Vous voyez énor­mé­ment de films. Est-ce qu’ils vous servent aus­si ?

L'Obs - - Culture -

De­puis 2004, je passe ma vie à voir des films. De­puis que j’ai dé­cou­vert « Haute Pègre », de Lu­bitsch. Alors, for­cé­ment, il y a des trucs qui dé­boulent, de James Ca­gney, de Ga­bin, d’Er­rol Flynn… Avant « mo­teur » et après « cou­pez », c’est conscient, entre les deux ça ne l’est pas, c’est sub­li­mi­nal, et c’est le plus sou­vent après avoir joué que je m’en aper­çois. Mais là, par exemple, une phrase de Ga­bin dans « le Quai des brumes » m’est ve­nue à l’es­prit: dans une scène du dé­but, le type avec qui Ga­bin vient de se ba­gar­rer lui o re une ci­ga­rette, puis lui pro­pose de gar­der le pa­quet. Ga­bin dit qu’il ne peut pas ac­cep­ter, le type ajoute qu’il en a un autre et Ga­bin ré­pond: « Alors comme ça, ça va. » J’ai pen­sé à cette ré­plique, je ne l’ai pas pro­non­cée, mais elle m’a ai­dé. Est-ce que jouer avec des non-pro­fes­sion­nels mo­di­fie votre ap­proche ? Ça ne change rien. La con­cen­tra­tion est la même, c’est aus­si pas­sion­nant, aus­si fa­cile et aus­si di cile. Quand je joue la co­mé­die, mon ob­ses­sion est la place de la ca­mé­ra, qui doit être celle d’où l’on voit le mieux.

Les ré­pliques étaient-elles écrites ? Avant le tour­nage, Sté­phane m’a don­né un scé­na­rio où tout était écrit au ra­soir. Il me l’a re­pris le len­de­main… et je ne l’ai plus re­vu. Sté­phane a re­fu­sé de me le rendre. Pen­dant le tour­nage, chaque soir, Sté­phane m’ap­pe­lait pour dire qu’il avait ou­blié de me don­ner les scènes du len­de­main (tu parles, qu’il avait ou­blié !) et qu’il me les faxait. Je re­ce­vais un genre de feuille de route : « Ren­dez-vous au Pôle Em­ploi, tu dis que tu as tra­vaillé sur telle ma­chine, je te pré­viens que le type en face de toi a du ré­pon­dant… » Je me di­sais que ja­mais je ne pour­rais re­trou­ver des ré­pliques comme celles qu’il avait écrites, eh bien, quand j’ai vu le film et que j’ai eu de nou­veau ac­cès au scé­na­rio, je me suis aper­çu que les dia­logues étaient pra­ti­que­ment iden­tiques. « A l’ori­gine, j’ai tra­vaillé sur cette ma­chine » est peut-être de­ve­nu « Au dé­but, j’ai tra­vaillé sur cette ma­chine », mais c’est tout. Les phrases s’im­po­saient d’el­les­mêmes. Est-il ar­ri­vé que le met­teur en scène cherche à vous sur­prendre en plein tour­nage ? Dans une scène, je l’ai en­ten­du me dire : « Tu poses ton tal­kie et tu sors», ce qui n’était pas pré­vu. Et là, tout se joue en un dixième de se­conde : Thier­ry ne connaît pas sa dé­ci­sion avant de l’avoir prise et il la prend en un ins­tant. Après, c’est le mé­tier qui parle: sor­tir, d’ac­cord, mais sans cas­ser l’axe de la ca­mé­ra,

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