Ci­troën dans le­quel il a fait ren­trer l’in­dus­triel chi­nois Dong­feng. Dé­but 2015, l’Etat lui a de­man­dé de prendre la pré­si­dence non exé­cu­tive d’Are­va, confir­mant son rôle d’ur­gen­tiste.

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RENTE DO­RÉE En 2014, il avait re­non­cé à sa mi­ri­fique re­traite-cha­peau de 21 mil­lions d’eu­ros sur vingt-cinq ans. Sans pré­ci­ser qu’il ne par­ti­rait pas sans rien du tout ! Le conseil de sur­veillance de Peu­geot, pré­si­dé par Louis Gal­lois, lui a ac­cor­dé 300 000 eu­ros brut par an. Va­rin jure qu’il n’y est pour rien, mais ne dit pas qu’à l’époque l’Agence des Par­ti­ci­pa­tions de l’Etat (APE) avait vo­té contre.

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DÉ­MIS­SION Quand, le 6 mai, Sté­phane Le Foll, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, a qua­li­fié sa re­traite d’« in­ac­cep­table », Phi­lippe Va­rin a été ten­té par la dé­mis­sion. Au lieu de cou­ler une re­traite heu­reuse, il a ac­cep­té de prendre la pré­si­dence d’Are­va pour 120 000 eu­ros par an, car il croit à l’ave­nir du nu­cléaire et à la su­pé­rio­ri­té des in­gé­nieurs fran­çais. Et le voi­là traî­né dans la boue par ceux-là même qui le sup­plient de sau­ver Are­va !

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OFF L’ex-pré­sident de Peu­geot ne croit pas aux ver­tus de la pé­da­go­gie sur les ques­tions de ré­mu­né­ra­tions. En privé, il se dit op­po­sé aux re­traites-cha­peau et pré­fère de loin le sys­tème an­glo-saxon obli­geant les grands pa­trons à co­ti­ser chaque an­née. Mais il ne veut sur­tout pas le dire pu­bli­que­ment… pré­fé­rant se re­tran­cher der­rière le « o ».

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CLA­RI­NETTE Phi­lippe Va­rin a dû re­non­cer à jouer les so­nates et concer­tos pour cla­ri­nette de ses com­po­si­teurs pré­fé­rés (Bach, Schu­bert, Mo­zart). Cet ins­tru­ment né­ces­site un en­traî­ne­ment quo­ti­dien des muscles de la bouche. In­com­pa­tible avec le sau­ve­tage d’Are­va.

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HOL­LAN­DIE Il n’était pas spé­cia­le­ment proche de Fran­çois Hol­lande et du Par­ti so­cia­liste. Mais il s’est en­ti­ché d’Em­ma­nuel Ma­cron, le mi­nistre qui sait par­ler aux pa­trons, et a été nom­mé ad­mi­nis­tra­teur d’EDF (en­vi­ron 30 000 eu­ros de je­tons de pré­sence par an). Le mi­nistre des A aires étran­gères Laurent Fa­bius, un grand ami de Louis Gal­lois, l’a quant à lui re­cru­té il y a un an comme re­pré­sen­tant spé­cial pour les re­la­tions éco­no­miques avec les pays d’Asie du Sud-Est (Asean). Une fonc­tion non ré­mu­né­rée.

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COM­PLOT SYN­DI­CAL Pour Phi­lippe Va­rin, le crime est si­gné. Ce sont les syn­di­cats qui ont or­ches­tré la cam­pagne sur sa re­traite-cha­peau. Il n’en a au­cune preuve. Mais l’opé­ra­tion res­semble à s’y mé­prendre à ce qu’il a dé­jà vé­cu lors­qu’il pré­si­dait Peu­geot. Les fuites ont eu lieu la veille de l’an­nonce d’un plan de 1 mil­liard d’éco­no­mies qui de­vrait en­traî­ner 6 000 sup­pres­sions de postes dans le monde, dont 3 500 en France.

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DÉ­MAN­TÈ­LE­MENT De­puis des mois, il se bat avec Phi­lippe Knoche, le di­rec­teur gé­né­ral d’Are­va, pour convaincre l’APE de ne pas dé­man­te­ler to­ta­le­ment le lea­der nu­cléaire en cé­dant la par­tie ré­ac­teurs nu­cléaires à EDF. Le tan­dem qui per­siste à croire à d’autres op­tions fe­rait même de la ré­ten­tion d’in­for­ma­tions pour ra­len­tir le ca­len­drier. L’Etat de­vrait si er la fin de par­tie entre fin mai et mi-juin.

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SINOPHILE Beau­coup ont vu dans la no­mi­na­tion de Phi­lippe Va­rin, grand connais­seur de l’Em­pire du Mi­lieu, l’an­nonce de l’en­trée d’ac­tion­naires chi­nois dans le ca­pi­tal d’Are­va. Mais l’Etat, qui ne veut pas bra­der le sa­voir-faire nu­cléaire hexa­go­nal, re­fuse de don­ner un ti­cket d’en­trée su­pé­rieur à 10%.

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DIE­SEL Ses amis le disent « droit », mais moquent gen­ti­ment son cô­té « die­sel ». Sou­cieux d’étu­dier toutes les don­nées d’un pro­blème avant de prendre des dé­ci­sions que l’ur­gence im­po­se­rait plus ra­pi­de­ment, le boss d’Are­va va de­voir ac­cé­lé­rer…

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