Mé­mo­rial sexe

Où l’on voit que c’est pas rien, le vo­ca­bu­laire

L'Obs - - Chronique - D.D.T.

Une Fon­da­tion Pfi­zer « pour la san­té de l’en­fant et de l’ado­les­cent » rend pu­blic un son­dage qu’elle a fait e ec­tuer sur cette ca­té­go­rie de la po­pu­la­tion. Sur­prise, nous dit-on : les ado­les­cents sont fleur bleue. Ça, alors ! Heu­reu­se­ment qu’il y a des son­dages pour nous l’ap­prendre. Cet émer­veille­ment, bien sûr, ré­vèle da­van­tage du monde adulte, tel qu’il est de­ve­nu, que du monde ado­les­cent tel qu’il est éter­nel­le­ment. Ain­si la dé­pêche de l’Agence FrancePresse ne rapporte-t-elle pas que « les adultes sur­es­timent le contact des 15-18 ans concer­nant le di­gi­tal sexe » ? Di­gi­tal sexe ! N’est-ce pas dé­li­cieu­se­ment ex­pri­mé ?

Ce di­gi­tal sexe (ce doit être du fran­çais dans l’es­prit de ceux qui s’en in­quiètent, si c’était de l’an­glais, sexe se­rait écrit sans e) fait pen­ser au bâ­ti­ment que M. Hol­lande a inau­gu­ré di­manche à la Gua­de­loupe et qui a pour nom « Mé­mo­rial ACTe ». Mé­mo­rial acte, di­gi­tal sexe, c’est la même belle langue qu’on cherche à nous faire cau­ser. Mé­mo­rial ACTe ! Quelle sim­pli­ci­té. Que si­gni­fie ce « ACTe » ? J’ai cher­ché, j’ai pas trou­vé. « Li­bé­ra­tion », « le Monde », la veille de son inau­gu­ra­tion, pré­sen­taient ce mé­mo­rial. Pour éclai­rer notre lan­terne mais ap­pa­rem­ment plon­gés dans la même obs­cu­ri­té que nous, après « ACTe » ils mettent entre pa­ren­thèses, pour ce qui est de « Li­bé­ra­tion », « Centre ca­ri­béen d’ex­pres­sions et de mé­moire de la traite et de l’es­cla­vage » et, pour ce qui est du « Monde », « Centre d’ex­pres­sion ca­ri­béenne et de mé­moire de la traite et de l’es­cla­vage ». L’une ou l’autre for­mu­la­tion n’ex­plique en rien « ACTe », ni ses ma­jus­cules, en­core moins le pe­tit e à la fin, sans doute que per­sonne par­mi les o ciels ne sa­vait plus ce que c’est, ça se se­ra per­du dans les bu­reaux, ou bien, puisque nous sommes aux An­tilles et qu’il s’agit d’ho­no­rer sa po­pu­la­tion noire, il faut voir là une désuète at­ten­tion : fai­sons plai­sir, écri­vons-le en pe­tit-nègre.

Dé­nom­mer n’est pas ano­din. M. Sar­ko­zy a tran­ché. Son par­ti s’ap­pel­le­ra « Les Ré­pu­bli­cains » et les com­men­ta­teurs ont dé­jà re­mar­qué que s’il re­pre­nait à son compte la de­vise « Li­ber­té », il ou­bliait « Ega­li­té, Fra­ter­ni­té » pour les rem­pla­cer par « au­to­ri­té », « res­pon­sa­bi­li­té », « laï­ci­té ». Nous n’avons pas fi­ni d’en bou er, de la laï­ci­té, c’est ce qui coûte le moins cher. Du temps du gé­né­ral de Gaulle et des a ai­ristes qui l’ac­com­pa­gnaient, c’était du dra­peau tri­co­lore qu’on nous don­nait à in­gur­gi­ter. Il était bran­di en tout lieu et en toute oc­ca­sion, comme cache-mi­sère et cache-com­bine ils n’avaient pas mieux trou­vé. La jeu­nesse n’en pou­vait plus, du dra­peau. Il s’en est brû­lé des quan­ti­tés en 1968 et après. Ce dra­peau n’était plus la fier­té, ils en avaient fait la honte. Crai­gnons qu’il ne se passe la même chose avec la Ré­pu­blique. Com­ment faire com­prendre à un jeune coeur gé­né­reux que la Ré­pu­blique ce n’est pas Les Ré­pu­bli­cains? Il va vo­mir une Ré­pu­blique que ces gens pré­ten­dront in­car­ner. M. Sar­ko­zy doit en avoir l’in­tui­tion mais que vou­lez-vous que ça lui fasse, s’il faut en pas­ser par là pour qu’il puisse re­grim­per le fau­teuil ?

Les autres. La fa­mille Le Pen. Le vieux ne lâche pas. Il rap­pelle op­por­tu­né­ment des évi­dences : les cadres du par­ti ne sont pas à la hau­teur, le pou­voir et « ses ter­ribles res­pon­sa­bi­li­tés » ne sont pas faits pour eux. Il a tou­jours évi­té d’être ame­né à gou­ver­ner, il sait ce que ça si­gni­fie­rait, il en­tend bien empêcher sa fille d’y par­ve­nir. Le rôle du fa­cho de ser­vice lui convient, à Le Pen, il en jouit, lâche ses bom­bi­nettes et se re­paît de leurs e ets, il ne va pas lais­ser une bande de convain­cus pas­ser à l’acte après élec­tion. La fille et ses aco­lytes rongent leur frein. Que c’est contra­riant, ce mâle en­core vert qui joue la Vé­ri­té sor­tant de son puits. Qui bombe le torse sur les es­trades, dé­jà qu’on a les Fe­men qui bombent leurs seins sur les bal­cons. Son Front na­tio­nal, ils parlent de lui chan­ger son nom. Ce qu’ils ont trou­vé, comme dé­gui­se­ment ? Aux der­nières nou­velles : « Les Pa­triotes ». Le Sar­ko­zy en route pour rendre odieuse la Ré­pu­blique, la Le Pen en route pour rendre odieuse la Pa­trie. Post-scrip­tum qui n’a rien à voir. – Les es­thètes les dé­coupent. Ceux qui par­fois ou­blient se­ront heu­reux de re­trou­ver plein de des­sins de Willem pour « Li­bé­ra­tion » dans « Willem akbar ! » (Les Re­quins Mar­teaux, 152 p., 15 eu­ros).

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